Alexandre Bissaillon, Pascal Boyer et l’équipe de Flippons espèrent faire rire les francophones qui ne se sentent pas interpelés par le Bye Bye.

Flippons : pour tourner la page sur une année rough

La chaîne TFO propose la toute première revue de l’année 100 % franco-ontarienne. Émission humoristique d’une heure consacrée à l’actualité de 2018, Flippons est concoctée par l’équipe derrière Flip. Elle sera diffusée le 31 décembre à 16 h 30 (et en rediffusion le lendemain à la même heure).

Les Francos regardent le Bye Bye avec plaisir, mais se sentent assez peu concernés par son contenu, qui s’adresse essentiellement aux Québécois, soutient la productrice de Flippons (et de Flip), Fabienne L’Abbé, fière responsable de cette « toute première revue francophone hors Québec ».

« La réalité, c’est que plus tu t’éloignes de Montréal, moins les jokes sont pertinentes. Et c’est un consensus dans l’équipe », plaide-t-elle. Les chances que la grande revue de l’année québécoise s’attarde sur le dossier de « la masturbation à l’école » sont très minces, illustre-t-elle en évoquant la question des cours d’éducation sexuelle au secondaire, qui a été un des grands débats polarisateurs de 2018 en Ontario.

Flippons se fera un devoir d’en parler.

Tout comme l’émission réserve un chien de sa chienne aux coupures décrétées par le nouveau gouvernement progressiste-conservateur dans les services destinés aux francophones.

« Dans le climat politique actuel, c’est important pour les Franco-Ontariens de se voir à la télévision, important de faire le bilan de cette année qui a été plus ou moins généreuse pour les francophones hors Québec – et d’en rire. Ça va faire du bien à tout le monde de se réunir en famille pour rire en attendant 2019. »

Flippons s’adresse à un public plus large que celui, plutôt ado-adulescent, traditionnellement ciblé par Flip : « On vise les familles. Les parents comprendront des gags que les jeunes ne saisiront pas nécessairement. Et les ados vont s’amuser parce qu’on a beaucoup d’éléments de la culture pop, qui leur parle », promet Fabienne L’Abbé.

Autodérision

L’heure est à l’autodérision, précise la productrice : « C’est fait avec beaucoup d’humour, [...] dans le même genre qu’Improtéine. » L’incontournable collectif d’impro fait d’ailleurs partie des invités spéciaux de cette revue.

« On se permet de rire de nous-mêmes. C’est une chose qui manque un peu aux Francos : on est tellement sensibles, culturellement, qu’on a de la misère parfois à rire de nous-mêmes. À force d’être tout le temps sur la défensive, on a pris une mauvaise habitude [manquer d’autodérision] ! C’est ce qui arrive quand on vit dans un climat de minorité linguistique, et qu’on doit constamment défendre nos droits. »

Le Flippons 2018 est en préparation.

« On a beaucoup de sarcasme, avec Flip... Flippons aura le même ton. Alors, oui, ça se peut que certains téléspectateurs trouvent qu’on a un peu poussé les limites ! Oui, on a poussé... les gags sont juste assez épicés. Parce que c’est important de le faire. Et que ça fait du bien. »

« On ne peut pas faire plaisir à tout le monde, mais je pense que les gens vont apprécier qu’on fasse un show pour eux, fait pour et par les Francos », dit-elle. L’idée lui trottait dans la tête depuis longtemps, avoue celle qui dans le passé a travaillé sur l’émission pour ados Volt.

« Ce sera un peu différent du Bye Bye [à cause du] mandat éducatif de TFO, mais on s’amuse : ma job, c’était de pousser les limites », convient le principal scénariste de Flippons, Louis-Philippe Dion, qui a délaissé l’approche chronologique pour offrir une revue structurée autour de thématiques.

Centrée autour d’une partie de bingo, l’émission sera entrecoupée de chroniques et de sketches. Pascal Boyer renouera par exemple avec le personnage du directeur Constantin, avec lequel il fait sa marque sur le web au fil des capsules Le Directeur (d’école).


«  C’était pas une super année pour les Francos. Ça va faire du bien d’en rire un peu.  »
l’animateur Pascal Boyer

En mode chronique, l’humoriste Alexandre Bisaillon s’occupera de la revue des sports de cette année olympique ; la chanteuse Marie-Clo gérera la chronique Arts et culture ; les animateurs Mathieu Pichette (Cochon dingue ; Monsieur homme), Philippe Lacroix (la webémission hebdomadaire Flip l’algorithme) et quatre membres d’Improtéine – Vincent Poirier, Nadia Campbell, Olivier Nadon et Stéphane Guertin – prendront les manettes des segments Environnement, Tendances web et Politique, s’assurant ainsi de couvrir tous les angles possibles.

Trump et Trudeau

« On va aborder des choses qui se sont passées au Québec, mais aussi au Canada anglais et aux États-Unis, et on va traiter cela à la sauce franco-ontarienne. On va se réapproprier les sujets », laisse entendre la productrice. « On va par exemple se gâter avec Denise Bombardier : on risque d’en parler beaucoup plus que les Québécois », ajoute-t-elle.

L’émission fera un clin d’œil au Nouveau-Brunswick, parce que l’équipe « espère » fortement que le concept trouvera une oreille sensible au sein de la minorité acadienne.

« En tant que productrice, je me suis payé la traite : on a réinvité Trump et Trudeau dans un de nos sketches, avec les mêmes comédiens ! » sourit-elle.

Juste avant les élections américaines, Flip TFO avait frappé un grand coup en affichant sur YouTube une parodie de Trump et Trudeau. Ce vidéoclip, dans lequel les chefs d’État chantent quelques âneries patriotiques, a été visionné plus de 1,75 million de fois depuis l’automne 2016.

Cette fois, le duo aura réuni autour d’une table une grosse brochette de personnalités influentes. Doug Ford, Denise Bombardier et Mélanie Joly seront de la partie... tout comme « un certain Éric Salvail », indique Pascal Boyer, qui a aussi participé à l’écriture.

« Cette année, c’était pas une super année pour les Francos. Ça va faire du bien d’en rire un peu », lâche l’animateur. « On espère que la gang qu’on agace va comprendre le deuxième degré, la caricature... »