Francis Faubert
Francis Faubert

Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète

«Ouais ben, ça fait plus d’un mois qu’on est en confinement. En tout cas, dès qu’on a entendu la première conférence de presse du premier ministre, on a quitté Montréal. C’était déjà le bordel en Asie et en Europe, ça s’en venait par icitte, c’était ben clair. »

«Faut dire qu’on est vraiment chanceux et privilégiés. Ma blonde [Stéphanie Boulay] a un spot idyllique à la campagne, au milieu des champs, en face d’un cultivateur maraîcher bio. Tellement, qu’au début, le confinement était juste une maudite bonne raison pour aller se terrer là-bas. Je suis conscient qu’y en a pour qui c’est plus tough. Le fait qu’on soit les deux ensemble, qu’on s’aime et qu’on avait un peu de sous de côté, ça fait aussi toute la différence.

«On a quand même pris les mesures au sérieux. On s’est imaginé les pires scénarios. Pis la réalité rattrapait nos fictions aux deux jours. Mais c’était smooth. Les kids sont avec nous une semaine sur deux. On le vit en entier. On limite les écrans, les p’tites jouent dehors, font des semis, chantent, jouent ensemble et, le soir, s’écoutent un p’tit film qu’elles finissent pas parce qu’on joue à Tu continues l’histoire de l’autre, un genre de cadavre exquis de racontage. 

«Quand les p’tites dorment, ou qu’elles sont chez leurs mamans, on réfléchit, on jase, on mesure, on envisage, on fait des projets. C’est comme excitant. D’autres fois, on doute, on capote, on angoisse, on voit pas l’boutte. On est conscients que la vie peut pas vraiment reprendre comme avant. Notre job, c’est de faire des rassemblements. On s’imagine ben que c’est la dernière chose que les gens vont recommencer à faire. Et ça, c’est si les lieux de diffusion ont survécu. On discute ben gros à propos de la musique. La place qu’on veut lui donner dans nos vies. L’énergie qu’on veut continuer à mettre là-dedans, considérant tous les problèmes de l’industrie et la façon dont les gens consomment leur musique, la valeur que la société lui donne. Une valeur contraire à la place qu’elle occupe dans nos vies, selon moi. 

«Ici, on essaie de voir la crise comme une opportunité de se trouver des nouveaux intérêts, des nouvelles passions, pis des nouveaux rêves. Ma blonde est devenue une cuisinière et une jardinière de course. 

«Pis dehors, la neige fond. Les vaches sont de retour dans le champ derrière la maison. J’ai fait des mangeoires à oiseaux avec les kids et j’ai vu mon premier merle d’Amérique de l’année, signe que l’printemps est là. En ce moment, la nature se crisse pas mal de la crise. C’est là où ça me rassure.»