Quelque part en 2019, Ginette Reno amorcera une nouvelle tournée du Québec. La direction musicale sera assurée par son fils Pascalin et, bien sûr, il y aura des escales au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ginette Reno, à sa manière

Comme pour faire écho à l’un de ses succès, Ginette Reno fonctionne à sa manière. C’est ainsi que jeudi avant-midi, elle a reçu quelques membres de la presse dans sa suite de l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. Vêtue d’une simple tunique, assise derrière un portable qui tenait lieu de tourne-disque, l’artiste a présenté les nouveaux titres de l’album À jamais l’un à la suite de l’autre, élaborant sur le thème abordé, chantant parfois en duo avec elle-même.

S’adressant à des étudiants du Cégep de Jonquière qui ne s’attendaient pas à vivre l’expérience d’une telle proximité, elle a multiplié les confidences sur le ton de la conversation. La voici qui parle du syndrome post-traumatique hérité de sa vie dans une famille dysfonctionnelle, par exemple, une pensée provoquée par l’écoute d’Un être humain. « J’écris des choses assez dures », reconnaît la dame âgée de 72 ans, tout en précisant que dans ce cas-ci, les paroles ont été créées par Grand Corps Malade.

Sur Je pars, une chanson d’affirmation, c’est avec enthousiasme qu’elle a lancé de vigoureux « Baby! » correspondant à un moment fort de cette composition signée Rick Allison. L’amour, toujours, colore un autre titre auquel on la sent très attachée : La maison est grande. « Ils disent que la plus grande désintox, c’est la rupture, le deuil », commente l’auteure du texte mis en musique par Romano Musumarra.

Le temps qui passe représente l’une des trames de fond de l’album À jamais. On a parlé d’un testament, en effet, de l’ultime message adressé aux fans, ce qui ne signifie pas que Ginette Reno a baissé les bras. C’est juste qu’à ce stade de sa vie, après avoir travaillé fort pour atteindre une forme de sérénité, elle aborde les enjeux du moment visière levée, sans céder au charme équivoque des mirages.

C’est ainsi que Ginette Reno a accueilli quelques représentants des médias, jeudi avant-midi, dans sa suite de l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. Elle a utilisé son portable afin de présenter ses nouvelles compositions, n’hésitant pas à chanter par-dessus l’enregistrement, tout en égrenant cette session d’écoute de réflexions sur la vie.

« C’est un combat contre le temps qui passe. Tu vois, je suis encore ici pour vendre ce que je sais faire le mieux : chanter. J’ai encore le feu sacré », assure la chanteuse après avoir laissé filer quelques notes de L’amour à défendre. Sa principale interlocutrice, qui aurait pu être sa petite-fille, a ensuite découvert une dimension incontournable de son monde intérieur : sa spiritualité.

L’arbre de vie ne portait pas là-dessus, à l’origine. Toutefois, l’interprète a vu dans le texte de Nat Alhister et Frédérick Baron un véhicule pour exprimer sa foi. Il fallait l’entendre chanter « live » dans la suite, les traits du visage contractés par l’émotion pendant qu’un son proche de celui de l’orgue enveloppait la pièce, pour saisir l’importance de ce titre à ses yeux. Posé sur une commode, son toutou favori, celui qui lui tient compagnie au lit, avait l’air d’acquiescer.

À jamais

« Celle-là, je l’ai offerte à Dieu, reconnaît volontiers Ginette Reno. Quand je vais arriver de l’autre bord, je ne pense pas qu’Il va me dire : “Tu as été écœurante sur les Plaines avec Céline”. » On pressent que cette rencontre avec le Créateur l’intrigue, davantage qu’elle ne l’angoisse. Entre-temps, cependant, il reste de beaux bouts de vie à savourer, à commencer par son passage au magasin Costco de Chicoutimi, vendredi, entre 15h et 16h.

Depuis le début de sa tournée de promotion, ses échanges avec le public constituent une source de joie, en effet. Consciente d’avoir livré un album à la fois authentique et attrayant, l’interprète se montre rassurée par l’accueil qui lui est réservé. « Est-ce mon dernier ? Je ne le sais pas, puisqu’on ne connaît pas notre fin, mais il a été fait comme si c’était le dernier. C’est vraiment l’héritage que je laisse, un ultime coup de cœur », énonce Ginette Reno avant d’autographier les CD remis aux cégépiens.

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UN TITRE INÉDIT POUR OUVRIR LE PROCHAIN SPECTACLE

Quelque part en 2019, Ginette Reno amorcera une nouvelle tournée du Québec. La direction musicale sera assurée par son fils Pascalin et, bien sûr, il y aura des escales au Saguenay-Lac-Saint-Jean. D’ici là, il faudra constituer une équipe qui sera plus modeste que par le passé, sept ou huit musiciens et choristes au lieu d’une quinzaine. Mais le plus dur, ce sera de sélectionner les pièces qui seront intégrées au programme.

« Chaque fois, c’est la même chose. Je prépare des petits cartons avec les titres. Je les étale sur une table et je me laisse porter par mes états d’âme », a raconté l’artiste au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. Pour mesurer le coefficient de difficulté posé par cet exercice, il faut savoir que 800 compositions ont balisé sa longue carrière. Juste avec les succès, il serait facile de remplir la « setlist ».

Or, Ginette Reno est si attachée au nouvel album, À jamais, que les anciennes gloires ne feront pas toutes partie du voyage. Elle se voit chanter La grosse, On ne fait que passer, Ta vie et Je serai là, pour ne mentionner que les pièces qui lui viennent spontanément à l’esprit. Ce qui est clair, en revanche, c’est qu’une œuvre inédite, Le rendez-vous, devrait ouvrir le spectacle.

« Cette chanson s’adresse au public et comme je veux sortir un album ‘live’ à la suite de cette tournée, j’ai l’intention de lui donner comme titre Le rendez-vous », annonce l’interprète. Elle ignore cependant s’il y aura une reprise comme Somebody To Love du groupe Queen, une pièce qui avait été habilement jumelée à You’ll Never Walk Alone il y a quelques années. Le problème est que pour s’autoriser ce genre de fantaisie, il faut sacrifier un titre à soi et, forcément, décevoir un certain nombre de fans.

« Face à ce genre de dilemme, je me demande si j’en ai vraiment besoin », explique Ginette Reno. Elle devra également composer avec sa volonté de raccourcir ses présences sur la scène, histoire de ménager sa monture. Dans son esprit, il faudrait fermer les livres après 90 minutes, au lieu d’offrir deux segments d’un peu plus d’une heure. Sauf qu’à l’écouter parler de l’effet que produit chez elle le contact direct avec le public, on se demande s’il ne s’agit pas d’un vœu pieux.

« La scène, c’est que j’aime le plus. À la fin de la soirée, j’ai de la misère à m’asseoir, tellement c’est électrique », souligne ainsi l’interprète.