Langage de percement met en valeur le rapport au langage d’artistes autochtones.

Inventaire du langage avant fermeture

Il est encore temps de s’aventurer à la Galerie 101 en périphérie du quartier italien, à Ottawa. Dès décembre, cette petite structure confidentielle dédiée à l’art contemporain autochtone et « culturellement diversifié » devrait être relocalisée au centre-ville, sur la rue Queen.

En effet, l’établissement doit être démoli en février 2018, tout comme le pont autoroutier jouxtant l’édifice et qui, « depuis 10 ans a dépassé la date de péremption », s’alarme la directrice Laura Margita. Ses artistes en profitent pour investir une dernière fois les lieux en s’appropriant aussi les espaces alentours. Puisque tout doit être détruit, autant donner un dernier souffle au béton qui muraille la galerie !

Tagué en contrebas du pont décrépit, dans l’arrière-cour : « Tous les murs s’effritent, mais notre terre demeure », peut-on lire dans la langue des Anishinaabe.

L’exposition Langage de percement (Language of Puncture, en anglais) convie principalement des artistes issus des Premières Nations à s’exprimer sur leur rapport au langage. Une relation complexe qui interroge la transmission culturelle, évoque la perte d’une tradition entre deux générations ou rend tout simplement hommage à la beauté d’une écriture. Et l’on pense à la voie typographique tracée au centre de l’espace d’exposition par Rolande Souliere, avec ses panneaux noirs et blancs créés à partir de syllabes cries. « Elle s’est inspirée des routes que l’on parcourt sur des kilomètres, qui représentent autant des voies d’accès à des territoires que des lignes de démarcation pour les délimiter », explique Mme Margita.

Langue fragmentée par syllabes ou comprimée en boudins, comme dans l’œuvre d’Alicia Reyes McNamara, une artiste d’origine mexicaine non dénuée d’humour. Elle invite le visiteur à déchiffrer la phrase cachée dans son installation où les lettres ont été collées au point d’être illisibles. On devine les premiers mots : « The fact that I’m writing to you in English is already falsifying what I want to tell you... »

Il faut encore mentionner la peinture en triptyque d’Audrey Dreaver, « Do you speak Cree » répété ad nauseam sur une toile, un simple « no » lui répondant sur l’autre.

Parmi les six artistes exposés, Whess Harman, de Vancouver, a créé une police de caractère inspirée des motifs visuels caractéristiques de l’art autochtone de l’Ouest du Canada.

On déambule ainsi librement autour des installations de cette salle ouverte à tous les vents, comme une terre qui ne connaîtrait pas de barrières. Avant de méditer sur cette phrase glanée dans l’un des livres à feuilleter : « You want to return to the land but...does the land want you ? »

   

POUR Y ALLER

Où ? Galerie 101 (51B, rue Young)

Quand ? Jusqu’au 28 octobre

Renseignements : 613-230-2799