Guy A. Lepage a été sacré troisième personne la plus influente au Québec par le magazine L’actualité, tout juste derrière les premiers ministres Legault et Trudeau.

Guy A. Lepage met le point final à 2018

«Être heureux et écrire.» Voilà comment Guy A. Lepage résume ce qu’il voulait faire quand il était jeune. Pas de vocation humoristique, pas de grandes ambitions télévisuelles. Bref, il n’avait aucune idée qu’il allait justement laisser sa marque au Québec dans ces deux domaines.

«Je me disais que j’allais sûrement gagner ma vie en écrivant, peut-être en journalisme, confirme-t-il. Je n’avais pas déterminé ce que j’allais écrire. D’ailleurs, j’avais un cours d’écriture au cégep et le professeur m’avait dit : “tu as tout ce qu’il faut, il ne manque que le contenu”. Il avait raison. Je n’avais rien à dire, mais je savais comment rien dire de multiples façons. Ça aide, c’est un bon outil de départ. Mais effectivement, je n’avais pas de contenu. Là, j’en ai plus...»

Là-dessus, difficile de le contredire. Au sein du groupe Rock et Belles Oreilles, qu’il a retrouvé le temps d’enregistrer un numéro pour le prochain Bye Bye, Guy A. Lepage a cultivé l’humour grinçant dès le début des années 80. Il s’inscrira plus tard dans l’histoire de la télévision québécoise à titre de créateur de la série Un gars, une fille, qui a fait fureur ici, mais aussi ailleurs : on trouve des versions de Guy et Sylvie dans une trentaine de pays. 

Récemment, il a renoué avec la comédie de situation en créant avec Éric Godin le dessin animé Bébéatrice, adaptation du livre du même nom, inspiré par les réparties de sa propre fillette, qui figure d’ailleurs au générique à titre d’auteure. Disponibles sur tou.tv, les capsules ont aussi été rassemblées en épisodes diffusés à ICI Radio-Canada Télé le dimanche à 19h30 jusqu’au 6 janvier. 

Depuis 15 ans, c’est toutefois à la barre de la populaire grand-messe de la télé québécoise Tout le monde en parle (TLMEP) que l’animateur et producteur Guy A. Lepage creuse son sillon. Loin de se lasser, il continue de carburer à sa routine hebdomadaire, qu’il reprendra en janvier. 

«Au contraire, j’y prends plus de plaisir, parce que je comprends mieux ce que je fais, précise-t-il. Ce n’est pas mon vrai métier, ce n’est pas ça que je fais facilement. Quand tu te pratiques devant un million de personnes chaque semaine, il faut avoir de bonnes épaules...»

Lepage se réjouit que le concept, dont l’adaptation québécoise a nettement dépassé en longévité l’originale française — «Thierry Ardisson est très content de recevoir son chèque», rigole-t-il — continue de séduire… et de faire réagir! «Sur 350 émissions, il a dû en avoir 345 qui ont suscité de la polémique. Il y a des gens qui alimentent la controverse même quand il n’y en a pas!» lance l’animateur, sacré troisième personne la plus influente au Québec par le magazine L’actualité, tout juste derrière les premiers ministres Legault et Trudeau. Pas mal pour quelqu’un qui, de son propre aveu, ne voulait «pas faire ça dans la vie».

«Je me trouve chanceux d’avoir fait tout ça alors que ce n’est pas ça que je voulais faire, ajoute-t-il. Dans ce temps-là, tu es un peu moins nerveux, on dirait...»

Alors qu’il a vu défiler à sa table de TLMEP plusieurs personnalités qui ont fait les manchettes dans la dernière année, Guy A. Lepage nous partage à son tour sa lecture de quelques sujets qui ont fait jaser cette année.

