L’artiste de 27 ans, Chloé Pelletier-Gagnon, alias Klô Pelgag, se réjouit que le public s’ouvre à la poésie de ses textes.

La musique à la mode Klô Pelgag

Chloé Pelletier-Gagnon, alias Klô Pelgag, n’a pas eu beaucoup de temps pour savourer le fait d’être devenue, entre autres, la première femme en 24 ans à remporter le Félix dans la catégorie Auteur ou compositeur de l’année, lors du Gala de l’ADISQ du 29 octobre : elle reprenait sa tournée L’Étoile thoracique dès le lendemain. « Ç’a été assez rock’n’roll, mais on se remet quand même plutôt bien de telles marques de reconnaissance ! » lance en riant la principale intéressée, qui s’arrêtera au Studio Azrieli du Centre national des arts, le 15 novembre.

Il s’avère d’autant plus aisé de s’en remettre que sa prestation en direct, alors qu’elle était jumelée au violoniste Alexandre Da Costa pour un numéro au cours duquel elle a livré Les Ferrofluides-fleurs ce dimanche soir-là, et les quatre trophées remportés (incluant le Félix du meilleur album alternatif) ont eu un impact sur l’intérêt qu’on lui porte depuis. Une preuve ? Son spectacle prévu à Rimouski le 1er novembre, jusqu’alors prévu dans un espace plus intimiste du Spect’art, a été déplacé dans la grande salle du diffuseur, étant donné la réaction du public.

« Difficile de se plaindre quand des oreilles toutes neuves se tendent à sa musique ! Je trouve ça toujours plaisant d’aller à la rencontre de nouveaux adeptes, et il semble bien que des gens m’ont découverte, le soir du Gala. Tant mieux s’ils sont maintenant assez curieux pour venir me voir sur scène ! » 

L’artiste de 27 ans se réjouit que le public s’ouvre à la poésie de ses textes. « Trop de gens croient que la poésie est réservée aux seuls intellos. Personne n’a besoin d’être spécialiste, ni de tout comprendre, pour apprécier une œuvre d’art contemporain. Selon moi, il faut juste un cœur et un esprit ouverts pour être sensible à la beauté ! » fait valoir celle qui lisait la poésie notamment Claude Gauvreau, à l’adolescence.

« Ça vient de là, d’ailleurs, l’accent circonflexe sur le ô de mon prénom de scène ! » clame fièrement celle dont Beauté baroque demeure son recueil préféré.

Le pouvoir du direct

C’est là tout le pouvoir de la télévision, reconnaît Klô Pelgag, qui « expose le public » à des genres musicaux qu’il n’a peut-être pas l’habitude d’écouter et qui permet ainsi aux créateurs de tous les horizons de se faire valoir. 

« Oui, il y a eu les trophées reçus, mais l’ADISQ m’a aussi fait le cadeau d’une performance. Les gens, qui n’ont pas eu le choix de m’écouter, ont peut-être pu mieux comprendre ce que je fais, qui je suis. »

La jeune femme est également consciente du pouvoir de prendre la parole, et pas qu’en chanson, lors de tels galas. Elle avait donc « réfléchi » au message qu’elle souhaitait faire passer, en particulier si elle remportait le Félix d’auteur ou compositeur de l’année. 

« J’avais fait des recherches sur qui l’avait déjà gagné, et c’est là que j’ai réalisé que ça faisait 24 ans qu’une femme avait mis la main sur ce Félix [NDLR: il s’agissait de Francine Raymond, en 1993]… C’est très évocateur, et je voulais juste présenter les faits », soutient celle qui fait partie de Femmes en musique et qui a notamment pris part au concert entièrement féminin du collectif Louve, lors des dernières FrancoFolies, à Montréal.

Klô Pelgag n’est cependant « pas tant d’accord » avec l’idée d’imposer un quota d’artistes féminines ou de techniciennes à embaucher lors de festivals, même si elle considère que de se questionner sur la part congrue qu’elles occupent sur les affiches est sain et peut mener à une prise de conscience des décideurs afin de rendre le milieu plus équitable.

Klô Pelgag précise néanmoins du même souffle qu’elle n’a pour sa part « pas vécu de mauvaises expériences » depuis ses débuts — son premier EP a été lancé en 2012, suivi de L’alchimie des monstres, en 2013.

« L’attention suscitée par le mouvement Femmes en musique et le spectacle des Francos nous rend cependant tous plus sensibles à la réalité que d’autres femmes vivent, qu’elles œuvrent sur scène ou en coulisses. S’il ne m’est rien arrivé, je connais toutefois des femmes qui ont dû montrer leurs jambes lors d’auditions pour jouer au sein d’un quatuor à cordes… C’est dingue qu’on exige encore d’une musicienne qu’elle soit cute et non qu’elle ait du talent pour pratiquer son métier, mais ça existe ! »

Se trouver une passion

L’on ne s’étonne pas, dès lors, que l’artiste revendique le droit de s’habiller comme elle veut. « Je trouve étrange que, dans la tête de tant de gens, un tapis rouge soit automatiquement associé à des robes de princesse à la Disney que les femmes seraient obligées de porter pour correspondre à ce qui est attendu d’elles. Comme si la beauté tenait à une robe rose à froufrou et à des talons hauts ! »


Il semble bien que des gens m’ont découverte, le soir du Gala. Tant mieux s’ils sont maintenant assez curieux pour venir me voir sur scène!
Chloé Pelletier-Gagnon

Par ailleurs, si son discours de remerciement n’est pas passé inaperçu, c’est également parce que Chloé Pelletier-Gagnon a profité de l’occasion pour envoyer un message clair « à tous les haters » pullulant sur les réseaux sociaux.

« Je vous souhaite de vous trouver une passion comme nous l’avons fait ! Les filles, habillez-vous comme vous voulez ! Vive la liberté, vive la musique et vive la musique libre ! » a-t-elle martelé.

« Encore là, je n’ai jamais été vraiment victime de messages haineux, mais j’ai entendu beaucoup de témoignages de femmes qui en reçoivent, et pas juste dans le milieu de la musique. Ça aussi, c’est un phénomène qui existe, que je n’arrive pas à comprendre, et auquel on doit réfléchir collectivement. Je pense que juste le fait que je les envoie promener, que je les ramène ainsi à leur propre ridicule, a fait du bien à bien du monde, ce soir-là », réagit-elle une semaine et demie plus tard.


POUR Y ALLER

Quand ? Le 15 novembre, 20 h

Où ? Studio Azrieli du CNA

Renseignements : Billetterie du CNA; 1-888-991-2787 ou ticketmaster.ca