Les Morissette se donneront en spectacle à la maison de la culture de Gatineau les 15 et 16 décembre prochains.

La dernière danse des Morissette

Véronique Cloutier et Louis Morissette viennent donner à Gatineau l’ultime représentation du spectacle Les Morissette, avec lequel ils ont sillonné le Québec pendant 3 ans et demi, et grâce auquel le couple a décroché, en 2016, le Félix du spectacle d’humour de l’année au Gala de l’ADISQ.

Les Morissette se sont arrêtés plus d’une vingtaine de fois dans la région (à la salle Odyssée, mais aussi au Théâtre du Casino et au Centre des arts Shenkman), pour présenter ce spectacle au fil duquel le couple s’amuse à scruter, par le trou de son nombril, la conciliation travail-famille, la dépendance aux réseaux sociaux, l’amour, le sexe et l’amitié. Mais ce sera la première fois que le couple débarque à Gatineau avec des caméras. Dans le cadre de l’émission de docuréalité Les Morissette et moi, qui talonne Véronique Cloutier dans ses multiples vies professionnelles et familiales, « on prépare un épisode spécial sur la fin de la tournée, le 16 décembre », dévoile-t-elle.

Pourquoi terminer à Gatineau ? Simplement parce que « c’est l’endroit où on a le plus aimé jouer. Il y a des endroits où ça marchait très fort. On a été bien accueillis partout, mais à Gatineau, il y a toujours une frénésie dans la salle, le public est très très généreux, très démonstratif », observe l’animatrice-productrice-chroniqueuse radio-femme d’affaires-comédienne (à qui on enlève ici quelques chapeaux).

250 000 billets

Le succès « inattendu » de son duo comique avec son mari l’a prise de court. « Me remettrai jamais de ça », avait-elle commenté le 23 novembre dernier, en même temps qu’elle dévoilait sur son compte Instagram que le spectacle venait de franchir les 250 000 billets vendus. 

De quoi, précisément ? « De cette aventure en général, et du nombre de représentations en particulier, parce que je n’avais aucune idée du succès qu’on allait remporter. »

« Oh », poursuit-elle, « on savait qu’on avait un spectacle efficace entre les mains, et qu’il y avait au départ une certaine curiosité à voir un véritable couple faire de l’humour sur scène, [surtout qu’] on a tous les deux une notoriété.. disons, non négligeable, mais on pensait se rendre à 40 ou 50 000 billets [...]. Jamais je ne m’étais imaginé qu’on se rendrait à 250 000 billets vendus. Surtout, en cette ère où il y a [...] tellement de spectacles d’humour en même temps, et une seule tarte à se partager… »

« D’aller se mesurer à des pointures [de l’humour], c’était pas gagné d’avance : on est arrivés un peu comme un chien dans un jeu de quilles, dans la mesure où Louis ne faisait plus de spectacle d’humour depuis plusieurs années, moi j’en n’avais jamais fait », retrace-t-elle.

D’ailleurs, elle n’avait « jamais » osé s’imaginer « faire de la scène, et surtout pas en humour ».

Ses doutes se sont amenuisés avec le temps. D’autant que, de représentation en représentation, loin de céder à la fatigue ou à l’essoufflement, « on a amélioré notre complicité et on a resserré le rythme [de près de 15 minutes]. Et, pour que ça ne devienne pas lassant, et pour éviter de jouer sur le pilote automatique, on se surpend. Au fil du temps, on a ajouté des gags, on en a enlevé d’autres, on a improvisé des trucs qu’on a gardés, quand ils fonctionnaient. Certains soirs, on joue un peu plus avec la foule, on se laisse surprendre par le public. On est toujours un peu sur le qui-vive : ça permet au plaisir d’être toujours présent après trois ans et demi. »

« J’apprécie trop cette expérience pour la botcher [en me contentant de] jouer machinalement, comme un robot. »

Nostalgie

Aujourd’hui, l’étonnement de Véro face au succès des Morissette a fait place à de la « reconnaissance ». « Les deux sentiments qui m’habitent, à présent que ça se termine, sont la gratitude et la nostalgie. »

Et un zeste de fierté, sans doute. D’abord à l’idée de pouvoir « mettre [la scène] dans la liste des projets “cochés” ». Mais surtout parce que, malgré la frénésie, l’expérience scénique a soudé encore davantage les deux amoureux. 

