Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète originaire de la Petite-Nation, en Outaouais.
Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète originaire de la Petite-Nation, en Outaouais.

Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète

« Ouais ben, ça fait plus d’un mois qu’on est en confinement. En tout cas, dès qu’on a entendu la première conférence de presse du premier ministre, on a quitté Montréal. C’était déjà le bordel en Asie et en Europe, ça s’en venait par icitte, c’était ben clair. »

« Faut dire qu’on est vraiment chanceux et privilégiés. Ma blonde a un spot idyllique à la campagne, au milieu des champs, en face d’un cultivateur maraîcher bio. Tellement, qu’au début, le confinement était juste une maudite bonne raison pour aller se terrer là-bas. Je suis conscient qu’y en a pour qui c’est plus tuff. Le fait qu’on soit les deux ensemble, qu’on s’aime et qu’on avait un peu de sous de côté, ça fait aussi toute la différence. » 

« On a quand même pris les mesures au sérieux. On s’est imaginé les pires scénarios. Pis la réalité rattrapait nos fictions aux deux jours. Mais c’était smooth. Les kids sont avec nous une semaine sur deux. On le vit en entier. On limite les écrans, les p’tites jouent dehors, font des semis, chantent, jouent ensemble et, le soir, s’écoutent un p’tit film qu’elles finissent pas parce qu’on joue à Tu continues l’histoire de l’autre, un genre de cadavre exquis de racontage. À travers tout ça, j’essaie d’intégrer des activités d’école à la maison. Même si le « vivre ensemble » est challengeant, tout le monde reste honnête et à l’écoute. La situation nous permet de voir nos enfants, de les connaître. C’est quand même fou à quel point ils sont entre les mains de l’État. On les drop à la garderie ou à l’école le matin, retourne les chercher le soir, souper, devoirs, bain, dodo pis on recommence. Depuis les mesures de confinement, on a jamais passé autant de temps avec eux. Ils ont plein de choses à nous montrer, je trouve. »

« Quand les p’tites dorment, ou qu’elles sont chez leurs mamans, on réfléchit, on jase, on mesure, on envisage, on fait des projets. C’est comme excitant. D’autres fois, on doute, on capote, on angoisse, on voit pas l’boutte. On est conscients que la vie peut pas vraiment reprendre comme avant. Notre job, c’est de faire des rassemblements. On s’imagine ben que c’est la dernière chose que les gens vont recommencer à faire. Et ça, c’est si les lieux de diffusion ont survécu. On discute ben gros à propos de la musique. La place qu’on veut lui donner dans nos vies. L’énergie qu’on veut continuer à mettre là-dedans, considérant tous les problèmes de l’industrie et la façon dont les gens consomment leur musique, la valeur que la société lui donne. Une valeur contraire à la place qu’elle occupe dans nos vies, selon moi. Mais personnellement, ça m’tente pus de chiâler pis de me sentir comme si je faisais du porte à porte pour essayer de vendre du chocolat pour une équipe de balle molle. »

« Bref, je suis vite devenu allergique aux Facebook Live. Je pense pas que mon voisin fermier va venir me porter un beau filet mignon juste parce que je l’applaudis quand y passe en tracteur. Même s’il sait que ça me ferait du bien. Beaucoup d’artistes se sont mis à offrir des performances dans des conditions qu’ils auraient, auparavant, dénoncées. » 

« Ici, on essaie de voir la crise comme une opportunité de se trouver des nouveaux intérêts, des nouvelles passions pis des nouveaux rêves. Ma blonde est devenue une cuisinière et une jardinière de course. Je m’en viens pas pire aussi, avec l’aide de notre voisin. On va avoir notre première batch de komboucha dans quelques jours, je fais sécher ma viande. On fait aussi beaucoup de cours en ligne. On s’est abonnés à Masterclass où on peut suivre des courtes formations dans tous les domaines. On suit aussi un cours de permaculture en serre d’abondance en plus de lire beaucoup sur l’autonomie alimentaire et sur l’autonomie tout court. » 

« Pis dehors, la neige fond. Les vaches sont de retour dans le champ derrière la maison. J’ai fait des mangeoires à oiseaux avec les kids et j’ai vu mon premier merle d’Amérique de l’année, signe que l’printemps est là. En ce moment, la nature se crisse pas mal de la crise. C’est là où ça me rassure. »