Outlive se distingue des autres jeux basés sur la gestion de ressources par la rareté constante de ces ressources.

Outlive: Gérer la faim du monde

Le plateau d’Outlive aspire les joueurs en 2079, dans un monde en ruines, dévasté par on ne sait trop quel cataclysme nucléaire. La population mondiale se réduit à quelques dizaines de milliers d’habitants. L’objectif de chaque clan (les joueurs) : résister à six tours de jeu, tout en recrutant le plus de survivants possible, c’est-à-dire les pions qui donneront l’essentiel des points de victoire... pions que chaque joueur voudra mettre à l’abri dans son bunker sous-terrain.

Une fois « recrutés », ceux-ci pourront améliorer nos chances de survie en donnant quelques avantages au joueur. Il faudra avoir préalablement aménagé son abri pour les recevoir, ce qui coûtera de précieuses ressources. Mais encore faudra-t-il réussir à les nourrir jusqu’au bout, alors que, dehors, la pénurie (de nourriture, en particulier) est tout ce qu’il y a de plus catastrophique.

Sans compter qu’il faudra résister aux radiations croissantes ainsi qu’à une série d’événements désastreux, comme des attaques de pillards prompts à nous voler nos maigres ressources, qui surviendront aléatoirement au début de chaque tour. Ces six événements font très mal. Grincements de dents et « oh la la ! » garantis....

Dans cette ambiance style Mad Max (le désert australien en moins, des forêts et des villes en plus ; mais une seule et même « réalité » de base : la course effrénée, prioritaire, jusqu’à la seule source d’eau potable...), l’équipe de chaque joueur devra s’aventurer hors du bunker, dans l’un des huit lieux cartographiés sur le plateau de jeu, à la recherche de quoi subsister. Lesdites équipes sont représentées par quatre figurines en bois, les « héros », qui peuvent effectuer entre trois et cinq actions par tour. 

On se pile sur les pieds

La mécanique du jeu permet au dernier héros arrivé sur un lieu de jouer du coude, et de voler une ou deux ressources à un adversaire déjà présent. Mais en général, c’est plutôt la logique du « premier arrivé, premier servi ! » À Outlive, les mouvements sont limités, et on se pile souvent sur les pieds. 

Car il y a à la fois plein et très peu de ressources. Traduction : s’il existe une assez grande variété de ressources (neuf différentes, au total), chacune vient en quantité très limitée, à chaque tour de jeu. La quantité de ces ressources dépend du nombre de joueurs. 

On n’est pas du tout dans l’esprit de « coopération » qui, souvent, caractérise les jeux baignant dans cette thématique post-apocalyptique – Dead of Winter ou Zombicide, par exemple – qui cherchent à favoriser l’esprit d’équipe.

On trouve d’abord les pions « bois », « métal » et « puces » électroniques, requis pour construire les salles qui accueilleront les survivants. Il existe ensuite les indispensables pions « eau » et « viande », sans lesquels ces survivants mourront à la fin du tour, ainsi que les pions « boîte de conserve », seule denrée non périssable (un atout de taille, ici).

Auxquels s’ajoutent les pions « munitions », nécessaires pour obtenir de la viande (car il faut se rendre en « forêt » pour y chasser du « gibier ») ou pour se protéger d’un joueur qui voudrait nous délester de notre inventaire ; des tuiles « équipements » qui viennent en paire éparpillée, et qu’il faudra réunir pour qu’elles s’avèrent véritablement utiles ; et, pour finir, l’« algue » (un jeton unique) qui permettra de faire baisser le niveau de radiation dans le bunker).

On doit gérer non seulement le plateau, mais aussi son bunker. Il faut aussi surveiller la jauge de radioactivité de son abri, car un niveau trop élevé aura des conséquences dramatiques sur le score final. 

Gestion de frustrations

Si, dans sa mécanique, Outlive ne s’éloigne guère des nombreux jeux basés sur la « gestion de ressources » : on doit adapter son plan de match en fonction des imprévus qui surviennent en cours de partie, forçant les joueurs à revoir leurs priorités.

Le jeu se distingue cependant par la rareté constante des ressources, au cœur de sa dynamique. On est tenté de parler de « gestion de pénurie », plutôt que de gestion de ressources », même si ça revient un peu au même. Comme les joueurs n’auront évidemment pas le loisir de faire main basse sur tout ce dont ils auraient besoin dans un même tour, chacun va devoir apprendre à faire des choix (dramatiques). Chaque sacrifice, quel qu’il soit, aura de lourdes conséquences à moyen et long terme.

En cela, on peut sans doute parler de « gestion de frustration ». À notre table, la frustration d’un des joueurs a été si douloureuse qu’il ne souhaite pas renouveler l’expérience. Les autres survivants d’Outlive en redemandent.

D’abord, parce que beaucoup d’éléments se superposent, ce qui rend l’expérience stratégique assez riche. Ensuite, parce que graphiquement, l’esthétique du matériel est très agréable.

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FICHE TECHNIQUE

2 à 4 joueurs

Chance 1/6

Stratégie 5/6

Plaisir 5/6

Difficulté 3/6

Esthétique 5/6