Les plaignantes Diana Bentley, Hannah Miller, Kristin Booth et Patricia Fagan.

Inconduite sexuelle: quatre actrices dénoncent le Soulpepper Theatre

TORONTO — Quatre actrices qui disent avoir été harcelées sexuellement pendant des années par le cofondateur de la compagnie Soulpepper Theatre de Toronto, Albert Schultz, affirment que l’inaction de la compagnie face à leurs nombreuses plaintes les a incitées à parler publiquement.

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi, un jour après que Soulpepper eut relevé Albert Schultz de ses fonctions de directeur artistique le temps de mener une enquête, les quatre plaignantes dans des poursuites déposées contre l’homme de théâtre et la compagnie ont déclaré avoir été terrifiées à l’idée de parler publiquement. Elles ont toutefois jugé qu’elles n’avaient pas d’autre choix.

« Albert Schultz est le visage de Soulpepper. Il avait le pouvoir de choisir ou non une actrice, a souligné une avocate des plaignantes, Tatha Swann. Il y avait une crainte de porter plainte. La dynamique du pouvoir était extrême. »

Jusqu’à maintenant, Albert Schultz a promis de se défendre « farouchement » des allégations des quatre actrices, qui accusent l’homme de 54 ans de s’être exhibé devant elles, de leur avoir fait des attouchements et de leur avoir fait subir de l’humiliation de nature sexuelle.

Les allégations n’ont pas été prouvées devant un tribunal et ni Albert Schultz ni la compagnie de théâtre torontoise n’ont présenté d’exposé de la défense.

Les poursuites déposées par Kristin Booth, Hannah Miller, Diana Bentley et Patricia Fagan ont poussé Soulpepper à demander au directeur artistique de se retirer de ses fonctions, le temps d’une enquête interne. La femme d’Albert Schultz, Leslie Lester, qui est directrice générale de la compagnie, a aussi choisi de se retirer temporairement.

Les allégations à l’endroit d’Albert Schultz surviennent après que Soulpepper eut annoncé, en octobre, avoir rompu ses liens avec l’artiste Laszlo Marton, qui aurait fait du harcèlement sexuel, selon la compagnie. Kristin Booth a d’ailleurs critiqué Soulpepper pour avoir vanté publiquement, en octobre, ses politiques de lutte contre le harcèlement sexuel.

« Je n’y ai jamais vu de politique sur le harcèlement sexuel, a lancé l’actrice. Connaissant la culture là-bas, l’hypocrisie de cette déclaration est ce qui m’a motivée à parler publiquement, afin que cela n’arrive pas à d’autres jeunes femmes qui arrivent dans la compagnie. »

Hannah Miller affirme que les conditions de travail ne sont pas sécuritaires pour les acteurs dont le travail les force à être ouverts et vulnérables.

« Le caractère sacré du théâtre est violé, a-t-elle estimé. Aux jeunes actrices en début de carrière, ayez le courage de mériter ce que vous méritez, c’est-à-dire un environnement de travail sécuritaire, et un endroit sécuritaire où vous pouvez faire de l’art. »

Démissions en bloc

Les allégations ont poussé quatre autres artistes à annoncer, jeudi, leur départ de la compagnie en solidarité avec les plaignantes, affirmant qu’ils ne travailleraient plus jamais avec Soulpepper tant qu’Albert Schultz ne serait pas congédié.

Ted Dykstra, qui a démissionné aux côtés de Stuart Hughes, Michelle Monteith et Rick Roberts, a déclaré qu’il n’avait pas le choix.

« Je ne peux y travailler en sachant ce que je sais. Je connais ces femmes et je crois leurs histoires. »

Soulpepper se décrit comme étant la plus grande compagnie de théâtre torontoise à but non lucratif, et Albert Schultz a joué un rôle clé dans son répertoire. Il est aussi producteur de la série à succès Kim’s Convenience diffusée sur les ondes de CBC. Il a reçu l’Ordre du Canada en 2013.