Le marché du jeu de société est très compétitif, avoue le directeurde la recherche et du développement de Gladius, Marc Fournier.

Éditions Gladius: des jeux pour M. et Mme Tout-le-monde

CHRONIQUE — À QUI LE TOUR? / Pas d’affaires de geeks, ni de snobs préférant les stratégies complexes, avec livret détaillé de 102 règlements et 48 exceptions qu’il faut impérativement digérer avant de jouer son tour...

Le créneau des jeux à grands déploiement n’est pas celui de Gladius, un concepteur québécois de jeux de société qui se concentre sur le jeu familial s’apprenant en quelques minutes.

Le directeur de la recherche et du développement de Gladius, Marc Fournier, était en tournée à travers le Québec, ce mois-ci, pour présenter quelques nouveautés et parler d’une industrie en pleine ébullition, et où la compétition est féroce.

« On ne peut jamais s’asseoir sur un succès. Tout bouge très vite dans ce monde-là. Il nous faut constamment arriver avec des nouveautés », explique-t-il en faisant valoir que Gladius a sorti cette année une quinzaine de nouveautés.

Depuis une dizaine d’années, le jeu de société est devenu un moyen de partager des soirées entre amis, loin des consoles de jeux vidéo, en sirotant plutôt un café ou un verre de vin.

C’est justement dans cet esprit – et dans ce marché plus familial – que veut frapper l’équipe de Gladius. « On ne se le cache pas : le temps des Fêtes arrive, et c’est “la” grosse période pour l’industrie », fait valoir M. Fournier.

Depuis 2010, l’industrie est devenue très compétitive, en Amérique du Nord et en Europe. « C’est très dur », constate le directeur de qui l’entreprise québécoise, qui fête cette année ses 25 ans.

Gladius s’est entre autres fait connaître du grand public avec le jeu Gangster, dans lequel les participants cherchent à remplacer un parrain maffieux qui vient de prendre sa retraite.

L’entreprise mise sur des produits ludiques et simples d’accès, comme les jeux questionnaires familiaux, ou les jeux permettant aux enfants de s’initier aux plaisirs de la table, version dés et cartes.

Dans le créneau des tout petits, la compagnie a travaillé avec des spécialistes de l’éducation pour concevoir des jeux qui stimulent des aspects fondamentaux de l’apprentissage. « Ça reste très ludique mais on ajoute des composantes éducatives qui donnent une plus-value. On le voit particulièrement dans Foin-Foin ou Dans ma valise. Ce sont des choses que nous sommes en mesure de réaliser parce qu’on est une plus petite compagnie, alors que les multinationales ne le font presque pas. »

Il va jusqu’à affirmer que la concurrence offerte par les jeux vidéo ne lui est pas si néfaste. « L’isolement des gens devant leur écran crée un important besoin de partager le plaisir avec d’autres. » Au final, « ça reste du jeu ; et plus les gens jouent, plus ils ont envie de jouer. Tôt ou tard, ils reviennent aux jeux de société. »

Son mandat du concepteur, c’est de trouver de nouvelles formules ou de nouvelles façons de relancer des classiques. « Les jeux questionnaires ont toujours eu la cote et continuent de l’avoir. Les jeux qui impliquent du bluff, ça fonctionne aussi toujours. Avec le temps, je constate que les gens cherchent beaucoup à être actifs en jouant alors, il faut trouver des nouvelles façons de faire. »

Adapté de la télé et de la radio

La compagnie s’associe souvent avec des jeux télévisés, une excellente locomotive de visibilité pour le jeu de table alors que ce dernier contribue à mousser l’intérêt des téléspectateurs. « C’est toujours une association intéressante : il arrive même que les concepteurs de jeux télévisés nous appellent avant même la sortie du jeu télé pour qu’on conçoive un jeu de société. »

« Nos plus grosses ventes dans ce secteur-là se font l’année où le jeu sort à l’écran. Par la suite, ça diminue, bien que ça demeure souvent intéressant. Ce qui est dommage pour nous présentement, c’est qu’il n’y a pas de nouveaux jeux télévisés qui sortent sur le petit écran. »

Gladius s’est récemment affiché avec le jeu Le Tricheur, du même nom que le jeu-questionnaire télévisé de TVA. « Nous misons cette année sur la version Club des Maîtres. C’est une franchise qui fonctionne bien. Nous avons quatre versions du même jeu. »

Gladius mise sur une clientèle « plus relaxe » que les purs et durs, pour qui l’intérêt d’un jeu de société réside dans la mise en application de stratégies préalablement apprises sur des blogues, voire muries pendant des jours, avant de se mettre à table.

Marc Fournier vante le nouveau Fais-moi confiance, élaboré avec un animateur de radio de Québec, Martin Dalair. « On l’entendait jouer à ce jeu avec ses auditeurs. Nous avons monté une base avec des règles précises, puis nous lui avons soumis l’idée. Ce qu’on veut, c’est faire jouer Monsieur et Madame Tout-le-monde avec des trucs simples. »

Reprendre sa place

« On redevient peu à peu la compagnie que nous étions il y a cinq ou six ans, explique M. Fournier. À l’époque, nous nous sommes fait dépasser par des jeux comme L’osti d’jeu, ou Jokes de Papa (tous deux édités par Randolph). Nous avons dû nous adapter dans l’industrie. On veut mettre en marché rapidement, donc la création de grands tableaux, de pièces commandées en Chine et de concepts complexes, ce n’est pas notre créneau. On conçoit et on fabrique au Québec, alors on fournit rapidement à la demande. »

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INNOVER POUR TOUJOURS AMUSER

Gladius fonde de grands espoirs dans deux nouveautés : Nainporte quoi ! jeu de devinettes loufoques qui va exiger rapidité mentale mais également physique de la part des concurrents. 

Du côté des soirées de partys de couples, le jeu Connexion, conçu par l’humoriste et animateur Jean-François Baril mise sur la complicité entre les membres de duos, à travers des questions. 

En 2019, Gladius visera le marché des 7 à 12 ans, et multipliera ses collaborations avec des youtubeurs, afin de mousser son jeu Tu préfères quoi ?, qui consiste à choisir entre deux options proposées par une vedette de YouTube. Avec François Houde, Le Nouvelliste