Les Hardis Moussaillons au Festival du Voyageur de Saint-Boniface, Ci-contre, Marc Girouard et Marc Thibaudeau (en haut) ; Daniel Boivin et Joel Delaquis (en bas).
Les Hardis Moussaillons au Festival du Voyageur de Saint-Boniface, Ci-contre, Marc Girouard et Marc Thibaudeau (en haut) ; Daniel Boivin et Joel Delaquis (en bas).

La folie retrouvée des Hardis Moussaillons

Avec ses costumes de scène déjantés, son « rock ludique » réjouissant et la capacité de ses musiciens à faire le pitre devant public, Les Hardis Moussaillons ont été un feu d’artifice aussi explosif qu’éphémère, dans le paysage musical québécois.

Brûlée par la route, les concerts et le succès fulgurant, la bande d’Ottawa-Gatineau a fini par « imploser » en 1997... un an après avoir signé un contrat de disque avec Warner.

Pas un mince accomplissement : les groupes franco-canadiens « signés » par un « major » furent rarissimes. Avec Warner, Les Hardis n’auront pourtant le temps de ne sortir qu’un album : l’inclassable Geister Festival (1996).

« Les Hardis » sont nés sur les cendres de Speedbois (formation franco-ontarienne où officiait Yves Doyon, qui allait fonder En Bref), retrace Marc Girouard. Réunissant Daniel Boivin, Marc Thibaudeau et Joel Delaquis au sein des Hardis, le bassiste de Speedbois prend les chapeaux de chanteur et parolier.

C’est aux Francofolies de Montréal que le groupe à moitié franco-ontarien, un quart québécois, et un quart franco-manitobain fera ses adieux à la scène, cinq ans après sa création.

Aujourd’hui, chaque Moussaillon est capitaine de sa propre embarcation.

Originaire d’Ottawa, Daniel Boivin a maintenu le cap d’une carrière en musique. Bassiste, guitariste, compositeur, il a accompagné Roch Voisine sur scène, a travaillé avec Marcel Aymar, Robert Paquette, Paul Demers et FetNat, et signé les conceptions sonores de nombreuses pièces de théâtre. Quand il n’est pas dans son studio, entouré d’appareils numériques, il « trippe sur le camping sauvage, la vie hard-core, sans électricité – avec zéro musique dehors ou dans l’auto ».

Marc Girouard travaille avec la firme de marketing gatinoise Llama Communications.

Marc Thibaudeau a migré à Montréal, où il est devenu comédien. On a pu le voir à la télévision en papa d’Aurélie Laflamme et dans la série Plan B. Il vient de déménager dans les Laurentides pour contribuer au développement d’initiatives culturelles.

Comme ses complices, Joel Delaquis a cherché la « tranquillité ». Après avoir longtemps œuvré dans l’événementiel à Ottawa, il a ouvert un centre de yoga sur la rue Eddy, avant de déménager dans un coin reculé de la Colombie-Britannique : l’île Thetis, où il a ouvert un centre de ressourcement. Pour recevoir une barre de signal Internet, il doit gravir la colline derrière chez lui... « Je joue très peu de musique, je n’écoute rien d’autre que la nature. Mais la scène artistique me manque. Les boys aussi ! » confie-t-il, moins à l’oreille du journaliste qu’à l’attention de ses complices réunis via Zoom.

Les Hardis Moussaillons : Marc Girouardet Marc Thibaudeau (en haut) ; Dan Boivin et Joel Delaquis (en bas)

La complicité perdure

Les quatre musiciens — qui n’ont pas joué ensemble depuis 23 ans — se revoyaient live pour la première fois depuis des années... avec l’enthousiasme désordonné qu’on peut imaginer en ces circonstances.

« Les Hardis, c’est une de mes plus belles expériences de vie », lance Marc Thibaudeau. « J’ai eu le privilège de jouer avec de super bons musiciens — qui sont devenus de grands amis. C’était une chimie rare. On refusait un show ou une entrevue s’il manquait un seul membre. On est séparés, mais la folie créatrice est restée et la complicité perdure. »

Le quatuor a réalisé très tôt à quel point la magie opérait. Après avoir pratiqué une poignée de chansons, ils ont « rapidement » envoyé une cassette « démo » au Festival du Voyageur de Saint Boniface. « Contre toute attente, ils nous ont dit de venir pour un show d’une heure... alors qu’on n’avait presque pas de tounes », se remémore Marc Thibaudeau, hilare.

Quand ils débarquent au Manitoba, trois mois s’étaient écoulés depuis le premier jam parti improvisé qui marque la rencontre du quatuor. Sur la scène du Voyageur, les musiciens déploient des trésors d’imagination pour rallonger leur session. Ils se costument. Déconnent. Improvisent. L’effet sur la foule est instantané. Le destin du groupe va se jouer là, car l’impro délirante restera à tout jamais gravée dans l’ADN des Hardis.

L’Empire des futures stars

Au retour, ils se lient d’amitié avec le Montréalais Marc-André Duncan, qui deviendra leur sonorisateur attitré. Duncan (collaborateur de Zébulon et Galaxie), que le quatuor considère comme « le 5e Hardis », inscrit la bande à l’émission L’empire des futures stars, où les Moussaillons débarquent en costumes de vaches... et remportent la 2e place du concours, juste derrière Doc et les chirurgiens (Yan Perreau). Warner les repère ce jour-là.

La « solide » section rythmique « permettait aux deux guitaristes d’être plus flyés et de faire les clowns » à l’avant-scène, analysent les compères Thibaudeau et Boivin.

Les musiciens arrivaient sur scène portant jupons et souliers de bowling. Ou costumés en lutteurs sumo. Ou en super héros montés sur patins à roulettes — pour « se rendre compte, une fois sur scène, que personnes ne peut peser sur les pédales », s’esclaffe la gang. Les deux guitaristes créent un segment humoristique récurrent, où ils se rebaptisent « Claude et Claude ».

« Il n’y avait aucune limite. On était toujours en création, toujours en train de se renouveler. Il y avait cette folie et cette confiance incroyables entre nous ! », souligne Marc Thibodeau.

« On se “pompait” positivement. On était comme public de nos propres shows, excités par les vagues de folies des autres », enchérit Daniel Boivin.

« Quand on essayait à l’avance de créer des moments comiques, ça ne marchait pas. Mais dès qu’on faisait dans le spontané, c’était génial ! » À preuve, quand le festival Juste Pour Rire les a engagés pour un spectacle en leur « demandant d’être drôles », le quatuor se souvient d’avoir complètement « figé » sur scène : ç’a été un « désastre », pouffent-ils.

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LES HARDIS MOUSSAILLONS

  • Groupe de musique pop-rock irrévérencieux
  • Membres : Daniel Boivin (guitare), Marc Thibaudeau (guitare), Joel Delaquis (batterie), Marc Girouard (chant et basse)
  • Discographie : Geister Festival (1996)