Louis Venne

La nature sauvage de Louis Venne

Louis-Philippe Robillard, qui en 2010 avait pondu le disque Le Café des oiseaux, a pris une longue pause musicale pour explorer la vie, creuser le bois et se laisser porter par les rivières.

Le musicien revient sous un nouveau nom, Louis Venne, et avec un nouvel album, Comme une bête dans les headlights. Un disque pétri par la Nature et réalisé par Olivier Fairfield (FET.NAT ; Timber Timbre), qu’il lance ce 25 octobre à 20 h 30, au Centre national des arts.

Le disque arrive chaudement recommandé par Contact Ontarois, où Louis Venne a décroché le prix ROSEQ lors d’une vitrine en janvier 2019.

Mais qui est donc ce Louis Venne, derrière qui se cache derrière Louis-Philippe Robillard ? Sa nouvelle identité répond à l’« envie de faire une espèce de coupure avec le premier album, et... tout le reste, disons », indique ce Montréalais. (Né à Hull, il a grandi dans Lanaudière, passé quelques années en Belgique, avant de déménager à 12 ans à Ottawa ; jeune adulte, il a filé à Montréal, pour ensuite s’exiler dans les Laurentides pour y ouvrir un atelier d’ébénisterie, plus précisément à Val-des-Lacs, où se trouve son studio d’enregistrement.)

« C’est la version 2.0 de Louis-Philippe Robillard. Le café des oiseaux, c’était la section pas creuse de la piscine. Le nouvel album, c’est un plongeon plus en profondeur dans mon univers. J’ai vécu ma vingtaine. J’ai exploré plein de trucs, fait des voyages, me suis promené en Amérique du Sud et un peu partout. » Dont une longue traversée du Canada en canot, en groupe.

« On empruntait la route [fluviale] des Premières Nations, qui traverse le pays du Sud-Est au Nord Ouest en reliant les Grands Lacs, et que les Coureurs de bois utilisaient pour la traite des fourrures. C’était la première ‘autoroute’ de l’Amérique du Nord ! »

Ce périple fluvial a servi à recueillir des fonds pour Sentinelle Outaouais et la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), deux organismes de conservation pour les bassins versants.

Louis Venne (qui a tout simplement pris le nom jeune fille de sa mère) a construit des meubles pendant des années. Mais, parallèlement à son métier d’artisan, il a continué à composer. « J’ai toujours fait de la musique, mais c’était des projets qui n’étaient pas dans les ‘circuits officiels’ », concède-t-il. Il a conçu les trames de pièces pour le théâtre de la Catapulte, s’est greffé à plusieurs groupes de musique, ou accompagnait à la guitare une amie danseuse burlesque, Lulu Les Belles Mirettes.

Ce « trip de fou » dont il rêvait depuis qu’il était enfant a « nourri l’album », autant que toutes ses expériences récentes.

« Des éclats [de ce voyage] se retrouvent dans les textes. Les thèmes du monde naturel sont très présents sur cet album et dans mon écriture en général. Ça vient du fait que j’ai passé beaucoup de temps en forêt » et dans la solitude de son atelier au fonds des Laurentides.

Ce nouvel album est « beaucoup plus personnel que le premier album », sur lequel le chanteur mettait en scène des « personnages », compare-t-il. Il est aussi beaucoup plus poétique, à mon sens. La plupart des textes sont des poèmes qui sont devenus des chansons. » Ce qui « laisse plus de place à l’interprétation ».

Entre les bruissements des ramures et les sons de la vie animale sauvage que dessinent les paroles, se dégagent aussi les thèmes du « territoire » et de « la distance ». Celle qu’on peut avoir par rapport à nous-mêmes et par rapport aux autres », précise l’artiste. « Je cherche à comprendre cette notion de distance. C’est comme un thème qui m’habite. »

Louis Venne fixe sur le papier le bonheur « de rester coi devant les choses ». Ses chansons — comme le titre du disque — expriment le fait de se retrouver « un peu figé, gelé, bouche bée face à la Nature... mais aussi face à l’absurdité du monde dans lequel on vit ».

Car « ce voyage était aussi une fuite, en quelque part. J’ai tendance faire ça, fuir ». Un réflexe qu’il « essaie de combattre », toutefois.

Mais quand il se réfugie dans la musique, Louis Venne ne se perd pas dans le décor : avec Olivier Fairfield, ils ont travaillé dans la fulgurance. L’objectif de l’album : être le plus live possible. « Les tounes ne sont pas toutes des one take, mais [on dépassait rarement] la 2e ou 3e prise. Même chose pour les pistes de voix, qui sont pas mal les originales. »

L’idée, poursuit-il, c’était de ne pas trop complexifier les arrangements ni l’instrumentation. « On voulait pouvoir reproduire l’album sur scène sans trop se casser le bicycle... » Pour le lancement, le duo sera entouré de Pierre Luc Clément (guitare et clavier), Pascal Delaquis (batterie) et François Petitpas (basse).

POUR Y ALLER

Quand : 25 octobre

Où : Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca