La comédie musicale <em>Cats</em> sera présentée au Centre national des arts du 10 au 15 mars prochain.

La leçon d’humanité des Cats

L’un des plus grands succès de l’histoire de Broadway, la comédie musicale Cats, vient poser ses griffes à Ottawa du 10 au 15 mars, le temps de huit représentations.

Cette mouture est la première tournée de ce Cats revisité en 2016-2017 à New York – lui-même toute première relecture broadwayenne de ce classique félin.

La mise en scène a été revue et plusieurs chorégraphies se sont ajoutées — sans se substituer aux chorégraphies originales, qui méritèrent en leur temps un trophée Tony — dans l’optique de plaire tant à la nouvelle génération qu’à ceux qui avaient déjà vu Cats.

Rappelons, au besoin, que les partitions sont signées Andrew Lloyd Webber (The Phantom of the Opera, School of Rock, Evita, Jesus Christ Superstar, etc.). Le récit est quant à lui inspiré du recueil de poèmes pour enfants Old Possum’s Book of Practical Cats, publication qui fêtait l’année dernière son 80e anniversaire. Son auteur, le poète britannique (d’origine américaine) T.S. Eliot, a quant à lui reçu le Prix Nobel de littérature en 1948.

Le livret se penche sur une bande de chats, la tribu des Jellicle Cats, qui tient sa grande réunion annuelle (le Jellicle Ball) afin de sélectionner celui d’entre eux à qui reviendra l’honneur d’aller au Ciel (ou du moins dans un au-delà énigmatique nommé The Heavyside Layer) avant de revenir sur terre, y entamer une nouvelle vie.

Un à un, les sympathiques matous vont soumettre leur candidature et révéler leur personnalité — sous le regard des humains-spectateurs, car les matous se savent observés et cela fait partie intégrante du concept — tandis qu’une autre boule de poils surnommée le « Napoléon du Crime », le méchant matou McCavity, tente de faire disparaître ses concurrents, histoire de devenir l’élu.

Trois rôles

Au centre de la distribution de la présente tournée nord-américaine trône Timothy Gulan, « vétéran » autoproclamé de la troupe. Il campe à la fois Bustopher Jones (« The Cat About Town ») et Aspargus (le « Theatre Cat ») et un troisième chat, Peter, qui se balade parmi ces personnages venant ronronner sur les genoux du public en tout début de spectacle — quitte à les effrayer parfois, constate le comédien en riant.

Le rôle d’Apargus, en particulier, lui « colle bien à la peau ». « Ça me donne la chance d’interpréter [le poème The Naming of cats] qui a toujours été mon passage favori de Cats.

«J’adore les poèmes de T.S. Eliot : leur structure et leur imaginaire les rendent très accessibles aux enfants», ce qui contribue à rajeunir les foules devant lesquelles se produit la troupe de Cats, note-t-il.

Apargus — ou Gus, pour les intimes, c’est ce vieux matou qui dans son jeune temps a connu la renommée, et passe son temps à ressasser un passé glorieux.

«Ce rôle me colle à la peau, moi qui suis passablement plus vieux que le reste des jeunes chats, et qui adore raconter des histoires», s’amuse le ténor, qui roule sa bosse depuis plusieurs décennies. On a récemment pu l’apercevoir sur scène dans Les Misérables (il incarnait Thénardier) et à l’écran, dans le film Emma de Paul Gordon, tiré de l’œuvre de Jane Austen.

L’humanité féline

Ce qu’il apprécie le plus, de cette relecture, c’est qu’elle met en lumière toutes «les failles des personnages félins».

«Les chats sont beaucoup moins stéréotypés.» La production à chercher à creuser leurs dimensions psychologiques afin d’en dégager davantage d’«humanité», explique-t-il.

Gus, par exemple, «se sent vieux et flétri», au point d’être réticent à poser sa candidature au Jellicle Ball. «Il ne pense pas mériter d’être élu par ses pairs, parce que lui-même ne se sent plus d’aucune valeur. Il a peur qu’on se moque de lui — et il a tort, parce que l’âge, ç’a une grande valeur.»

