Janette Bertrand

La «liberté totale» est absente en télévision aujourd'hui, dit Janette Bertrand

MONTRÉAL - L'auteure, animatrice et intervieweuse Janette Bertrand estime qu'il n'est plus possible d'avoir en télévision la «liberté totale» dont elle jouissait du temps des télédramatiques «Avec un grand A», estimant que l'on produit surtout des «semi-Netflix».
«Ce sont les diffuseurs qui ne veulent plus. C'est dépassé. Maintenant, le problème avec la télévision, c'est que nos concurrents, ce n'est pas TVA, ce n'est pas Radio-Canada, les concurrents, c'est Netflix, et il faut que ça aille vite comme ça. Un meurtre à la minute, il faut qu'il arrive quelque chose. On n'a pas les moyens de faire ça. Alors on fait des semi-Netflix, et c'est bon. C'est bon. Mais des endroits où réfléchir, où poser un problème, (il n'y en a plus)», a dit Mme Bertrand.
La grande figure de la télévision et de la radio a soutenu qu'avec les 53 épisodes d'»Avec un grand A» dans les années 1980, elle pouvait aborder des thématiques - comme la prostitution, la violence conjugale ou la schizophrénie - dont personne ne parlait et en parler avec une très grande liberté.
«Ç'a été une période de ma vie tout à fait extraordinaire, où j'avais la liberté totale. Une grande, grande liberté que je n'aurais plus maintenant», a-t-elle fait valoir.
Mme Bertrand a tenu ces propos en entrevue avec La Presse canadienne, alors qu'elle faisait officiellement don de ses archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), lundi soir, à Montréal.
Constitué de deux mètres linéaires de documents - selon la description fournie par BAnQ -, le fonds d'archives accessible au public porte sur la carrière littéraire, radiophonique, télévisuelle et théâtrale de Janette Bertrand, aujourd'hui âgée de 92 ans.
De l'aveu même de Mme Bertrand, elle n'était pas d'un «naturel à conserver», disant n'avoir rien de ses premières années à la radio ou de ses textes pour ses émissions en direct à la télévision.
Parmi les archives de Télé-Québec conservées à BAnQ, on trouve plusieurs centaines de photographies captées sur les plateaux des émissions «S.O.S j'écoute», «Avec un grand A» et «Parler pour parler».
Dans les télédramatiques d'»Avec un grand A», Mme Bertrand a dirigé nombre d'acteurs au talent remarquable, tels que Janine Sutto, Élise Guilbault, Ginette Reno, Marc Labrèche et Gaétan Labrèche.
En entrevue, Mme Bertrand a dit avoir grandement apprécié la direction d'acteurs, un aspect de son travail plus méconnu selon elle. Elle s'y remettrait volontiers, «si la demande venait», mais elle n'écrirait plus pour la télévision. Ses essais et romans, ces dernières années, comblent son besoin d'écriture, et elle se félicite de leur popularité, particulièrement de son autobiographie «Ma vie en trois actes», et dit travailler à un nouveau roman.
L'auteure, animatrice et intervieweuse se réjouit de ce don d'archives, tout en ajoutant un peu à la blague qu'il s'agit à ses yeux d'»un cadeau «vieux», d'un geste «vieux»», alors qu'elle s'estime encore jeune.