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Grands Feux: la poudrière flottante
Miguel Perez Nivela pratiquait le droit avant de devenir artificier.

L’Espagne et les couleurs vives de la guerre

Les Grands Feux du Casino du Lac-Leamy tiendront leur compétition du 4 au 18 août, au fil de cinq spectacles pyromusicaux tirés depuis la rivière des Outaouais, entre le Parlement et le Musée canadien de l’histoire, nouveau site des Grands Feux depuis 2014.

La pétarade de cette 23e édition débute en compagnie de l’équipe espagnole Pirotecnia Zaragozana, qui a prévu samedi d’en mettre plein la vue avec Après la guerre, une œuvre spécialement conçue pour l’événement, tout comme les trois autres spectacles aspirant au trophée Zeus – lesquels seront successivement donnés par les États-Unis, l’Allemagne et la Chine.

L’équipe espagnole n’en est pas à son coup d’essai à Gatineau. Le public gatinois l’a découverte en 2012, lorsque l’équipe québécoise Royal Pyrotechnie a pris le contrôle des opérations sur le terrain et a internationalisé la compétition.


« L’étape du séchage, c’est le moment le plus instable, dans la composition des bombes. »
Le directeur artistique de Zaragozana, Miguel Perez Nivela

Après avoir convié les spectateurs à Une Croisière sur la Méditerranée sur le lac Leamy, Zaragozana était repartie en Espagne avec les grands honneurs : le trophée Zeus. (En 2015, la firme espagnole remportait en outre le prix Jupiter de Bronze, durant l’International des Feux Loto Québec.)

Sans surprise, ses artificiers ne viennent pas pour perdre. 

« On essaie toujours de faire le mieux possible », sourit le directeur artistique de Zaragozana, Miguel Perez Nivela, rencontré sur la barge servant de rampe de tirs, et interrompu pendant ses préparatifs. C’est donc lui – qui était déjà le maître à bord lors de la Croisière sur la Méditerranée – le concepteur d’Après la guerre.

S’il se montre réservé sur ses chances de victoire, c’est que « le niveau, ici, est assez haut ; les participants sont tous très bons », dit-il. Et puis, « être le premier, ce n’est pas l’idéal ». Quand des concurrents sont de force égale, mieux vaut faire partie des derniers tireurs, estime-t-il. « La tendance, c’est d’oublier. » Selon cette logique, « quand le nouveau spectacle est aussi bon que le précédent, les gens retiennent plus facilement le dernier, c’est normal », observe-t-il.

Après la guerre : l’émotion

Pour conjurer cette tendance – et pour « se démarquer des compétiteurs » – il a apporté avec lui beaucoup de produits espagnols, selon lui « très colorés ». Riches en magnésium, « les produits espagnols sont connus leurs couleurs très vives, pleines de luminosité », assure-t-il. 

« On travaille aussi beaucoup les “produits palmiers.” » Ces bombes, réalisées à base de charbon et de titane, retombent en prenant la forme caractéristique des palmiers, en laissant une trace d’étincelles dorées, explique Miguel Perez Nivela.

La pétarade de samedi sera-t-elle aussi calme que le précédent voyage méditerranéen ? Vraisemblablement. 

« Remplis d’espoir et de légèreté », les tableaux pyromusicaux espagnols évoqueront la période de l’après-guerre.

« On a conçu un spectacle à mon avis très émouvant. On raconte un peu l’histoire contemporaine », explique l’artificier, qui a cherché « à tirer les émotions » en puisant sa trame à même un répertoire de musiques cinématographiques très connues. « Pour le bouquet final, on va terminer avec une chanson qui a inspiré le film documentaire [de Michael Moore] Fahrenheit 9/11, avec un Hallelujah qui est un peu une ode à la vie, l’espoir et la lumière ».

Un séchoir explose

Pirotecnia Zaragozana fut fondée à Saragosse en 1860, par l’arrière-arrière-grand-père de Miguel Perez Nivela, aujourd’hui directeur commercial et artistique de la firme familiale (qui a été rachetée en 2014 par des intérêts français : le groupe Étienne Lacroix). « J’ai commencé très tôt [le métier d’artificier]. J’ai suivi des études de droit, j’ai d’abord travaillé dans un cabinet d’avocats à Barcelone. » C’est en 2004, alors âgé de 24 ans, qu’il reprend le flambeau familial, à bord de Zaragozana.

Un métier dont il connaît bien les dangers. En août 2015, une explosion survenue dans l’un des entrepôts de Zaragozana a fait six morts et plusieurs blessés. « C’était un séchoir (à poudre), précise-t-il. L’étape du séchage, c’est le moment le plus instable, dans la composition des bombes ».

« C’est très difficile pour moi d’en parler », dit-il, une inflexion dans la voix. « On s’est posé la question s’il fallait continuer ou pas. À l’époque, on avait une quarantaine d’employés qui se sont retrouvés sans emploi [parce que toute la production a été immédiatement stoppée]. C’est pour eux qu’on a décidé de continuer et de reconstruire la société. »

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LES TROIS CONCURRENTS

› Les États-Unis

Quand ? mercredi 8 août

Firme : Atlas 

Spectacle : Bridge of Hope and Light

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› L’Allemagne

Quand ? samedi 11 août

Firme : NiCO

Spectacle : The Cinematic Odyssey

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› La Chine

Quand ? mercredi 15 août

Firme : Liuyang 

Spectacle : The Banquet of Fire

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› Le Canada (grande finale, hors compétition et remise du trophée Zeus)

Quand ? samedi 18 août

Firme : Royal Pyrotechnie

Spectacle : Super-Héros