Alain Labonté vient de lancer le 10e coffret Mille mots d’amour, toujours au profit de l’organisme Les Impatients, qui fête ses 25 ans. Pour l’occasion, le coffret regroupe certaines des meilleures lettres des neuf coffrets précédents.

La crème des mots en cœur

Vous auriez aimé intercepter une lettre de Jacques Brel à une amie? Avoir accès aux mots d’amour intimes de Jean-Marc Vallée, Leonard Cohen, Dany Laferrière, Marie-Thérèse Fortin, Marc Séguin ou Mariloup Wolfe? C’est ce que proposent les Impatients à l’occasion de leur 25e anniversaire.

L’organisme qui vient en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale par l’expression artistique lançait récemment le coffret de lettres Mille mots d’amour : les grands moments et autres inédits. Ce 10e tome rassemble plus de 140 lettres signées par des personnalités publiques ou des participants aux ateliers d’art. Environ les deux tiers des lettres sont tirés des quelque 1000 lettres publiées dans les coffrets précédents et l’autre tiers est composé de lettres inédites.

« Ceux qui acceptent de signer une lettre d’amour peuvent l’adresser à n’importe qui. Leur chat, leur chien, leur grand amour, leur pays. Jacques Attali écrit une lettre à l’avenir. Marie-Soleil Michon écrit aux enfants qu’elle n’aura jamais. Denys Arcand écrit à son père décédé. La seule contrainte est de ne pas dépasser 250 mots pour que ça tienne sur une feuille détachée », explique Alain Labonté, concepteur des coffrets de lettres d’amour dont le profit des ventes sert au financement des Impatients.

Une belle histoire entoure la lettre de Brel, qui est décédé 15 ans avant la fondation des Impatients. « Je soupais avec mon amie Danielle Oddera, qui aura bientôt 80 ans et qui faisait les premières parties de Brel en 1966. Sa sœur Clairette, qui était une grande amie de Brel, était mourante à ce moment-là. Je savais qu’elle avait correspondu pendant des années avec Brel et j’ai demandé à Danielle, un peu gêné, si elle croyait que sa sœur nous offrirait une lettre issue de cette correspondance. Clairette a donné son accord et je me suis rendu chez elle où j’ai pigé une lettre parmi la centaine empilée dans un cartable. Par pur hasard, je suis tombé sur la toute dernière lettre qu’avait écrite Brel à Clairette », raconte Alain Labonté, conscient du privilège dont il a bénéficié.

La lettre se termine sur ces mots : Je t’embrasse très fort et à tout à l’heure, Ton vieux Jacques.

Dépressions profondes

La santé mentale est un sujet qui touche de près Alain Labonté puisque sa mère a souffert de dépressions profondes.

« Ma mère s’est retrouvée dans un état végétatif lors de ses trois grandes dépressions. Elle ne voyait plus, ne marchait plus, ne parlait plus. La médication n’avait aucun effet, donc on a eu recours aux électrochocs », explique celui qui avait 12, 19 et 47 ans lorsque sa mère est tombée gravement malade.

« Je parle de ma mère avec beaucoup d’amour dans mon premier livre Une âme et sa quincaillerie et je crois que ça a dérouté un peu les gens de savoir que les électrochocs existaient toujours au Québec. »

« Jamais sa maladie mentale n’a changé ma perception d’elle, poursuit-il. On habitait sur une ferme avec mes grands-parents. On était neuf autour de la table. Quand ma mère tombait, on continuait, on labourait le temps qu’elle revienne. »

Actuellement, les Impatients comptent 14 lieux de diffusions au Québec et il existe une liste d’attente pour participer aux activités.

« On voit de belles améliorations chez les participants, qui sont envoyés par un médecin. Une étude démontre que plus de 80 pour cent d’entre eux fréquentent moins les hôpitaux après avoir participé au programme et 60 pour cent prennent moins de médications. C’est concret », résume celui qui s’occupe des relations de presse des Impatients depuis 15 ans et qui signe aussi une lettre dans ce tome 10.

Le samedi 10 février de 14 h à 16 h, Alain Labonté, accompagné de Kim Thuy, de Patrick Senécal et des Impatients, sera à la librairie Renaud-Bray de Drummondville pour dédicacer le coffret de lettres d’amour.

Alain Labonté, l’auteur

Alain Labonté se réjouit que son dernier roman, Moi aussi j’aime les hommes, fasse son entrée dans les bibliothèques des écoles secondaires et des universités québécoises. L’échange épistolaire avec Simon Boulerice aborde le parcours des deux créateurs, leurs aspirations, leur joie devant les avancées des droits LGBTQ ici et leurs réactions par rapport aux horreurs perpétrées ailleurs.

Sa première publication, Une âme et sa quincaillerie, est par ailleurs devenue une lecture obligatoire dans certains établissements d’enseignement. C’était le cas, notamment, à l’Université de Saint-Boniface, à Winnipeg, lorsque son auteur a été invité l’an dernier à présenter une conférence devant 250 étudiants.

« Quand ce livre a été publié, je pensais en vendre 14 exemplaires. Mon éditeur m’a téléphoné six jours après sa sortie pour me dire qu’il était le 14e plus vendu au Québec. Je n’en revenais pas », raconte celui qui a déjà signé des chansons pour Marc Hervieux, Bruno Pelletier et Annie Villeneuve.

Moi aussi j’aime les hommes est le deuxième livre en 23 mois d’Alain Labonté, qui est à l’aube de la cinquantaine. « Et j’en écris trois autres en ce moment, précise-t-il en riant. J’écris la suite d’Une âme et sa quincaillerie qui s’intitulera Trois saisons et un puits de lumière. Je fais aussi un livre en coécriture avec Florence Meney dont le thème est la santé mentale et qui s’intitulera Un jour ma tête a plié les genoux. 

Moi aussi, j’aime les femmes, qui sera aussi une correspondance, est également en écriture. Il y sera question de l’actualité mondiale des femmes et j’annoncerai bientôt avec qui cet ouvrage sera réalisé.