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Pour se faire entendre, Gojira fait sa mue et enlève quelques écailles.
Pour se faire entendre, Gojira fait sa mue et enlève quelques écailles.

Gojira, metal hurlant pour planète souffrante

Philippe Grelard
Agence France-Presse
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La terre tremble quand ils branchent leurs amplis, l’image est voulue: la défense de la nature et de ses ressources est au cœur des préoccupations de Gojira, groupe de metal français à l’écho international.

«On a grandi dans les Landes (sud-ouest de la France), on était tout le temps dans les bois, sur la plage, on a toujours été connectés au mystère et à la puissance de la nature», décrypte pour l’AFP Mario Duplantier, batteur tellurique de ce quatuor nommé deux fois aux Grammy Awards en 2017.

«De notre maison d’enfance, on entend les vagues quand elles sont grosses, quand il y a “du boulet”, on est au diapason de l’océan» commence Mario. Son frère Joe (chant en anglais, guitare, production), à ses côtés, finit la phrase: «on s’associe à l’océan pour s’en faire, à notre petit niveau, son porte-parole».

Joe et Mario, proches des membres passés et actuels de Sepultura, groupe de metal brésilien également soucieux d’environnement, se font aussi les avocats de l’Amazonie grignotée par la déforestation.

Amazonia, morceau de leur nouvel album (Fortitude prévu vendredi) est dédié à cette cause, avec une colère sourde induite par des rythmes tribaux et le grondement des guitares.

«Perte de conscience» 

Les bénéfices générés par ce simple, déjà sorti, sont reversés à l’APIB, une ONG qui défend les droits des tribus indigènes d’Amazonie. Via une plateforme caritative Gojira cherche aussi à récolter des fonds pour cette ONG. Avec mises aux enchères, entre autres, d’une guitare de Joe, décorée par ses soins, ou d’une basse, également gravée, de Robert Trujillo du groupe star Metallica.

Le morceau-titre du nouvel album (Fortitude, soit en anglais la force face à l’adversité) ou encore la chanson Hold On («Accroche-toi») peuvent se lire comme un appel à la prise de conscience face aux périls écologiques.

«Il y a une perte de conscience, de mémoire, de compréhension de la place qu’occupe l’homme sur la planète et de l’impact de sa consommation ou de ses actes», déplore Joe. «C’est comme si on allait dans la direction qu’il ne fallait pas prendre pour le bien de l’humanité», complète Mario.

Les deux frères, un pied en France, l’autre aux États-Unis, habitués à tourner dans le monde avec Gojira, relient évidemment écologie et politique internationale quand les climatosceptiques prennent les commandes.

«Découpe à la chaîne» 

«Si on ne comprend pas qu’il ne faut pas mettre un Trump ou un Bolsonaro au pouvoir... Que se passe-t-il ? On a le nez dans nos téléphones et on ne voit pas plus loin ?», s’alarme Joe. La musique sert à canaliser leurs révoltes et faire passer leurs messages. «Entre nous, en répét, pour parler de notre musique, on évoque un volcan en éruption, un glissement de terrain, une vague qui s’écrase», énonce Joe.

Le clip d’Another world s’achève sur une image d’apocalypse, clin d’œil au premier Planète des singes. Et celui de Born for One Thing montre des espèces disparues, dans un musée de sciences naturelles, et des fauves en lutte pour leur survie. «Il y a des espèces animales qu’on ne connaissait même pas et que l’homme a fait disparaître et celles qu’on connait bien, on les met dans des cages, ou on les suspend par les pattes et on les découpe à la chaîne, ça pose question», prolonge Joe.

Pour se faire entendre, Gojira fait sa mue et enlève quelques écailles. Avec les titres The Chant ou The Trails la formation pourrait bien toucher un public plus large, au-delà de la sphère metal. Il faut peut-être y voir la griffe d’Andy Wallace, pointure des studios. «C’est une légende, il était à tous les carrefours importants du metal et du rock, que ce soit Slayer, Nirvana, Sepultura, Rage Against the Machine ou Jeff Buckley», décrit Joe. Les feux sont au vert pour Gojira.