Le jeune public représente 40% des représentations du Théâtre français de Toronto.

Grève en éducation: répercussions dramatiques sur le monde artistique

TORONTO — La grève du zèle qui sévit depuis plusieurs semaines dans les écoles a entraîné des reports et annulations en cascade d’activités extrascolaires. Les réservations d’événements culturels, habituellement plébiscités par les élèves, sont en chute libre et plusieurs spectacles d’ores et déjà annulés.

Le durcissement et la généralisation du mouvement génèrent de multiples inquiétudes parmi les artistes qui tirent l’essentiel de leurs revenus des spectacles en milieu scolaire. C’est le cas de Pier-Bernard Tremblay, alias DJ Unpier. Les écoles représentent pour lui plus de 50 % de son activité. Autant dire que la crise éducative le place dans une situation pour le moins délicate.

« J’ai des shows qui ont été annulés, reportés et tous les spectacles scolaires sont en attente d’une fin de grève, avec une annulation potentielle si les choses ne se débloquent pas », confie le musicien de Cambridge adulé par une partie de la jeunesse franco-ontarienne. « Ça me pousse à me diversifier. Si je n’avais pas des activités annexes dans les clubs ou dans la direction artistique, je serais en grande difficulté. »

Divers troupes de danse, de théâtre ou encore d’animation sont aussi impactées. « Toute notre tournée d’ateliers dans la région de Sudbury a été annulée cette semaine », révèle ainsi Vincent Poirier, l’un des trublions du groupe d’humour Improtéine.

Une vingtaine d’autres spectacles sont en suspend, de même que le tournoi d’improvisation provincial La folie que la troupe arbitre dans les écoles secondaires.

Cinq à six semaines d’événements risquent de ne pas avoir lieu, selon le comédien d’Ottawa. « On est assez diversifié avec la télévision et la vidéo, mais en terme de spectacles, les écoles représentent 80 % de ce qu’on fait. »

Si le jeune public est une part importante des activités du Théâtre français de Toronto, avec 40 % de ses représentations, son agent en médiation culturelle, Hadrien Volle, assure que les annulations ne mettent pas en danger la structure en terme de revenus.

« On a plusieurs filets de sécurité. D’abord, ça ne représente que 2,5 % de notre budget global. Ensuite, on avait anticipé déjà l’année dernière un risque de grève et constitué un fonds de réserve dont on pourrait se servir si le blocage perdure. »

Le Théâtre français de Toronto (TFT) doit composer avec la frilosité des écoles qui dépendent des avis de grève des syndicats. « On s’en est plutôt bien sorti jusqu’à maintenant avec 23 représentations des Z’inspirés, mais depuis deux ou trois semaines, on ressent encore plus les effets, car à cette période les écoles nous appellent pour planifier la deuxième partie de saison », indique M. Volle.

« On a eu trois réservations contre une vingtaine l’an passé à la même période », compare-t-il. « La conséquence directe, on va la sentir dans notre prochain spectacle jeune public qui doit commencer dans deux semaines. Trois des cinq écoles qui ont réservé pensent qu’elles vont annuler. En tant normal, on en a une douzaine. »

Les bailleurs de fonds appelés à l'indulgence

À Toronto, Le Labo a dû lui-aussi se résoudre à annuler certains de ses ateliers d’arts médiatiques offerts au jeune public. Deux artistes formateurs qui devaient intervenir dans une école du Grand Toronto ces derniers jours ont été décommandés.

« On espère trouver du temps avec les écoles plus tard dans l’année scolaire pour reporter ces ateliers », confie Barbara Gilbert.

La directrice artistique et générale doit aussi jongler, comme beaucoup, avec un cahier des charges des bailleurs de fonds. « On a expliqué la situation à notre partenaire fédéral qui reste à l’écoute pour faire preuve de flexibilité dans la mesure du possible », précise-t-elle.

De nombreux organismes risquent en effet de ne pas atteindre leurs objectifs ni de fournir des données réclamées par leurs commanditaires.

Les organismes bénéficiant d’un financement qui s’étale sur plusieurs années ont plus de flexibilité. « Le nôtre est sur deux ans, mais ça veut dire qu’il va falloir patiner vite pour se rattraper l’année prochaine », prévient Mme Gilbert.

Pour lire l'article intégral de Rudy Chabannes, rendez-vous sur le site web d'#ONFR