«La Nuit des voleurs» : l’opportunisme en clockpunk

CHRONIQUE - À QUI LE TOUR? Un voleur pourra toujours peaufiner sa stratégie aussi longtemps qu’il le voudra, mais pour réaliser le larcin du siècle, il aura besoin de chance. Nécessairement confronté à l’imprévu, un bon cambrioleur n’arrivera à tirer son épingle du jeu que s’il est assez agile pour provoquer ses opportunités et pour savoir les saisir au bon moment.

Dans La nuit des voleurs, disponible en version française depuis avril dernier, le joueur devra apprendre à jongler avec chacun de ces éléments s’il espère déjouer la garde impériale et sortir de la cité d’Hadria avec le joyau de l’empereur. Édité par Galakta, le jeu de table créé par l’auteur Slavomir Stephien transporte les joueurs (maximum 4) dans un univers «clockpunk», une vision rétro futuriste de la Renaissance.

C’est un jeu de déplacements et de gestion d’actions de toutes sortes. Le rythme est soutenu, les temps morts sont plutôt rares. Une partie peut se jouer en deux heures. Le livret d’instructions fait 18 pages, mais renferme somme toute des règles relativement simples.

Les événements fortuits déclenchés par les joueurs qui se déplacent dans les quartiers d’Hadria à la recherche de pierres précieuses, le déplacement des gardes du palais, la phase d’alerte pendant laquelle le jeu se resserre sur tous les voleurs et en particulier sur celui qui a eu le culot de dérober le précieux rubis, et surtout la très intéressante possibilité pour les voleurs de se voler entre eux sont des éléments du jeu qui ont de quoi déstabiliser les joueurs aguerris qui aiment avoir un grand contrôle sur leur stratégie.

Ces derniers arriveront toutefois à s’y faire… peut-être dans une deuxième partie. Ils réaliseront, comme un vrai voleur, qu’ils ne peuvent pas tout contrôler. Une peccadille ou un peu de brouillard en tournant le coin d’une rue peuvent parfois être suffisants pour faire dérailler la meilleure des stratégies. Voir l’opportunité et avoir consciencieusement conservé dans son jeu les outils pertinents pour la saisir, voilà la clé du succès pour sortir vainqueur de la partie.

Attention toutefois. Tout le monde peut aussi perdre. Le jeu a été construit de sorte qu’il devient un peu comme un joueur supplémentaire. Les déplacements des gardes et la promptitude avec laquelle ils le feront tout au cours des différentes manches de jeu viendront influencer de façon importante les choix faits par les voleurs.

Mécanique originale
Outre l’esthétisme du jeu, l’ambiance bien rendue et la qualité du matériel (même si plus de couleurs pour les différents pions auraient permis de repérer plus facilement les personnages sur le plateau), ce qui a agréablement surpris les joueurs de «À qui le tour?», c’est la mécanique du jeu développée par l’auteur. Elle repose essentiellement sur des cartes «actions» et les points d’action «PA» dont disposent les joueurs.

L’ordre à laquelle chaque action sera jouée sera déterminé par le nombre de PA que décidera, dans le plus grand secret, d’y consacrer chaque joueur. Un joueur peut décider de jouer rapidement une action, tandis qu’une autre peut devoir attendre à la dernière minute. Les voleurs doivent aussi décider s’ils passent à l’action avant les gardes. Une fois les actions révélées, c’est là que, manche après manche, les voleurs constatent s’ils parviennent, petit à petit, à faire tourner les choses en leur faveur.

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FICHE TECHNIQUE

Chance : 4/6

Stratégie : 3/6

Plaisir : 4/6

Difficulté : 3/6

Esthétique : 5/6

LE CLOCKPUNK, C'EST QUOI?

L’ambiance clockpunk qu’on retrouve en toile de fond de La nuit des voleurs est à la Renaissance, ce que le steampunk est à la Révolution industrielle. Les deux courants, littéraires d’abord, sont une vision rétro futuriste de l’époque dans laquelle ils sont ancrés. Plutôt que de trouver son inspiration dans la vapeur, la grande industrie, le charbon, les quartiers ouvriers anglais et la mode du 19e siècle comme le fait le steampunk, le clockpunk dépeint un monde d’engins prémodernes, d’engrenages et d’horlogerie ou des machines qu’aurait pu imaginer Léonard de Vinci.