Louis Hamelin, écrivain originaire de la Mauricie
Louis Hamelin, écrivain originaire de la Mauricie

La dure réalité socioéconomique des auteurs mise en lumière

LA TUQUE — La crise provoquée par la pandémie de la COVID-19 n’épargne pas les écrivains qui voient, dans la majorité de cas, leur situation précaire s’accentuer. En marge de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) souhaite exposer la situation socioéconomique fragile des écrivains québécois.

«Si la précarité perdure, on est très inquiet pour l’avenir de la littérature au Québec. Il n’y a aucune garantie et aucun encadrement. Il faut que le gouvernement nous aide à encadrer la pratique professionnelle du métier d’écrivain parce que tous les métiers sont encadrés au Canada, mais pas les écrivains. Il faut une entente-cadre», lance d’entrée de jeu, Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ.

L’écrivain originaire de la Mauricie, Louis Hamelin, abonde dans le même sens. La question doit être abordée et des actions concrètes doivent être posées.

«La pandémie c’est une occasion de constater la fragilité des revenus de la plupart des écrivains québécois. La plupart des gens sont surpris quand ils apprennent que sur 20 $ générés par un livre, le distributeur en fait 4 $, le libraire en fait 8 $, l’éditeur en fait 6 $ et l’écrivain, lui, il fait 2 $. C’est 10 % et ce n’est pas beaucoup», lance-t-il.

Ces chiffres font effectivement partie des données rendues publiques par l’UNEQ. Dans le même document, on présente aussi les résultats d’un récent sondage réalisé par Léger en février dernier auprès des Québécois. On peut constater qu’un Québécois sur trois seulement est au courant de cette réalité et que 88 % des Québécois jugent cette situation «assez ou totalement inacceptable».

Selon les dernières données disponibles, on apprend également que les écrivains déclarent un revenu annuel médian de 3000 $ et que 65 % d’entre eux tirent moins de 5000 $ de leur travail de création littéraire. La majorité doit donc se tourner vers d’autres sources de revenus pour gagner leur vie.

L’UNEQ indique que trois écrivains sur quatre tirent des revenus d’autres activités que la création littéraire et 2 % seulement affichent un revenu annuel de création de 60 000 $ ou plus. Il y a un tabou à affronter pour commencer à parler de ces choses-là. C’est le tabou qui dit que parler d’argent pour un écrivain, c’est inconvenant. En 2020, le tabou est encore présent. On laisse entendre un peu que l’écrivain est quelqu’un qui flotte au-dessus des contingences matérielles, que c’est quelqu’un qui écrit pour la gloire de la littérature. Il y a encore cette gêne de parler d’argent pour un écrivain alors que je pense que si on veut donner notre vie à la littérature, il faut être capable d’en vivre justement», martèle M. Hamelin. «Il y a une image un peu romantique de l’écrivain», ajoute M. Dubois.

La crise entourant la COVID-19 n’aide en rien à la précarité financière. L’UNEQ affirme que certains éditeurs, confrontés à des difficultés de liquidités, pourraient ne pas payer dans les délais prévus les redevances qui sont dues aux écrivains sur la base de revenus provenant de l’an dernier.

«La crise impacte à plusieurs niveaux les écrivains. Les salons du livre sont annulés, les conférences en librairie, dans les bibliothèques, dans les écoles sont aussi annulées. Il y a une perte de revenus évidente […] Il y a aussi les revenus futurs qui posent problème. Beaucoup d’éditeurs, et on peut le comprendre, ont décidé de différer la sortie de certains livres. On est inquiet pour les revenus pour l’année prochaine», note M. Dubois.

Laurent Dubois, directeur général de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).

L’UNEQ réclame depuis 20 ans des changements. On milite pour que les lois sur le statut de l’artiste qui encadrent la littérature soient révisées.

«Un écrivain, quand il veut être publié, il se retrouve tout seul à négocier face à une maison d’édition, le rapport de force est déséquilibré», plaide Laurent Dubois.

Le directeur général avait bon espoir de faire un pas dans la bonne direction, mais ça, c’était avant que la pandémie ne vienne gâcher les plans.

«La ministre s’y était engagée. Les consultations allaient commencer et évidemment la COVID-19 est arrivée. Tout a été suspendu. On veut que les travaux soient repris dès que possible. Il faut que cette loi-là change», insiste M. Dubois.

«Il n’y a personne qui demande que l’écrivain soit salarié comme un fonctionnaire. Ce n’est pas nécessairement ça le but. Il va toujours y avoir une part d’insécurité dans l’aventure de la création d’une œuvre. Par contre, un bon début serait vraiment de modifier et généraliser la structure des contrats», ajoute Louis Hamelin.

Ce dernier pense que ça pourrait se traduire par une obligation de l’éditeur de verser une avance sur les droits à la signature d’un contrat.

«Une avance futile, minime, mais qu’il y ait une avance. C’est loin d’être le cas actuellement, ce sont des choses qui se négocient à la pièce», note-t-il.

L’UNEQ note également que les écrivains, contrairement aux artistes de la scène, du disque et du cinéma, ne profitent d’aucun filet social, par exemple un pourcentage versé par le diffuseur à un régime d’épargne-retraite, des assurances collectives et des indemnités de vacances.

«Il y a un problème au Québec avec le statut d’écrivain qui n’est pas considéré comme un artiste comme les autres au niveau de la loi. Ça ne donne pas accès à la même protection et au même filet social que peuvent avoir d’autres types d’artistes », indique M. Dubois.

Une autre chose qui pourrait être revue selon eux, c’est le «travail gratuit». On indique que la grande majorité des écrivains ne sont pas rémunérés lorsqu’ils doivent se présenter dans des activités promotionnelles reliées à leurs livres. «Les écrivains québécois devraient se tenir plus et qu’ils refusent de travailler pour rien», insiste Louis Hamelin.

D’ailleurs l’UNEQ propose une grille de tarifs «raisonnables» à cet effet. «On fait connaître cette grille, mais elle n’est pas obligatoire. C’est au bon vouloir de tout le monde et à ce titre, il y a de bons élèves et de très mauvais», a conclu Laurent Dubois.