Le Retour de la Merveille, de l’artiste Thierry Marceau, au Conseil des arts du Canada, rue Elgin.

La Merveille selon Marceau

Casqué, patins aux pieds et chandail numéro 99 des Oilers d’Edmonton sur le dos, Thierry Marceau accueille les curieux dans son « bureau » derrière le filet de hockey installé dans l’espace Âjagemô du Conseil des arts du Canada, rue Elgin. « C’est symbolique : quand Wayne Gretzky prenait place dans son ‘bureau’ comme ça, tout le monde savait qu’un but serait marqué dans les secondes suivantes ! », fait valoir l’artiste personnifiant l’illustre joueur de hockey dans le cadre de sa performance Le Retour de la Merveille.

Autour de lui, les chandails des équipes pour lesquelles Gretzky a évolué sont suspendus ; des photos de l’artiste déguisé en Merveille dans divers décors albertains (notamment devant des installations pétrolières) sont fixés au mur ; et une vidéo où on peut le voir et l’entendre en train de patiner sur le lac Louise, dans les Rocheuses, tourne en boucle. « On pourrait croire que j’avais tout organisé : l’espace déneigé, le filet, le ciel bleu, mais j’ai pu tourner ces images juste parce que j’ai été au bon endroit, au bon moment », raconte Thierry Marceau, tout sourire, en nous entraînant dans une visite guidée sur ses patins à roues alignées.

L’artiste de la performance se défend bien d’être un imitateur des personnalités qu’il incarne. S’il s’intéresse aux Gretzky, Andy Warhol, Michael Jackson ou Ronald MacDonald de ce monde, c’est pour mieux retravailler l’image qu’ils ont eux-mêmes développée et soignée, ou le personnage dont ils sont peut-être devenus prisonniers.

« Pour plusieurs, Gretzky est une icône canadienne. On a tous en tête cette image cristallisée du prince d’Edmonton couronné roi à Los Angeles », rappelle Thierry Marceau. 

Un roi qui a été détrôné par sa blessure au dos et son passage à vide chez les Blues de St. Louis avant de reprendre du galon à New York, où il a pris sa retraite en 1999.

« C’est comme si sa trajectoire avait été scénarisée. Il y a là quelque chose de vraiment fascinant. » 

Dans Le Retour de la Merveille, l’artiste explore aussi la dimension « royale » du mariage de ce dernier avec l’actrice Janet Jones, en 1988, notamment en imaginant ce que l’enterrement de vie de garçon de Gretzky a pu être. 

Pour creuser cette idée — par le biais d’une vidéo tournée au ralenti, entre rêve et cauchemar, et projetée, celle-là, à l’étage, puisqu’elle s’avère un peu plus audacieuse — Thierry Marceau s’est d’ailleurs inspiré de quelques-unes des milliers de photos qu’il a répertoriées sur Internet en tapant le nom de Gretzky dans son moteur de recherche. 

Sur l’affiche où il « expose » certaines de ces photos, on voit la Merveille nue sous une couche de mousse, dans un vestiaire.

« J’aime quand ces gens-là échappent leur image. Ce sont comme des fissures dans l’image autrement parfaite que Gretzky dégage, par exemple, qui me donnent des clés pour les faire voir sous un jour nouveau en me permettant d’amener ces personnages là où on ne les attend pas », soutient celui qui a étudié la peinture au collégial, la sculpture à l’université, avant de goûter à la vidéo, à la fiction et à la performance. 

Le trentenaire n’a jamais joué au hockey — « pas même bottine ! » précise-t-il dans un éclat de rire — ni vraiment regardé Gretzky jouer à la télévision. 

Cela ne l’empêche pas de l’incarner sans gêne, la coupe Stanley (minutieusement retouchée, puisqu’il n’a jamais pu mettre la main sur le vrai trophée) à bout de bras, mais aussi dans le vestiaire et sur la glace.

Cela ne l’empêcherait pas non plus de citer les statistiques de recrue du joueur étoile par cœur. « Je suis un collectionneur de cartes de hockey : je les ai toutes, de 1988 à 1994 », confie Thierry Marceau.

C’est d’ailleurs à partir de ce matériel généré par la Merveille, Warhol, Jackson et consorts que Thierry Marceau crée ses performances. 

« Je n’éprouve pas nécessairement de sentiment affectif pour eux, au départ, mais je creuse, je cherche tout ce que je peux trouver sur eux. Je me souviens d’avoir été passablement triste aux funérailles de Michael Jackson, puisque ça faisait deux ans que je le suivais pour mon projet », avoue l’artiste, qui a Justin Bieber dans sa mire pour un prochain projet éventuel. 

Une visite guidée du Retour de la Merveille avec Thierry Marceau est prévue de midi à 13 h, le 3 novembre. 

L’artiste demeurera en résidence jusqu’au 4, de 10 h à 17 h. L’exposition, elle, se poursuivra jusqu’au 26 novembre.