Le Trifluvien Guillaume Morrissette présente son nouveau roman, un huitième en carrière, qui marie le fantastique et le policier sous le titre <em>Quand je parle aux morts</em>.
Le Trifluvien Guillaume Morrissette présente son nouveau roman, un huitième en carrière, qui marie le fantastique et le policier sous le titre <em>Quand je parle aux morts</em>.

Guillaume Morrissette présente Quand je parle aux morts: policier et fantastique peuvent se marier

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Guillaume Morrissette maintient son rythme de production hors du commun et il a lancé il y a quelques semaines à peine son huitième roman intitulé Quand je parle aux morts.

L’auteur est connu pour ses intrigues policières qui constituent la plus grande partie de son œuvre mais Morrissette a aussi écrit deux ouvrages qui relèvent davantage de son intérêt pour le fantastique: La maison des vérités (2013) et L’oracle et le revolver (2018). Son dernier livre est carrément à cheval sur les deux genres.

«Ça vient d’une offre de mon éditeur qui lançait sa nouvelle collection Psycho Thriller, explique le Trifluvien. Il m’a proposé d’y participer comme premier auteur québécois. Il m’a donné deux lignes directrices à suivre: qu’on retrouve un personnage féminin fort au premier plan et que l’intrigue du roman contienne un gros punch.»

Chez Guy St-Jean éditeur, on se doutait bien qu’il suffisait de proposer un défi à Guillaume Morrissette pour qu’il se lance. Ça a donné 500 pages d’un ouvrage en équilibre inattendu sur le fantastique et le roman policier. «Ce sont deux avenues qui m’intéressent et pour lesquelles j’avais des idées mais ce qui m’importait, c’est de ne pas dénaturer mon style d’écriture. Peu importe le genre, il faut qu’il y ait un bon rythme auquel contribuent beaucoup les dialogues. Par ailleurs, je cherche toujours à être original dans l’intrigue que je développe.»

Ce récit propose une histoire de meurtre, on s’y attend, mais tricotée autour d’un personnage qui parle aux morts et sur le thème de base de l’aide médicale à mourir pour les gens qui affrontent de sérieuses pertes cognitives. Quand leur souffrance est muette et qu’ils sont incapables d’exprimer clairement leur volonté, peut-on, doit-on, les laisser souffrir ou ne serait-il pas plus judicieux de leur permettre de mourir dans la dignité?

Guillaume Morrissette pose clairement les prémices du débat sans prendre position. «J’ai dédié le roman à mon père qui souffre de démence. Pourtant, je suis dans une zone grise par rapport à l’aide médicale à mourir pour les gens dans sa situation. J’aurais tendance à ne le considérer qu’au cas par cas sans une règle générale.»

«Existe-t-il un au-delà où vont les âmes après la mort? Je n’en sais rien. Mais s’il y en a un et que des personnes vivantes sont en mesure d’entrer en contact avec les disparus, elles ont quelque chose à nous apprendre. J’ai beau être très cartésien, je sais que je ne sais pas tout et il me semble légitime d’écouter ce que ces médiums peuvent avoir à dire; à chacun de voir par la suite s’il y adhère ou pas. Je ne défends pas une position dans le bouquin. Les différents personnages du livre ont des visions très contrastées par rapport au phénomène: certains y sont ouverts, d’autres, pas du tout.»

L’intrigue est à tout le moins originale. Déjà que les drames policiers fantastiques ne sont pas légions, du moins au Québec. Cela dit, l’auteur n’a pas dérogé à son habituelle ligne de conduite qui consiste à documenter rigoureusement ses écrits. «J’ai trouvé une femme qui gagne sa vie en communiquant avec les morts sous le titre de thérapeute spirituel. Je n’aurais pas écrit ce roman si je ne l’avais pas rencontrée. Je lui ai posé toutes les questions que les personnages sceptiques du roman lui posent. Ce sont ses réponses qui ont dicté les paramètres dans lesquels je situe mon personnage principal.»

On peut aussi dire que ce roman policier fantastique profite de ce que Guillaume Morrissette gagne en expérience et son écriture également. «Grâce à Isabelle Longpré, qui a agi comme éditrice pour chacun de mes romans, je pense avoir affiné mon style. J’arrive aujourd’hui à exprimer les choses, à créer des atmosphères, avec beaucoup moins de mots que par le passé. Ça donne une écriture nettement plus fluide qui facilite la lecture et qui repose davantage sur la puissance des mots. Je pense que ça me permet même d’aller plus loin quant à mes réflexions sans pour cela alourdir la lecture. Pour aborder un sujet aussi délicat que l’aide médicale à mourir, je pense que c’était nécessaire.»

«Je pense que ce livre marque un point tournant dans ma carrière, va-t-il jusqu’à déclarer. C’est mon huitième roman à raison d’un par année. J’arriverai bientôt à un point de bascule: soit je reste un petit auteur connu d’un groupe très limité de lecteurs, soit je vais être projeté parmi les auteurs importants. Ça prend un livre percutant pour provoquer ce genre de changement et je pense que celui-ci en est un.»

«C’est une des raisons pour lesquelles je ne l’ai pas inscrit dans la série des romans impliquant l’inspecteur Héroux. Je ne veux pas que les gens pensent qu’ils vont retrouver ce personnage familier. On est ailleurs. Je veux que ce soit plus universel, plus exportable. On ne m’a encore jamais proposé d’adapter un de mes romans au cinéma mais j’y aspire. Je pense que celui-ci constitue un pas dans cette direction.»

Ce qui est certain, c’est que le bouquin est d’ores et déjà disponible dans pratiquement toutes les librairies.