« C’est une réussite de A à Z. Une réussite professionnelle, avec les billets vendus, les critiques et le bouche-à-oreille très positifs, la longévité. C’est pour moi un accomplissement personnel, un défi que j’ai relevé. Et c’était aussi un défi pour notre couple et notre famille, mais on n’en garde que du positif. »

Chicane de couple

En 295 représentations, « on s’est chicanés seulement deux fois, avant un spectacle, Louis et moi ». 

« Mais les deux fois, on [a su] se réconcilier juste avant. Alors, c’est presque un sans faute. »

Quelques mois avant le début de la tournée, « on a été pris de vertige, en voyant les dates se booker. Alors on s’est demandé : “’Qu’est-ce qu’il va arriver si ça ne fonctionne plus entre nous ? Si on s’engueule tout le temps et que ça nous éloigne l’un de l’autre ?”’ Alors, on s’était fait la promesse de ne jamais monter sur scène en froid ou on conflit. Et on a réussi ça. »

« Sur scène, on se tire tellement la pipe, on est [tellement] baveux l’un envers l’autre, que si on n’est pas en parfaite harmonie, je pense que le public, sans pouvoir mettre des mots dessus, sentirait vite que quelque chose cloche, une certaine animosité. C’était donc essentiel qu’on soit toujours en bons termes avant de monter sur scène. »

« Quand on s’engueule, c’est toujours pour des conneries, des broutilles », précise Véronique Cloutier. Ces disputes se produisent « souvent en voiture, parce que je suis contrôlante, j’ostine le GPS — je prends le blâme : je suis un peu fatigante pour ça », rigole-t-elle.

Le souvenir semble ressurgir dans son esprit pendant qu’elle parle : « Une des ces deux fois-là, c’était à Gatineau ! » confesse-elle en éclatant de rire. « Je me revois encore dans la loge de la Salle Odyssée, on était très fâchés, et Louis est venu me voir pour me dire que ça n’avait pas de bon sens, et qu’il ne restait que cinq minutes avant que le rideau se lève. Et [la chicane] s’est terminée comme ça ! »

UNE VIE QUI ROULE À 100 À L'HEURE

Cette fin de tournée n’annonce toutefois pas la « mort » des Morissette, Certes, Véro et Louis vont à présent se concentrer sur leurs projets respectifs, mais on pourrait bien les voir remonter sur scène un jour, pour défendre la suite de leur vie de couple. « Peut-être dans trois ans », laisse entendre Véronique Cloutier.

Pourquoi mettre un terme à un show qui fonctionne si bien ? Pour ne pas commencer à jouer devant des salles à moitié vide, certes, avoue-t-elle, mais « surtout parce qu’on est occupés par plein d’autres projets... et que les enfants suivent de moins en moins. Maintenant, on a deux adolescents [Delphine, 15 ans et Justin, 13 ans ; la dernière, Raphaëlle, a 8 ans], ils ont leurs propres occupations ; les fins de semaine, mon fils joue au hockey, ma fille a un copain... ç’a changé beaucoup. »

On aurait présumé que la logistique familiale était plus complexe lorsque les enfants étaient plus jeunes. « Oui, au départ, à cause de l’école et de tout ce qu’il fallait organiser quand ils ne suivaient pas », indique Véro. Sauf que, désormais, « notre plus vieille peut garder le soir, elle est super responsable, et c’est pas grave si on rentre tard. »

« Par contre, c’est devenu plus compliqué parce que quand on laisse des ados à la maison, on part la tête un peu moins tranquille », ajoute Véronique Cloutier en riant.

« Ça va être bien, de retrouver des week-ends en famille un peu plus normaux. [...] Ça va faire du bien d’avoir un autre rythme de vie, parce que [conjuguer la scène] avec tous nos autres projets, c’est un peu essoufflant. » La nouvelle émission hebdomadaire qu’animera Véro, 1res fois, sera présentée les jeudis, dès le 8 janvier, sur ICI Radio-Canada Télé. Et elle est toujours très occupée par sa revue (Véro magazine), sa chaîne Internet (Véro. tv, où elle supervise la sélection des programmes, « approuve les montages », et anime l’émission Rétroviseur) sa ligne de vêtement et la Fondation Véro et Louis : « La philanthropie, c’est beaucoup plus de travail qu’on pensait », constate-t-elle, sans rien regretter. Bref, « ça roule ! Ça va vite ! Tout ça me tient très occupée... »


POUR Y ALLER

Quand ? Les vendredi 15 et samedi 16 décembre, à 20 h 

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819 243-2525 ; salleodyssee.ca