La campagne électorale provinciale

«Je suis déçu ces temps-ci de la plupart des campagnes électorales. Ils font du clientélisme et ça, c’est bien énervant. Au lieu de faire de la politique et des mesures pour tout le monde, tu en fais pour les gens qui ont voté pour toi. Avec la répartition des circonscriptions, tu es capable de faire du pointage et de dire : “maintenant, on se concentre sur telle ou telle circonscription et on va pousser tel genre de mesures”. Tout le monde le faisait à sa façon, à part peut-être Québec solidaire, qui était assez free là-dedans. Quoiqu’eux aussi font du clientélisme parce qu’ils s’adressent à des personnes qui sont insensibles aux autres clientélistes… Donc, ils en font malgré eux!»

Catherine Dorion

«Je la trouve très hot. Évidemment, ça ne sera jamais moi qui vais dire : “c’est plate de voir une jeune qui veut se faire remarquer par son contenant et son contenu…” J’ai fait ça toute ma vie et surtout à son âge! Mais je la trouve rafraîchissante et très intelligente. Je m’en câlisse de comment elle s’habille. Ce qu’elle dit est valeureux, c’est nouveau, c’est sensé, il y a de la perspective. Le discours qu’elle a fait à l’Assemblée nationale, c’est vraiment cool. L’image de Québec depuis quelques années, c’est une image de droite, de casquettes, de gens qui regardent le football… C’est le fun de se rendre compte que ben non, ce n’est pas juste ça, cette ville-là. Au contraire, il y a des bastions autres, il y a des gens qui pensent différemment. Et c’est parfait. Ça doit être ça, une société. Faut que ce soit hétérogène.»

L’annulation des spectacles SLAV et Kanata de Robert Lepage

«Je comprends les activistes de s’être manifestés. Mais ils ont choisi un adversaire idéologique qui n’est pas très loin de ce qu’eux-mêmes pensent. Robert Lepage n’est pas un ennemi des différentes cultures, loin de là. C’est quelqu’un qui, avec bonne foi, veut leur faire écho. C’est peut-être un débat qui est resté à un niveau un peu trop intellectuel. Je pense que les activistes qui dénoncent l’appropriation culturelle, ils sont passés par-dessus la plupart des colons qui en font pour dénoncer quelqu’un qui est probablement leur allié idéologique. C’était correct de le dire. Mais c’est comme si la forme avait pris beaucoup de place là-dedans. Robert Lepage est devenu comme un ennemi ou une personne à dénoncer. Et ça, c’est ridicule.»

Le débat sur les signes religieux

«Moi, je ne suis pas pratiquant. Mes enfants ne sont pas baptisés. Je veux que la religion soit le plus loin possible de moi. Mais je respecte les gens qui sont pratiquants, quelle que soit la religion. Il faut qu’il y ait des lieux de culte. Ça ne me dérange pas du tout que les gens affichent leur orientation religieuse sur la rue. Ça m’indiffère totalement. Quand on parle de personnes en position d’autorité, je trouve ça plus important qu’il y ait neutralité pour appliquer des lois qui sont supposées être neutres. Mais où s’arrête l’autorité? Est-ce que ça concerne une dame dans une garderie avec un enfant de trois ans et quart? Ça mérite une discussion. Je ne suis pas convaincu que ce soit une position d’autorité.»

La tenue du sommet du G7 dans Charlevoix

«Je n’ai pas d’opinion là-dessus. Un G7, il faut que ça ait lieu. Je sais juste que Trump a plombé ce sommet-là. Finalement, ç’a coûté ben, ben cher pour qu’on perde tous notre temps à voir ce gros niaiseux prendre le plancher. Et à gros niaiseux, je rajouterais : dangereux.»

Le degré d’urgence environnementale

«Sur 10, on est à 12. Quand des scientifiques du monde entier qui ont des agendas différents se mobilisent pour dire que c’est dangereux, j’ai tendance à me fier à eux autres. J’ai signé le Pacte à la base, avant qu’il soit publié. Évidemment, ça entre en contradiction avec plein d’affaires que je fais. Sauf qu’en le signant, ça m’oblige à réfléchir à ces affaires-là. D’ailleurs, c’est à ça que ça sert. Tu ne signes pas ça parce que tu es vierge, tu le signes parce que tu veux t’améliorer. On m’a déjà demandé pourquoi on n’invitait pas un climatosceptique à Tout le monde en parle. C’est parce que rendu là, un climatosceptique, c’est un imbécile. Et j’essaie de ne pas inviter des imbéciles à mon émission. Qu’on se questionne sur l’urgence où on est rendu, je ne dis pas. Moi, j’ai mon opinion. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un ne pourrait pas dire que c’est un peu moins urgent que je pense. Mais quelqu’un qui nie ou qui sort des commentaires de crétins comme “on parle de réchauffement climatique et il neige au mois de novembre”… Il faut être un hostie de cave pour dire des choses comme ça.»

