Le spectacle Les Misérables a connu un immense succès à Broadway.

La force d’attraction des Misérables

Le spectacle a triomphé à Broadway et continue de susciter l’engouement partout où il passe.

Ce qui fascine, ce ne sont pas tant les records accumulés incroyables - 70 millions de spectateurs, 42 pays visités, complet du 13 au 18 février à la Salle Southam - la critique dithyrambique, l’avalanche de distinctions... Non, ce qui fascine, c’est la capacité des musicals new-yorkais à se réinventer et à tenir sur la durée. Nouvelles distributions, scénographies revampées, mises en scène toujours plus spectaculaires... depuis qu’elle a été créée en 1980 par les Français Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, qu’elle est tombée dans l’œil du producteur anglais Cameron Mackintosch, Les Miz s’impose aujourd’hui comme un classique du genre.

Le comédien et chanteur Nick Cartell fait partie du sang neuf injecté à la production ; joint à Montréal où le spectacle prenait l’affiche avant Ottawa, il évoque un parcours sans faute non dépourvu d’obstacles. Un combat qu’il aime rapprocher de celui de son personnage, le herculéen Jean Valjean.

En trois heures de spectacle, rien ne manque du célèbre roman de Victor Hugo publié en 1862 : le vol des chandeliers, le pardon de l’évêque, Fantine et la pauvre Cosette avec son seau d’eau, les insupportables Thénardier, l’insurrection de 1832 à Paris et les barricades, puis la fuite dans les égouts... L’histoire est portée sur scène par 28 interprètes accompagnés d’un orchestre de 13 musiciens.

L’histoire est portée sur scène par 28 interprètes accompagnés d’un orchestre de 13 musiciens.

« Cette tournée nord-américaine amène quelques nouveautés, précise Nick Cartell. Les orchestrations ont été réarrangées et la scénographie inclut des projections de Victor Hugo qui, on le sait moins, était aussi peintre. » En revanche, le plateau tournant emblématique du décor a dû être supprimé pour raisons logistiques.

Ce n’est pas la première fois que l’acteur recruté en 2017 après cinq étapes d’auditions se frotte aux superproductions de Broadway ; son intronisation dans le cercle très prisé new-yorkais s’est faite par le musical Jesus Christ Superstar dans lequel il interpréta Jonah. Il a également rejoint Paramour du Cirque du Soleil à titre de remplaçant.

« Les appels tôt le matin, courir les auditions à gauche et à droite, les longues files d’attente sur place, j’ai bien connu ça. Cela fait 12 ans que je suis à New York, et six seulement que ma carrière a décollé. »

Comme beaucoup de chanteurs, Nick Cartell a pratiqué dans la chorale de l’église qu’il fréquentait enfant, à Phoenix, en Arizona. « Lors d’un voyage scolaire pour assister à Cinderella, j’ai été fasciné par ce que les acteurs faisaient sur scène ». Sa passion le mènera jusqu’au Japon où il rejoint la brigade des chanteurs à Tokyo Disney en 2003.

Avoir le privilège d’interpréter le rôle principal dans l’une des productions les plus prisées relève presque du sacerdoce ; « la préparation physique pour jouer Jean Valjean est colossale », indique M. Cartell.

Les fins de semaine, la distribution doit enchaîner jusqu’à deux représentations d’affilée incluant une matinée. « Il faut vite recharger les batteries, prendre un bon repas, faire une courte sieste, boire du café... »

À l’instar de son personnage, Nick Cartell nous fait penser à une force de la nature prête à tout pour faire plier le destin en sa faveur. À la veille de son ultime audition pour décrocher le rôle de Jean Valjean, en juin 2017, sa mère est emportée d’un cancer. « Elle m’avait soutenu tout au long du processus et se battait pour me voir sur scène l’interpréter. Le jouer chaque soir, c’est ma façon de lui rendre hommage. »