Guy Bélizaire sera présent au Salon du Livre de l’Outaouais où il participera à deux tables rondes: sur l’oralité et l’exil.
Guy Bélizaire sera présent au Salon du Livre de l’Outaouais où il participera à deux tables rondes: sur l’oralité et l’exil.

Guy Bélizaire a publié «Rue des rêves brisés»: Haïti, les mots du cœur

Alors que le Mois de l’histoire des Noirs a débuté il y a quelques jours, la lecture de «Rue des rêves brisés» de Guy Bélizaire s’impose d’elle-même. Ce premier roman aborde des thèmes chers à l’auteur originaire d’Haïti : le racisme, le déracinement, l’exil, l’identité culturelle, la nostalgie, le tout enveloppé d’amour et d’amitié.

Alors que son recueil de 14 nouvelles, À l’ombre des érables et des palmiers, était à peine sorti, l’auteur gatinois — qui sera présent au Salon du livre de l’Outaouais (SLO) — peaufinait déjà ce premier roman paru cet automne chez L’Interligne.

Rue des rêves brisés raconte l’histoire de Christophe, un adolescent de 17 ans, né au Québec de parents haïtiens, tiraillé entre un pays qu’il ne connaît pas, Haïti, et cette vie québécoise qu’il a toujours connu.

Le tout se déroule au milieu des années 80, lors de la chute du régime Duvalier. « C’est une période qui amenait l’espoir d’un futur meilleur. C’était le moment où jamais pour les Haïtiens de repartir au pays. Tout était permis, on rêvait, se souvient Guy Bélizaire. Le père de Christophe, comme beaucoup d’Haïtiens, a dit : “la voie est libre, on repart”. C’était tout ce contexte que je voulais mettre en scène. »

L’histoire de l’île est d’ailleurs abordée au fil des pages. « Le prénom Christophe fait aussi référence à un héros de l’histoire d’Haïti qui a combattu pour l’indépendance des États-Unis. Je voulais aborder la contribution des Haïtiens à d’autres pays ; notre histoire est méconnue », regrette l’auteur.

Son roman pourrait très bien avoir lieu dans le contexte contemporain. « Certaines problématiques que j’aborde existent encore. Par exemple, il y a plus de 30 ans, je travaillais sur l’équité en matière d’emploi. Je remplissais mes fonctions en me disant que mes enfants arriveraient sur le marché du travail, qu’ils seraient évalués selon leurs compétences et que la couleur de leur peau n’aurait pas d’incidence. Pourtant, aujourd’hui on tient le même discours. C’est sûr qu’il y a eu des progrès, mais c’est tellement lent que c’est décourageant, parfois. »

Des thèmes majeurs

Mais l’auteur ne s’est pas livré à un exercice autobiographique. « J’ai beaucoup observé les enfants de mes amis, mes neveux et même mes propres enfants, raconte-t-il. Pour développer le personnage de Christophe, je me suis demandé à quoi pense un jeune né au Canada, qui n’a jamais vécu en Haïti et qui en entend continuellement parler. Comment il se sent et peut réagir. »

Pour écrire, M. Bélizaire s’inspire de la vie qui l’entoure et de ses rencontres : on retrouve dans Rue des rêves brisés des thèmes qui lui tiennent à cœur, déjà présents dans son premier ouvrage.

« Ce sont des thèmes auxquels je pense souvent, de par mon vécu, mon expérience, et à cause des gens que je rencontre. L’exil, la discrimination, la nostalgie m’interpellent. »

Raconter — au je — l’histoire du point de vue de Christophe s’est imposé naturellement, afin de « pouvoir livrer ses expériences et ses réflexions », explique M. Bélizaire. Si Christophe est un ado québécois d’origine haïtienne, des membres issus d’autres communautés culturelles pourraient s’identifier à ce jeune de 17 ans tiraillé entre ses origines, la culture inculquée par ses parents et sa vie de Québécois.

« Je ne veux pas écrire pour un certain groupe ou une communauté. Pour moi, écrire c’est viser une certaine universalité, confie Guy Bélizaire. Mon objectif est de raconter une histoire captivante qui va intéresser le lecteur, peu importe ses origines ou son expérience. »

Guy Bélizaire sera présent au Salon du Livre de l’Outaouais où il participera à deux tables rondes: sur l’oralité et l’exil.

La transmission

Alors que le Mois de l’histoire des Noirs vise à conscientiser, à informer et à éduquer, c’est aussi l’occasion, selon Guy Bélizaire de sensibiliser les jeunes au rôle qu’ils peuvent jouer dans la transmission de l’histoire des Haïtiens.

« Les immigrants de la première génération vieillissent et la transmission de l’histoire, de la culture, des connaissances, des habitudes va disparaître. C’est plus que jamais important que les jeunes soient au courant et qu’ils puissent à leur tour la transmettre. D’ailleurs, Christophe représente toute une génération de Canadiens d’origine haïtienne, et il y a en a de plus en plus », souligne Guy Bélizaire.

Ce père de quatre enfants s’est fait un point d’honneur de transmettre son histoire et sa culture ; il leur a aussi appris le créole.

« La transmission est une richesse, affirme l’auteur de 61 ans. C’était important de dire à mes enfants qu’ils sont Haïtiens, mais aussi Québécois et Canadiens et qu’ils ont un héritage. Que porter tous ces chapeaux est une richesse. »

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D'Haïti à Ottawa

En 1978, âgé de 20 ans, Guy Bélizaire atterrit avec ses parents à Trois-Rivières. Il a ensuite vécu à Montréal avant de s’établir en Outaouais.

« Après plus de 40 ans, on se sent encore un immigrant, surtout dans le regard de l’autre, confie-t-il. Par contre, je me considère comme un Canadien, comme un Québécois et il n’y a personne qui va réussir à me faire croire que je ne le suis pas. J’ai passé la majorité de ma vie ici, c’est le pays que je connais le mieux et dans lequel je me sens le mieux. Parce qu’Haïti que j’ai connu n’existe plus », insiste l’auteur.

Pourtant, même s’il n’y a pas remis les pieds depuis 30 ans, il avoue qu’il aura toujours le cœur en partie là-bas. « Il y a une expression haïtienne qui dit : "Là, où mon cordon ombilical a été enterré". Il y a toujours un lien à ce pays même si on est loin et que ça fait longtemps qu’on est parti », lance Guy Bélizaire.

Quant à l’espoir d’un avenir meilleur pour Haïti, l’auteur reste optimiste. « Je refuse de croire qu’un pays avec un passé si glorieux qui a tant contribué au monde, soit condamné à la médiocrité. Je suis sûr qu’Haïti connaîtra des jours meilleurs. »

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EN ROUTE VERS LE SALON DU LIVRE DE L'OUTAOUAIS

Cette entrevue avec Guy Bélizaire est le premier texte d’une série ayant pour thème l’identité culturelle, l’immigration, le déracinement, l’exil. 

À lire samedi prochain notre entrevue avec l’auteure Monia Mazigh.