Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Janie et Marcio ont remporté la deuxième saison de «Révolution» dimanche dernier.
Janie et Marcio ont remporté la deuxième saison de «Révolution» dimanche dernier.

Janie et Marcio: la danse qui envoûte

CHRONIQUE / Leur ultime révolution faisait penser à l’œuvre d’un grand peintre. Et résumait parfaitement leur prodigieux parcours au rendez-vous dominical de l’automne à TVA : volupté, pureté et grâce. Janie et Marcio ont ébloui les Maîtres comme le public, finissant vainqueurs de la deuxième saison de «Révolution» dimanche dernier, devant Adriano et Samantha, qui avaient pourtant obtenu la meilleure note à leur première prestation de la soirée.

«Il fallait que ce soit efficace, on ne voulait pas aller dans les paillettes et le fla-fla, parce qu’on n’a jamais fait ça de toute façon», me confie Janie Richard, encore sur un nuage, deux semaines après le tournage de cette finale. Et dire que cette dernière révolution, son partenaire et elle l’ont modifiée à la dernière minute, un choix risqué qui aurait pu leur être fatal.

Elle a 32 ans, vient de Terrebonne, lui en a 29, est originaire du sud du Brésil. Marcio Vinicius Paulino Silveira s’est installé au Québec il y a déjà neuf ans, alors qu’il ne parlait ni français ni anglais, ce à quoi il a joliment remédié depuis. Après avoir évolué au sein de la troupe de danse La La La Human Steps et contribué à la dernière production de cette compagnie montréalaise, dissoute en 2015, il a depuis enchaîné les contrats, en plus de donner des ateliers. Après avoir changé de partenaire à cinq reprises dans une production, Janie a fait appel à lui, et ça a tout de suite cliqué entre eux. C’était le bon.

Ils ont souri quand un des Twins leur a fait remarquer qu’ils fakaient bien le rapport amoureux. «On n’a jamais joué la relation amoureuse. On est des amis, et on a encore plus développé notre symbiose avec Révolution, en étant chaque jour ensemble depuis neuf mois», souligne Janie, qui a dû se montrer convaincante pour qu’ils participent ensemble à l’émission. Marcio n’était pas chaud à l’idée. «Même moi, je n’étais pas confiante à 100 %. Mais Révolution, on ne sait pas pour combien d’années c’est là encore. On s’est laissé prendre au jeu. Après notre première performance, c’était magique. On n’avait jamais rien vécu de tel, avec des gens tout autour de nous qui réagissent. Ce n’est pas du tout commun. On était comme dans un rêve.»

Il s’en est fallu de peu pour que les choses tournent au drame. À deux jours du tournage de cette deuxième saison, au cours de la toute dernière répétition, une blessure a failli mettre fin au rêve du duo : «mon biceps a lâché durant un porté vraiment simple», raconte Marcio. «Je pensais que j’avais déchiré son chandail, tellement le bruit était fort», poursuit Janie, qui admet avoir pleuré toutes les larmes de son corps, persuadée devoir annuler leur participation. Aussi horrible que la blessure puisse paraître, et malgré un premier pronostic pessimiste d’une physiothérapeute, aucune chirurgie n’a été nécessaire et Marcio n’a éprouvé aucune douleur récurrente. «Ça arrive fréquemment aux joueurs de football, qui laissent les choses comme ça», explique Janie. Et Marcio est un combattant, de sorte que rien n’a jamais paru à l’écran.

Janie ne se serait pas imaginé devoir danser en solo, comme Alex Francœur, qui a dû s’y résigner à la finale, son partenaire ayant abandonné la compétition pour dire oui à un important contrat. «Je n’ai jamais aimé danser en solo. Lydia [Bouchard, une des Maîtres] l’a dit à Alex : “c’est tellement intime, les gens sont tellement rivés sur toi, ça prend beaucoup de courage pour danser seul.” Il y a une chimie, une énergie à deux qui m’interpellent beaucoup plus que de performer pour performer», me dit cette maman d’une fille de six ans.

Depuis leur première apparition à Révolution, Janie et Marcio n’ont jamais dévié de leur nature profonde, alliant poésie et simplicité. «On ne veut pas juste danser pour danser, on veut transmettre un message, laisser une trace», confie Janie. Le duo a su tirer profit du concept très rassembleur de l’émission de TVA. «On voyage dans des pays où les gens paient très cher pour voir des spectacles de danse, et de savoir qu’on a l’opportunité de partager notre passion avec un si large public, de rendre cet art plus accessible, c’est une grande satisfaction. C’est pour ça qu’on a choisi la simplicité, pour que les gens puissent connecter avec nous», affirme Marcio.

Non seulement le duo a-t-il eu carte blanche dans l’orientation de ses chorégraphies, mais il a pu imposer certaines contraintes à la production, comme l’installation d’un escalier en colimaçon pour le numéro de la demi-finale. «J’étais rushante avec la production! On proposait des idées, ils ont accepté tout ce qu’on a voulu faire», admet Janie. Le duo se retrouvera avec les autres finalistes lors d’une tournée qui l’amènera dans cinq villes québécoises. La mise en scène est assurée par Serge Denoncourt, et Team White, duo gagnant de l’an dernier, se charge des chorégraphies. Les spectacles commencent le 20 février à Montréal, avant de passer par le Capitole en mars, puis Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières. «On est passé de 21 spectacles à 33, et il y a déjà plus de 5000 billets vendus», se réjouit Marcio.

En plus d’avoir été renouvelée pour une troisième saison à TVA, Révolution commence à s’illustrer sur la scène internationale, puisque le concept original de Fairplay et Québecor Contenu est adapté en Lituanie, en Russie, de même qu’en Chine, où il a rallié plus de 20 millions de téléspectateurs dès sa première diffusion. D’autres territoires ont déjà manifesté leur intérêt pour ce format québécois.