Plus de 400 spectacles mettant en vedette des artistes et artisans franco-ontariens qui ont été déplacés depuis janvier.
Plus de 400 spectacles mettant en vedette des artistes et artisans franco-ontariens qui ont été déplacés depuis janvier.

La musique franco-ontarienne mise sur pause

Avec la grève du zèle des enseignants de l’Ontario et la COVID-19, ce sont plus de 400 spectacles mettant en vedette des artistes et artisans franco-ontariens qui ont été déplacés depuis janvier. Et la liste risque de s’allonger au cours des prochaines semaines.

Ces chiffres ont été lancés par Martin Arseneau, directeur général de Réseau Ontario, lorsque joint par Le Droit plus tôt cette semaine.

« Jusqu’à maintenant, 40 % des spectacles programmés dans les réseaux scolaire et grand public ont été reportés à une autre date, confie M. Arseneau. Mais rien n’est encore garanti pour le reste de nos programmations. On continue de suivre la situation de près et on réagit à chaque annonce du gouvernement. »

La grève du zèle des enseignants ontariens a forcé l’organisme à reporter certains spectacles dès janvier. Par contre, la situation n’était pas catastrophique, « Certaines écoles où les spectacles étaient préparés par des employés non syndiqués étaient toujours programmées. On pouvait donc présenter les événements dans ces établissements, mais plus les moyens de pression augmentaient, plus le nombre de spectacles annulés ou reportés augmentait, explique M. Arseneau. Mais le 15 mars, lors de l’annonce de la fermeture des écoles ainsi que des mesures de confinement et de distanciation sociale, ce fut l’arrêt brutal de toutes nos programmations. C’était le vide total. »

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Pour les programmations dans les écoles, la saison se déploie de janvier à juin. Réseau Ontario a pu tenir ses spectacles jusqu’à la mi-mars. Il restait donc quatre mois de programmation. Pour le réseau grand public, c’est trois mois qui ont été amputés à la programmation. Ces reports ou annulations touchent plus ou moins 400 spectacles.

Outre les conseils scolaires, Réseau Ontario offre des spectacles dans plusieurs lieux de diffusion dans la région d’Ottawa. Il s’agit du MIFO avec le Centre des arts Shenkman, La Nouvelle Scène, La Maison de la Francophonie d’Ottawa, le Centre national des arts et le Festival franco-ontarien. Tous ces diffuseurs sont également sur pause.

« Le grand défi dont nous devons faire face en ce moment est de prendre bien soin de nos membres et des artistes, ajoute M. Arseneau. On ne sait vraiment pas de quoi sera fait l’avenir, comment nous nous sortirons de cette crise et surtout, quelle sera la santé financière nos partenaires. On ne pourra pas sursaturer la prochaine saison en y ajoutant tous les spectacles que nous aurons dû annuler. Il faudra aussi voir à ne pas pénaliser les artistes qui étaient présentement en tournée versus ceux que le seront en 2021. La tâche en ce moment est colossale. »

Pas de boule de cristal

Le dirigeant continue de garder à l’esprit la mission de son organisme qui est, entre autres, de bien représenter les diffuseurs des arts de la scène francophone en Ontario. 

« Mais, on se demande aussi si le public sera au rendez-vous au sortir de cette crise sans précédent, se questionne le directeur général. Je ne crois pas que l’on rendra service à nos membres diffuseurs de les forcer à vendre un cinquième des sièges dans leur salle afin de présenter des spectacles en fonction des mesures de distanciation sociale. Aucun d’eux ne pourra rentabiliser leur salle avec cet enjeu-là. »


« On ne sait vraiment pas de quoi sera fait l’avenir, comment nous nous sortirons de cette crise et surtout, quelle sera la santé financière nos partenaires. »
Martin Arseneau

Pour Martin Arseneau, il est clair que le public reviendra lorsque tout sera revenu à la normale. « Et pour que tout redevienne comme avant, il faudra un vaccin, croit M. Arseneau. C’est la seule chose qui, à mon avis, rassurera le public. Quoique je n’ai pas de boule de cristal pour prévoir la sortir de cette crise. »

Quant à la diffusion de spectacles virtuels, M. Arseneau ne croit pas tellement à cette alternative, décrivant son réseau comme un diffuseur de spectacle en salle exclusivement.

« L’expérience de spectacles en salle ne se transporte absolument pas dans un mode virtuel, insiste-t-il. Quoique les efforts en ce sens soient louables, rien de ne vient à la cheville de voir un show en salle. Ne serait-ce que pour l’interaction entre l’artiste et le public ou le plaisir de discuter avec nos amis dans le lobby d’une salle de spectacles, on a déjà dépassé, et de loin, l’expérience virtuelle. »

Manque de ressources

À l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), on s’inquiète des manques de ressources qui financeront les productions et les artistes franco-ontariens au sortir de la crise.

« Je me demande bien comment les artistes pourront sortir de cette crise sans cicatrice profonde, de confier au Droit Thomas Kriner, directeur du développement et des partenariats à l’APCM. Je vois bien que plusieurs artistes se remettent en question présentement. Plusieurs se demandent à quoi bon continuer dans un monde où rien ne va à l’artiste. On sent un grand découragement. »

En ce moment, l’APCM a dû annuler des centaines de spectacles prévus ce printemps. On se questionne présentement sur la suite et surtout, ce que sera la sortie de crise. « On ne pourra pas tout reporter à l’automne. On doit sacrifier bon nombre de productions, explique M. Kriner. Nous avons 150 membres artistes à qui nous devons penser avant tout. Faute de pouvoir produire les artistes sur scène, on doit continuer de favoriser la distribution de leur musique le plus possible. »

Et en ce moment, cette distribution passe par l’écoute de leur musique et les prestations rémunérées sur le web.

« On tente de trouver le plus possible des partenariats payants pour les artistes, comme on l’a fait avec le Centre national des arts (CNA), ajoute-t-il. On regarde aussi du côté de lepointdevente.com et leur série Bar spectacle ainsi que Music Together, le penchant anglophone qui offre des cachets de 1000 $ par prestation. »

La lente et progressive sortie de crise prévue par plusieurs intervenants du monde culturel, dont l’équipe de l’APCM, pourrait s’amorcer à la fin de l’été 2020. Mais d’ici, M. Kriner et ses acolytes veulent mettre sur pied divers partenariats pouvant profiter à leurs membres et leurs partenaires. « On va bientôt ouvrir des sessions de discussions réunissant les artistes, les diffuseurs et tous ceux qui veulent en faire partie, explique M. Kriner. Aussi, je souhaite qu’à la fin de cette crise, les instances politiques aient une plus grande sensibilité envers les contenus artistiques. Qu’ils comprendront que les enregistrements ont une valeur et que les artistes soient rémunérés pour leur travail. Si, aujourd’hui, les artistes recevaient la vraie valeur de leurs droits d’auteurs, on n’en serait pas là. Les artistes ne seraient pas dans cette situation financière très précaire. »

Pour lui, les consommateurs sont là. « Les gens écoutent de la musique et regardent des productions visuelles, mais ils le font gratuitement sur des plateformes qui engrangent les profits, conclut-il. Il faut que ça change et le timing est excellent pour provoquer ce changement. »