Bustopher lui, est un «gigantesque gourmand», qui ne peut s’empêcher de consommer et surconsommer en permanence. Mais il ne possède en définitive «rien du tout, sinon la constante expérience du plaisir de l’excès», pouffe le ténor, qui, pour ce personnage énorme, doit enfiler «deux énormes costumes l’un par-dessus l’autre».

«Du coup, il arrive seul et il s’en retournera seul, parce qu’il n’a jamais accordé une grande place aux relations.» Et il n’est «pas si différent de nous tous, qui passons notre temps à acheter des objets en pensant qu’ils nous rendront heureux», alors que nous sommes seuls derrière notre écran d’ordinateur. Il est un peu l’incarnation des gens qui croulent sous les dettes, ajoute le chanteur.

«Cats a toujours été conçu et pensé comme un spectacle choral (ensemble cast) et ce qui est génial de cette production, c’est que ces chats qui viennent défiler ont toute sorte de couleurs, de tailles et de formes», et que cette cérémonie du Jellicle est finalement l’occasion de célébrer leurs différences, au lieu de s’en moquer ».

Souvent, « ils se désignent » l’un l’autre, plutôt que de poser leur propre candidature à cette élection. Ils savent « se reconnaître et se valoriser » mutuellement, observe-t-il. Comme si leurs yeux de chats, perçant les maquillages, costumes, défauts et fragilités, aussi bien que l’obscurité, savaient déceler et célébrer — avec autrement plus d’acuité que les humains — « tout ce qui rend unique » chacun d’entre nous, philosophe Timothy Gulan.

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LES NEUF VIES DE CATS

  1. La production originale s’est installée à Broadway en 1982, un an après sa création à Londres, dans le quartier du West End, où elle avait déjà remporté plusieurs prix.
  2. La version broadwayenne de Cats a remporté en 1983 sept Tony Awards, dont le trophées de la meilleure comédie musicale et la meilleure trame musicale. 
  3. Les deux versions originales ont été endisquées : la version britannique de l’album Cats a remporté un Grammy dès 1983, tandis que l’album « américain » connaissait le même sort l’année suivante.
  4. Cats a tenu l’affiche à Broadway durant 18 ans, au fil de 7 485 représentations. Cats a longtemps pu s’enorgueillir d’être le musical ayant été le plus longtemps joué sur Broadway.
  5. La production n’a perdu son titre qu’en 2006, quand elle a été supplantée par The Phantom of the Opera... de Lloyd Webber. Elle occupe à ce jour la quatrième place du palmarès, en termes de longévité sur Broadway.
  6. Morts, les matous ? Miaou pas du tout. Les chats ayant 9 vies, Cats était de retour sur Broadway à l’été 2016, dans une nouvelle mouture qui s’est prolongée jusqu’en décembre 2017 — après quelque 600 représentations. C’est cette version qui a engendré la tournée traversant présentement l’Amérique du Nord.
  7. Depuis sa première, Cats a ravi plus de 73 millions de spectateurs à travers la planète (un public disséminé sur plus de 30 pays) et a été adapté dans 15 langues différentes. 
  8. La chanson la plus emblématique de Cats, Memory, a été enregistrée par plus de 150 artistes, dont Barbra Streisand, Johnny Mathis, Liberace et Barry Manilow. 
  9. La première adaptation de Cats au cinéma (avec de vrais comédiens) a vu le jour en décembre 2019. La distribution réunissait Taylor Swift, Idris Elba, Judi Dench et Ian McKellen, entre autres. Mais ce film de Tom Hooper (réalisateur des Misérables et du Discours du roi) a été largement égratigné — pour ne pas dire férocement « griffé » — par les critiques.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 10 au 13 mars à 20 h ; le 14 mars à 14 h et 20 h ; le 15 mars à/3 h et 19 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; 1-855-985-2787 ; ticketmaster.ca ; CatsTheMusical.com