Les performances du Canadien de Montréal

«J’aime la business du hockey. Et j’aime regarder les sportifs bien jouer. Mais jaser de ça avant et après, de qui aurait dû être sur le premier trio ou des affaires comme ça… Non. Je trouve que les gens se trouvent des sujets bien importants pour éviter de parler de l’essentiel. Je ne bouderai jamais mon plaisir de regarder un beau match de sport. Mais tu ne m’en feras pas parler avant ni commenter après. Ç’a fini 4-3, on peut bien dire ce qu’on veut! Qu’est-ce qui serait arrivé s’il n’avait pas pogné une punition? On ne le sait pas, il l’a pognée! C’est du niaisage!»

Le non-retour des Nordiques

«Je pense qu’étonnamment, la LNH a toujours dit la même affaire. Ils ont toujours dit : “c’est un marché qu’on pourrait considérer, mais ce n’est pas notre priorité”. Des gens ont décidé de construire un magnifique amphithéâtre. J’y ai fait un show, c’est super beau. Mais un marché de sport professionnel ne veut pas seulement un aréna. Il faut se questionner sur s’il y a un marché qui va pouvoir alimenter le club et l’aréna pendant X années. Ils font des calculs d’actuariat et tout d’un coup, ils vont dire que Seattle ou Las Vegas ont plus de chances de rapporter de l’argent. Dans le cas de Vegas, ils ne se sont pas trompés. […] Si la question est : “est-ce que ça serait cool que Québec ait un club?” Oui. Parce que c’est le fun, mais aussi parce que ça reporterait le rapport Québec-Montréal à ce qu’il aurait toujours dû être : une compétition sportive entre le Canadien et les Nordiques, où la plus petite ville des deux peut câlisser une volée à la plus grosse.»

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IL A CRAQUÉ POUR...

Un livre

«Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris. C’est vraiment impressionnant, c’est une œuvre majeure. D’ailleurs, ç’a gagné l’équivalent de l’Oscar du roman graphique de l’année. C’est un livre exceptionnel. Je le recommande, c’est un chef-d’œuvre. En plus, ça vient d’une femme qui a passé proche d’être itinérante, qui a été certainement indigente, qui a la quarantaine avancée… Elle a reçu 25 ou 30 refus avant que quelqu’un ait le guts de le publier. Ça prouve que l’être humain peut se tromper plusieurs fois avant de réussir.»

Un album

«Je ne suis pas capable de ne pas écouter le dernier disque des Trois Accords. Ça s’appelle Beaucoup de plaisir et c’est justement ce qu’il me procure. Il porte très, très bien son titre. J’adore ça. Sinon, je suis fou de la chanteuse LP. J’ai écouté comme un fou son disque Lost on You. Et là, je viens d’écouter son nouveau, Heart to Mouth, qui parle de peine d’amour. Je l’ai écouté au complet au moins 10 fois à date. Elle vient [au Québec] en février et on va la recevoir à Tout le monde en parle. Elle, c’est mon coup de cœur présentement.»

Les salopes ou le sucre naturel de la peau

Un film

«Les salopes ou le sucre naturel de la peau, pour la performance grandiose de Brigitte Poupart. C’est spectaculaire, ce qu’elle a fait.»

Plan B

Une série télé

«Plan B. Mais j’ajouterais que mon plaisir quotidien depuis quatre ans, c’est District 31. J’ai vu tous les épisodes. Parfois, les gens me demandent pourquoi… Ben parce que j’aime ça!»