La «trilogie marseillaise» de Nicolas Pagnol

Nicolas Pagnol, qui porte le nom de son grand-père, dont il gère le patrimoine, vient faire un petit tour du Québec pour y présenter son auguste ancêtre à travers les liens d’amitié que Marcel a tissés avec son acteur fétiche, Raimu.

Leur relation – d’admiration parfois orageuse – sera au centre d’un spectacle conjuguant théâtre, cinéma et discussion avec le public : la Maison de la culture de Gatineau accueille Dans l’univers de Pagnol dimanche 22 octobre à 15 h, en grande première nord-américaine.

L’événement prendra la forme d’un triptyque débutant par la pièce de théâtre Jules et Marcel. Celle-ci puise son matériau dans la correspondance – parfaitement authentique – qu’échangèrent Pagnol et Raimu, « monstre sacré » du cinéma français des années 30. L’auteur, Pierre Tré-Hardy, n’a rien osé inventer des conversations colorées – voire colériques ou injurieuses parfois – des deux hommes, précise Nicolas Pagnol, qui en signe la mise en scène. 

Raymond Cloutier

La pièce  est défendue par deux comédiens du Sud de la France dont la carrière est intimement liée à l’œuvre Pagnolesque : Christian Guérin (Pagnol) et Fred Achard (Raimu, dont il partage « la démesure »). Un troisième larron, à la fois narrateur et secrétaire privé, vient toutefois s’insérer entre les deux comédiens pour « recontextualiser les échanges et [raconter] tout ce que les lettres ne disent pas », indique Nicolas Pagnol.

 Au Québec, c’est Raymond Cloutier qui tiendra le rôle de narrateur. Avé l’acceng de Marseille ? Probablement pas. « J’aimerais qu’il [M. Cloutier] garde le sien », répond Nicolas Pagnol, qui envisage ce personnage d’entremetteur comme un pont entre les siècles, les cultures et les accents. 

De question en réponse, les missives ne font pas qu’éclairer la nature de la relation entre les deux hommes : elles « explicitent surtout toute la naissance de l’œuvre théâtrale et cinématographique de Marcel Pagnol et la montée en puissance de la notoriété de Raimu ». Par la bande, elles témoignent d’« âpres négociations ».

Nicolas Pagnol dernier n’a repris qu’en 2003 l’héritage artistique de son aïeul (décédé en 1974, un an après sa naissance). C’est lui qui, tombant par hasard sur « quelques lettres » de Marcel adressées à Raimu, a convaincu la petite-fille du comédien, Isabelle Nohain Raimu, de mettre la main sur la partie « manquante », puis d’en tirer une pièce.

Au fil de cette « correspondance amoureuse », les deux épistoliers abordent leur métier, parlent de théâtre et des films qu’ils ont vus ou qu’ils voudraient tourner. On « traverse toute la période des années folles, de 1928 à 1946 » en suivant notamment l’adaptation de la pièce Marius, qu’ils veulent porter au grand écran. 

« La correspondance est à mourir de rire, car ils se disent des choses horribles, avant de se réconcilier. Raimu a un caractère impossible, il peut être d’une mauvaise fois terrible. [Au point de traiter] Marcel de mauvais metteur en scène qui boit trop de Pastis. Il y a des crises extraordinaires ! » Menaçant de ne pas faire le film, « Raimu se fait prier comme une vieille coquette ».

« Le public risque d’être surpris » en découvrant une autre facette de Pagnol que celle, « proprette », de l’intellectuel et de l’Académicien qu’on connaît, poursuit le metteur en scène en évoquant ce grand-père qui manœuvre ou « tourne autour du pot » afin de « récupérer la situation » avec sa star. 

Marius restauré

La seconde partie de l’après-midi emportera les spectateurs dans le Vieux Port de Marseille, à la table de Raimu en personne. Elle sera consacrée à la projection de Marius. Le film, qui date de 1931, a été entièrement restauré sous la supervision de Nicolas Pagnol, qui depuis des années s’attelle à la survivance de l’œuvre cinématographique de son grand-père. Celle-ci est menacée de destruction totale et définitive à cause de « la fragilité de la pellicule celluloïd, attaquée par la moisissure », rappelle-t-il.

En troisième partie de cette « trilogie marseillaise », Nicolas Pagnol, habitué à donner des conférences au sujet de son grand-père et de son œuvre, prendra un moment pour « échanger » avec le public, autour de la mémoire de ces deux géants qui « s’aiment et nourrissent une admiration sans faille l’un pour l’autre », malgré des personnalités très opposées.

La durée du triptyque est estimée à 3 h 30.


POUR Y ALLER :
Le 22 octobre, 15 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525 ; www.salleodyssee.ca