La science du coeur, par Pierre Lapointe ****

CRITIQUE / Entre les textes d’une interpellante lucidité et les mélodies d’une (é)mouvante beauté, notre cœur ne balance pas : il chavire.

Ce nouvel opus de Pierre Lapointe atteint une maturité d’écriture et de composition qui séduit autant qu’elle bouscule.

Que ce soit par le recours au « tu », qui nous renvoie individuellement et collectivement à nous-mêmes, à notre rapport à l’image, à l’autre, à soi, à l’amour et au sens de l’engagement au temps des réseaux sociaux. Que ce soit par ses nombreuses références explicites (la mort de Bowie et l’œuvre de David Hockney dans Prince charmant) ou implicites (Un cœur en écho à Une noix de Trenet, par exemple). Que ce soit par son Alphabet livré dans l’esprit spoken word ou qu’il constate Qu’il est honteux d’être humain d’un chant presque tendre. Et si, en écoutant Le Retour d’un amour, vous avez la curieuse impression de reconnaître l’air de Ma chambre (que le coach avait offerte à Stéphanie St-Jean, pour la finale de La Voix 4 en 2015) sachez que l’auteur-compositeur-interprète ne nie pas y avoir puisé l’inspiration.

Il faut également dire que Pierre Lapointe a toujours eu l’heur de bien s’entourer, par ailleurs. Les arrangements et orchestrations ciselés ici par David François Moreau, qui agit aussi à titre de réalisateur, sont donc magnifiés par le mixage de Stéphane Reichart. Ce dernier, qui œuvre dans le monde du cinéma en France, a su rendre avec finesse l’esprit particulièrement cinématographique des compositions du Québécois, où l’ensemble des cordes (incluant celles, soyeuses, de la harpiste Éveline Grégoire-Rousseau) s’envolent et se déploient avec grandeur (mais sans tomber dans la grandiloquence), et où le piano retrouve une place de choix. Opération à cœur ouvert réussie !