La pièce de théâtre Je disparais sera présentée au Centre national des arts (CNA) du 1er au 4 novembre.

La disparition

Un époux et une enfant qui ne reviennent pas. Le diagnostic d’une maladie fatale. L’écroulement d’un immeuble. Une traversée en mer et une noyade imminente. La mort par asphyxie, abandon, assassinat, par accident. L’auteur norvégien Arne Lygre répertorie les scenarii du pire dans sa pièce Je disparais, mise en scène par Catherine Vidal dans une adaptation québécoise de Guillaume Corbeil. Fiction ou réalité ? Imaginaire imprégné de catastrophisme ou funeste prophétie ? De quoi se nourrissent nos peurs ?

Quand la pièce débute, une femme seule chez elle est assise sur une chaise. Elle se projette dans d’autres vies, songe à des malheurs qui arriveraient à d’autres protagonistes et pourraient donc la concerner. Son amie la rejoint, suivie de la fille de cette dernière que l’on attendait, mais pas du mari. Elles décident tout de même de partir en bord de mer. Exil intérieur ou fuite précipitée d’un danger quelconque ? L’écriture d’Arne Lygre joue d’ellipses et de mystères pour évoquer la solitude intrinsèque à la condition humaine, la peur de la mort, la disparition des êtres chers que l’on connaissait ou croyait connaître.

La metteure en scène Catherine Vidal a pris connaissance de ce texte en 2016 lors d’un événement théâtral dédié à la découverte et à l’exploration scénique d’œuvres de la dramaturgie contemporaine étrangère. Une initiative du Théâtre Prospéro, à Montréal.

« Il est rare de travailler avec une distribution de femmes âgées de 50 ans, analyse Mme Vidal. J’aimais aussi beaucoup la forme de cette pièce, comme un casse-tête à assembler. »

Rappelons qu’elle avait également signé la mise en scène du Grand Cahier, d’Agota Kristof, présentée en 2012 au CNA, le récit de jumeaux cherchant à s’endurcir. La confrontation comme exercice du dépassement de soi, c’est aussi le jeu auquel se livrent les protagonistes de Je disparais en se projetant dans diverses situations catastrophiques.   

Les personnages, dépourvus du nom, sont désignés par « moi », « mon amie », « la fille de mon amie », « une étrangère. » Leurs fantômes vont peu à peu se glisser dans leurs interactions et monologues intérieurs, et leurs peurs intimes et collectives refaire surface. Présentée du 1er au 4 novembre au CNA, elle réunit Marie-France Lambert, Macha Limonchik, Larrissa Corriveau et James Hyndman. 

« La pièce créait ce sentiment que l’on éprouve quand un inconnu affiche soudainement un comportement erratique, dans le métro ou dans la rue. On ne se sent pas en sécurité, le réflexe premier est de se refermer, mais l’on demeure à l’affût. » 

La metteure en scène a choisi un écrin immaculé, des corps et des mots dans l’espace, pour représenter sur scène ce jeu de rôles où l’on cherche à se faire peur selon des récits qui réfèrent à l’actualité (attentats, migrations...) comme à l’histoire (chambres à gaz). « Comment réagirions-nous si ça nous arrivait aujourd’hui ? » se demande-t-elle. Dans un équilibre entre concret et abstrait, la pièce sollicite l’empathie des spectateurs, en éprouve ses limites, interroge les enjeux du vivre-ensemble et de la relation à l’autre.

C’est la première fois qu’une pièce d’Arne Lygre est montée au Québec ; la metteure en scène a d’ailleurs contacté l’auteur sur Facebook pour lui demander conseil sur la narration. « Il est resté évasif », sourit-elle. Histoire de rester fidèle au titre de sa pièce ?


POUR Y ALLER

Quand ? Du 1er au 4 novembre

Où ? Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000