«Century: La route des épices» est le point de départ d’une plus grande aventure ludique.

«Century» : l’art du réseau commercial

CHRONIQUE / On se doutait, en faisant l’acquisition du jeu «Century: La route des épices», qu’on s’apprêtait à faire un long voyage... on ne savait juste pas à quel point. Car, au-delà de sa thématique, qui dessine à elle seule des contrées lointaines, ce petit jeu était en réalité le point de départ d’une plus grande aventure ludique. Une aventure à la fois toute simple (les règles tiennent sur un feuillet recto verso) et savamment épicée...

Paru au Québec en juin 2017, La route des épices (RDE), n’était en réalité que le premier volet d’une série de trois jeux édités sous le même nom: la bannière Century. Il y a quelques mois à peine, on découvrait la seconde partie de cette trilogie, Merveilles orientales (MO). 

Tout en restant dans une thématique exotique, ce second jeu reprend une partie de la mécanique d’origine, en l’appliquant à un autre environnement géographique (ça, c’est réussi!) et en essayant de décliner les choses de façon suffisamment différente pour que ce ne soit pas redondant (là, le résultat est plus mitigé).

Non, il ne s’agit pas là d’une extension, mais bien d’un jeu complètement autonome. Qu’on peut toutefois jumeler avec le premier, si ça nous tente.

RDE transportait les joueurs dans les sables du désert, à l’époque des longues migrations des caravanes, à la recherche inlassable de précieuses épices. MO les plonge quant à lui dans quelque Mer de Chine que des navires marchands devront sillonner d’île en île, dans une course commerciale somme toute très similaire au premier jeu, bien qu’on ait physiquement troqué notre main de cartes pour de petits pions « marché » et « bateau » (qu’on disposera sur les tuiles, pour créer un réseau commercial).

Le détail qui séduit – et qui impressionne immédiatement – c’est que les deux jeux, une fois «fusionnés», en forment un troisième. Baptisé Century – De la terre à la mer (DTAM), celui-ci a évidemment son thème à lui (les eaux indonésiennes) et ses propres règles hybrides (pas plus compliquées que celles des deux jeux qui le constituent).

La boucle sera bouclée en 2019, avec la sortie de Century – Un nouveau monde. Ce troisième opus présentera dans sa mécanique des éléments susceptibles d’être conjugués avec l’un ou l’autre (et sans doute les deux) des jeux Century qui l’auront précédé. Que voilà une habile façon de donner plus de corps à une ambiance thématique qui, quoique joliment exploitée fonctionne parfaitement bien, mais dans les faits, on se borne à échanger des cubes de couleurs, et non des épices odorantes.

La série Century se compose de plusieurs opus.

En passant, Century est édité par Plan B Games, une société québécoise basée à Rigaud. Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt, à nos chameaux et bateaux, dans le cas présent.

Si on a eu un coup de cœur immédiat pour La route des épices – un jeu de deck building (une main de cartes qu’on conserve et qu’on optimise en cours de partie) qui se distingue par ses règles ultra-simples, sa fluidité exemplaire et son riche potentiel stratégique – on ne pourra pas en dire autant de sa suite. 

Merveilles orientales ne nous a qu’à demi-convaincus. La déception n’est pas amère, mais on a un peu l’impression de jouer au même jeu, malgré la mécanique qui diffère. On est aussi perplexe face à la nouvelle dynamique. Les ajouts, loin d’être inintéressants, semblent surcharger inutilement des choses qui fonctionnaient très bien... et qui semblaient même avoir été songées dès le départ pour leur impeccable fluidité.

On a testé MO à deux joueurs seulement, sans atteindre le même niveau de plaisir et de satisfaction qu’avec RDE. Sans doute cette variation aurait-elle gagné à être pratiquée en mode multijoueurs, ce qui aurait enrichi les interactions commerciales?

À la base des trois jeux, il s’agit d’acquérir des épices, symbolisées par des petits cubes de couleur et de valeur différentes. La stratégie repose indifféremment sur notre façon d’optimiser au mieux les échanges d’épices, que ce soit grâce aux cartes qu’on acquiert (dans RDE) ou via les tuiles que nos placements de bateau nous permettent d’exploiter (dans MO).

Le but est le même: compléter (avant les autres joueurs) des séries de cubes précises, afin de s’emparer des différents objectifs lesquels valent plus ou moins de points de victoire, selon le niveau de difficulté d’exécution.

Avertissement: il existe une édition « Golem » de La route des épices, mais comme celle-ci décline un autre visuel thématique, elle n’est absolument pas compatible avec les autres jeux Century.


Hasard : 3/6

Stratégie : 4/6

Plaisir : 4/6

Difficulté : 1/6

Esthétique : 4/6

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Century est édité par Plan B Games, une société québécoise basée à Rigaud.

LES QUATRE VISAGES DE PLAN B

Plan B Games est à la source de plusieurs jeux ayant fait leurs preuves à l’étranger. Ce petit éditeur basé à Rigaud connaît depuis deux ans une croissance plus qu’enviable, au point de devoir ouvrir en 2016 une filiale en Allemagne, plaque tournante du jeu de société. 

Cet essor ne s’essoufflera pas de sitôt, à présent que la société a remporté – grâce à Azul, un jeu de tuiles très tactique – le prix du «Jeu de l’année » au prestigieux Spiel Des Jahres 2018. D’aucuns considèrent comme les Oscars du jeu de société cette compétition internationale tenue en Allemagne. Depuis cette victoire, l’antenne Hambourgeoise de Plan B est d’ailleurs en mode recrutement.

Sur son site Internet, Plan B explique qu’elle chapeaute un porte-folio de quatre «studios» de création et de publication. Chacun d’eux a la responsabilité de différents jeux, exploités sous sa propre marque commerciale, et parfois dans des marchés spécifiques. 

Alors que la série Century arbore l’étiquette de Plan B, Great Western Trail et Camel Up porte le sceau de Eggertspiele, éditeur racheté par la boite en 2017. 

Le studio Next Move, pour l’instant spécialisé dans des jeux tactiques empreints d’abstraction, commercialise Azul et Reef. Le premier est signé par l’Allemand Michael Kiesling, une vedette de la création de jeux; le second est le nouveau jeu d’Emerson Matsuuchi (qui est aussi le « papa » de Century), dont la sortie commerciale est imminente. 

Il semble toutefois qu’Azul soit à présent commercialisé (on n’ose pas écrire « disponible », puisqu’il est en rupture de stock un peu partout) au Québec sous l’étiquette Plan B .

Les jeux Flick Em Up et Junk Art sont quant à eux distribués sous la bannière Pretzel Games, qui exploite des jeux plus tactiles que stratégiques (pièces en bois et en 3D à faire tomber ou tenir en équilibre).