Le nouvel album de Gregory Charles réunit des préludes et des nocturnes «faciles d’écoute», mais dont chacun représente un défi technique différent.

Gregory Charles: joindre l'utile à l'agréable

Gregory Charles en parle comme d’un album «imprévu et improbable». Dans une sorte d’hommage à ses défunts parents, le musicien touche-à-tout s’est installé au piano pour enregistrer «Len», une collection de 10 pièces instrumentales composées d’abord dans une intention pédagogique, mais avec une résonance indéniablement proche de son cœur.

Il y a deux ans, Gregory Charles a lancé l’Académie Gregory, une école de musique en ligne inspirée de la méthode qui lui a été inculquée par sa mère. «Elle trouvait ça plus le fun d’apprendre un instrument avec des pièces dans lesquelles sont camouflées les difficultés techniques qu’en faisant des gammes ou des arpèges», résume le prof virtuel, qui dit être maintenant suivi par quelque 10 000 élèves âgés entre 5 et 95 ans, au Canada et à l’international.

C’est d’ailleurs pour eux, afin d’alimenter ses leçons, qu’il a mis son chapeau de compositeur. Sauf que le contexte familial dans lequel il vivait pendant qu’il hébergeait son père atteint de la maladie d’Alzheimer est venu teinter sa création.

«Quand j’étais petit, mon père écoutait ma mère composer pour moi. Et comme il a habité à la maison dans les dernières années de sa vie, il m’écoutait. C’est sûr que ce qui se passait avec lui — le fait que ma mère soit décédée et qu’il vive ce deuil-là, le fait qu’il ait reçu un diagnostic d’Alzheimer —, ça avait une influence sur le genre de choses que je composais. Et chaque fois que je sortais de mon studio, il était là, à côté, à lire, à pleurer, à somnoler, à regarder des photos...» confie Gregory Charles.

Voyant une ligne directrice se dessiner, le musicien a rassemblé les pièces sous le titre de Len, en hommage à son paternel, Lennox.

«À un moment donné, c’était sûr pour moi que ça devenait une collection de petits préludes, de petits nocturnes qui sont faciles d’écoute, mais qui sont empreints de mélancolie et de nostalgie, ajoute-t-il. Subtilement, ces pièces représentent toutes des difficultés techniques pianistiques différentes. Et elles ont déjà le mérite d’être jouées par des milliers de personnes, avant même que l’album sorte.»

Gregory Charles voit d’ailleurs dans Len la synthèse de ses deux passions : jouer et enseigner.

«Ce sont deux affaires qui m’intéressent suprêmement, confirme-t-il. Pas mal tous les projets que je fais dans la vie touchent à ces aspects. Mes spectacles interactifs sont faits pour que je puisse partager des anecdotes et raconter comment une affaire a été écrite. À la télévision, j’ai fait Virtuose, qui était vraiment un mélange de performance et d’enseignement. Crescendo aussi.»

Préludes et nocturnes

Alors que le genre néo-classique a le vent dans les voiles et rejoint un nombre grandissant d’oreilles — le triomphe au dernier gala de l’ADISQ de la pianiste Alexandra Stréliski en offre une preuve —, Gregory Charles estime tâter un terrain un peu différent avec Len.

«Il se distingue parce qu’il est un peu vieux jeu, cet album, évoque-t-il. Ce n’est pas du tout atmosphérique. J’aime beaucoup la musique de Jean-Michel Blais, d’Alexandra Stréliski et des autres qui font ça. Mais je ne vais pas là. Il n’y a pas de travail atmosphérique et d’environnement. C’est straight up quelqu’un qui, en 2019, sort un album de préludes et de nocturnes.»

Gregory Charles croit d’ailleurs que l’engouement pour le néo-classique tient davantage à ceux qui le portent actuellement qu’à un effet de mode.

«Ça se peut que ce soit dans l’air du temps et qu’il y ait un courant instrumental, mais je pense que Blais et Stréliski sont vraiment des talents remarquables, observe-t-il. J’ai envie de dire que le golf n’était pas populaire avant Tiger Woods. Ç’a donné l’impression que le monde s’est mis subitement à triper sur le golf. Mais au fond, c’était Tiger Woods qui était impressionnant...»

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UN AN ET UNE DÉCENNIE PLUS TARD

Après avoir fait un bon bout de chemin avec Vintage 69, un spectacle puisant uniquement dans le répertoire né dans cette année charnière, Gregory Charles s’apprête à refaire un voyage dans le temps avec Vintage 70, qui se penchera cette fois sur toute une décennie. Et il est indéniablement emballé par le projet, qui sera lancé au Capitole le 16 janvier.

«Dans le show, c’est du rock, c’est du pop, lance-t-il. C’est Elton John, c’est Queen, c’est Led Zeppelin, c’est Kiss, c’est Black Sabbath, c’est Deep Purple, c’est les Bee Gees, c’est les Eagles. C’est aussi Beau Dommage et Harmonium. C’est la musique country, c’est Dolly Parton et Kenny Rogers. C’est aussi le rock progressif de Genesis et d’Emerson Lake and Palmer. C’est toute la pop, c’est Stevie Wonder. C’est Ginette Reno, c’est Jean-Pierre Ferland. C’est tout le disco et le funk. C’est un show ultra dynamique qu’on s’apprête à faire.»

La formule reprendra la même équipe que pour Vintage 69, avec un claviériste en plus, afin de permettre à Gregory Charles davantage de mobilité. Et si le programme sera majoritairement prédéterminé, un segment «demandes spéciales» risque fort de s’y inviter…  Geneviève Bouchard