Une minitournée hivernale enverra le trio à la Salle Odyssée, le 13 janvier.

Il faut battre le siècle tant qu’il est chaud...

Quand les Zapartistes ont mis en 2014 un terme à leurs revues de l’année, après 13 éditions, ils n’en avaient pas tout à fait fini avec la formule Zap.

L’exercice du zapping politique s’est poursuivi en novembre 2016, avec le spectacle Zap 21, qui soulignait les 15 ans d’existence da troupe. Et c’est cette revue du 21e siècle que les humoristes reprennent – après l’avoir réactualisée – le temps d’une minitournée hivernale qui enverra le trio à la Salle Odyssée, le 13 janvier. En trio, oui ; car Vincent Bolduc, Jean-François Nadeau et Christian Vanasse n’y sont pas accompagnés de leur complice François Patenaude.

C’est d’abord pour se renouveler, « se distinguer », qu’est née l’idée de passer ce – très jeune – siècle au savon zapartiste.

Quand la bande a vu le jour, « l’humour politique vivait un creux, et il n’y avait plus de revue de l’année : même le Bye Bye se cherchait, et avait pris une pause (de 99 à 2002) », rappelle le comédien et imitateur Jean-François Nadeau. « De nos jours, les revues de l’année pullulent, tant à la télé que sur scène. Et ça dilue un peu notre militantisme, alors que nous, on a vraiment envie de mettre du militantisme dans l’humour – plutôt que l’inverse », poursuit-il.

M. Nadeau l’avoue : sa bande s’est régulièrement contrainte à aborder des dossiers « pas particulièrement importants, politiquement », simplement parce que c’était « ce que le public attendait » d’elle. « On en avait soupé d’avoir à traiter des sujets apparemment ‘incontournables’ alors que, souvent, on sait qu’ils ne traverseront pas le temps. » 

« On voulait faire quelque chose un peu plus musclé. » C’est mû par leur esprit de « synthèse » que la gang a d’abord entrepris quelques shows thématiques, tels Ébullition, portant sur le Printemps érable, ou encore Les Zapartistes en ont plein le cul, un « spectacle rageur qui a été plus ou moins bien reçu », confesse l’humoriste. 

« Veiller au grain »

Et puis, l’évidence s’est imposée : faire un premier bilan de « ce siècle qui était plein de promesses et d’urgence », et qui offrait aux Zapartistes l’occasion d’« être plus critiques, de moins survoler » l’actualité. De revenir aux fondamentaux de leur humour politique : s’attaquer – depuis le champ gauche, la bande étant ouvertement indépendantiste – à des sujets « sérieux », voire « arides » en apparence, comme « le terrorisme, la corruption, la dérive sécuritaire, le triomphe du 1 % ou la polarisation de la gauche ». Et d’en rire. 

Pas seulement pour « montrer les dents ». Certainement pas non plus « pour banaliser ou se désengager, mais bien pour donner le courage d’y croire, à cette lutte qui est devenue de moins en moins possible ou imaginable ».

Passer en revue le présent siècle permettait aussi aux Zapartistes « de revisiter nos textes les plus marquants », poursuit Nadeau, en précisant que Zap 21 ne constitue « pas un best-of » au sens vulgairement « marchand » du terme. Ni un spectacle « destiné à glorifier les Zap », d’ailleurs. Les Zapartistes reprennent de vieux sketches, mais un quart du contenu est du « matériel nouveau ou retravaillé », précise-t-il.

Les principaux événements ayant marqué les 17 premières années de ce siècle sont abordés de façon « chronologique, mais pas trop », afin de  pouvoir « dégager des liens ». « Entre la droite décomplexée et la crise financière aux États-Unis », par exemple. Ou pour « pouvoir se rendre au Printemps érable ou continuer à parler de la dérive sécuritaire qui nous envahit depuis 2001 ».

Et quand on lui demande si ce siècle n’est pas un peu jeune pour avoir déjà son bilan de santé, Jean-François Nadeau rétorque du tac au tac : « C’est justement le temps de s’en occuper pendant qu’il est jeune ! Pourquoi se plaindrait-on : on est dans un pays sans guerre, dans un centre-droit [qui fonctionne] ? Mais c’est précisément quand ça va bien qu’il faut veiller au grain ! Après... il est trop tard. »

 Mais, dans le regard des Zapartistes, le monde se délite inexorablement. « C’est vrai, on n’est pas tant des gens d’espoir que des gens de devoir, même si on est tous des pères de famille », concède l’humoriste en laissant échapper un souffle un peu las. 

« Et notre devoir, c’est d’y croire. De lutter. De critiquer. De rêver, même ! Parce qu’aujourdhui, parler de justice sociale ou défendre l’environnement, c’est rapidement étiqueté comme quelque chose de l’ordre du pelletage de nuages, alors qu’il n’y a rien de plus concret. »

« Pour nous, ce qui est abstrait, c’est justement ce qu’on fait avec notre fric, c’est notre manière de consommer ou la façon dont on s’autodétruit... » enchérit Nadeau. Il ne peut s’empêcher de déplorer cet « inversement des perceptions », qui, tel un virus, ronge tout un chacun, confortablement caché dans la masse de cette « grande majorité silencieuse » affairée à ses « petits calculs égoïstes, au lieu de penser au bien commun ».

Revenir sur ces 17 années est aussi pour eux un devoir de mémoire. « Il est jeune, ce siècle, et pourtant il y a une intensification du temps : on a inventé et détruit plus de choses qu’en 150 ans. Il y a là quelque chose de décourageant. Mais en même temps, on se sent plus armé, plus informé, mieux outillé. Alors, oui, on a envie que ça porte à l’action ! »

Musique morale

Détail plus révélateur qu’il n’y paraît : ils sont six sur scène. Les humoristes sont en effet secondés par un trio de musiciens : Simon Estérez, Jean-Sébastien Nicol et Benoit Rocheleau. Explications de Nadeau : « Il faut se rappeler qu’en 2001, c’était complètement immoral de télécharger de la musique sans donner de redevances aux artistes. Seize ans plus tard, c’est complètement moral. Et même légal », dit-il, avec deux pointes d’ironie dans la voix. « Comment on répond à ça, nous ? En apportant trois musiciens live sur scène, alors que c’est très [coûteux]. C’est notre clin d’œil aux nouvelles façons de consommer de la musique. »


POUR Y ALLER

Où ? Maison de la culture 

Quand ? Samedi 13 janvier, 20 h

Renseignements: 819-243-2525 ; salleodyssee.ca