Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Festival Vues d’Afrique: Les sandales blanches, ou l’élévation par la musique

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Article réservé aux abonnés
Le 37e Festival international de cinéma Vues d’Afrique (VA) s’ouvre ce vendredi 9 avril avec la présentation du film franco-algérien Sandales blanches, qui inaugure la série de 159 films à découvrir – en visionnement virtuel – d’ici le 18 avril. Les deux tiers des films présentés dans le cadre du festival sont gratuits. Les sandales blanches est diffusé en première nord-américaine, les 9 et 10 avril sur TV5.org, partenaire diffuseur de VA.

Critique – «Les sandales blanches» retrace le long  chemin emprunté par Malika pour devenir chanteuse lyrique. Un récit authentique, car Malika Bellaribi-Le Moal, qu’on finira par surnommer «la diva des banlieues», en France, a été la toute première cantatrice à afficher des origines maghrébines.

Cette adaptation cinématographique signée Christian Faure s’appuie d’ailleurs sur le roman autobiographique – et éponyme – de Mme Bellaribi-Le Moal.

Réalisateur liée au milieu de la télévision – qui a tout de même été assistant de Léos Carax et de Robert Altman, en plus d’avoir signé le long métrage «Les Hauts Murs» – Christian Faure propose avec «Les sandales blanches» une biographie léchée sur la mélodie de l’émancipation. Sa partition, qui décline le thème du «crois en toi, car personne n’y croira à ta place», est parsemée de double-croches : les arias, ces «bâtons dans les roues» qui se dressent sur le chemin de Malika. 

Le «biopic» soulève l’intérêt en abordant la problématique de l’accès (et l’ouverture) à la culture au sein des couches de la population dites défavorisées. Mais la réalisation, léchée, «classique», reste «dans le rang». Certes, on y trouve ponctuellement quelques jolies scènes, mais pas d’envolées lyriques, ni de réelles surprises ou d’ingéniosité narrative. 

Faure nous entraîne d’abord au pied des immeubles de l’une de ces cités de banlieue, où Malika – faisant preuve d’efforts constants pour rapprocher la culture classique de cette population largement issue, comme elle, de l’immigration – dirige une chorale. L’un de ses meilleurs élèves, Fadi, avec qui elle prépare un récital, s’absente de plus en plus souvent. 

Le téléspectateur comprendra rapidement que, malgré tout son talent, sa passion et le plaisir qu’il ressent à chanter, le jeune homme subit la pression des amis du quartier pour lâcher cette activité jugée trop efféminée... opinion exprimée en des termes assez crus, merci !

S’entame alors un récit sur les efforts constants, voire les sacrtifices, qu’exige l’art... et la vie en général, si l’on veut réussir quoi que ce soit. Ce thème opposant renoncement et  détermination se nourrira de retours en arrière dans le passé de Malika, au fil des expériences qui ont fait d’elle une chanteuse lyrique... et un exemple de réussite.

Dans les tours voisines, où on ne l’a pas vu grandir, on présume qu’elle a une vie facile. Les apparences étant naturellement trompeuses, on verra que personne n’est venu lui servir son ‘diplôme’ de chant sur un plateau d’argent, et qu’elle a au contraire surmonté bien des handicaps – physiques d’abord, familiaux ensuite; pis socio-culturels – avant de connaître les feux de la rampe.

Le film expose bien les éléments nourriciers de cette femme métissée par ses origines modestes, son éducation musulmane héritée de l’immigration algérienne, et un bagage de vie, qui, très tôt, pour des raisons médicales, la mettra au contact des religieuses catholiques et de leurs chants sacrés, sans doute à la source de son amour pour «Carmen» mais aussi de ses aspirations à s’élever culturellement. La musique transcende tout, dit-on. Pourtant, à cheval sur deux cultures, Malika se sentira longtemps mal acceptée des deux communautés, et ne trouvera sa place ni à l’église ni à la mosquée.

On est dans les années 60 et 70, et les plaies de la Guerre d’Algérie sont loin d’être pansées. Ballottée entre un père compréhensif , ouvert aux rêves artistiques, et une mère avare d’encouragements (et plus réfractaire à la culture française) Malika grandit entre la bienveillance paternelle et la rigueur maternelle, qui veille à ce que l’honneur familial reste immaculé. Ce portrait familial est, au second plan, plaisamment esquissé. 

Les portraits des héros du quotidien, les biographies de ces «simples gens » capables de déplacer des montagnes, c’est forcément attachant. L’ensemble est agréable, charmant, mais régulièrement miné par des scènes où l’émotion semble plaquée, en raison de petites faiblesses dans le jeu de certains comédiens. Ce n’est fort heureusement pas le cas d’Amel Bent (Malika) ni de Naidra Ayadi (Fatima, sa mère) sur les épaules desquelles repose tout le film. 

À voir gratuitement sur la plateforme TV5.org, les 9 et 10 avril.

* * *

Les sandales blanches
De: Christian Faure
Avec: Amel Bent, Naidra Ayadi, Mhamed Arezki
COTE: *** 


Trois films à ne pas rater

21 longs métrages sont en compétition dans le cadre de Vues d’Afrique (59 courts, 56 documentaires et 10 films d’animation sont aussi en lice). Voici trois suggestions de longs métrages particulièrement alléchants:

<em>La grande muraille verte</em>

La grande muraille verte
de Jared P. Scott
1 h 32; États-Unis/Mali

Planter un mur de végétation traversant d’Ouest en Est le continent africain, du Sénégal jusqu’à Djibouti, sur quelque 8000 km: ce projet fou entamé en 2007 dans l’espoir de contrer tant la désertification et la pauvreté, que les conflits et les migrations, a pour nom la «Muraille verte». Cet ambitieux projet «n’est pas simplement une façon de ‘réparer la terre’, c’est une question de survie», clame d’emblée la musicienne et militante malienne Inna Modja, au centre de ce documentaire signé Jared P. Scott (Requiem for the American Dream). Elle nous conduit au Sahel, au pied de ce rempart végétal – qui traverse pour l’instant cinq pays – et décortique, avec d’autres intervenants, les principaux enjeux économiques, climatiques et humanitaires de ce qui, à se yeux, n’est rien de moins que le grand «rêve africain» contemporain. C’est produit par le Brésilien Fernando Meirelles, réalisateur de La Cité de Dieu.

À voir via TV5.org, les 11 et 12 avril (visionnement gratuit).

<em>GrandMèreDixNef et les secrets du Soviétique</em>

GrandMèreDixNeuf et les secrets du Soviétique
de João Ribeiro
1h 34 ; Mozambique

Adaptation du roman «GrandMèreDixNeuf et les secrets du Soviétique», d’Ondjaki (nom de plume de l’écrivain et réalisateur angolais Ndalu de Almeida), le film de João Ribeiro (The Last Flight of the Flamingo) plonge dans la poésie des souvenirs d’enfance de l’auteur, tentés de réalisme magique. Le réalisateur mozambicain met en images le quotidien du jeune Jaki, qui partage une petite bocoque avec sa kyrielle de cousins et sa grand-mère dont l’existence tranquille sera bientôt bouleversée. Le gouvernement entend en effet dynamiter les habitations du secteur afin d’ériger un gigantesque mausolée où enterrer le corps momifié du président et «père de la Révolution», récemment décédé. Résolus à empêcher la destruction du quartier, Jacki et son ami Pi vont s’interposer, jouer avec la dynamite, dans un «plan voué à l’échec» sans l’intervention inattendue d’un mystérieux Soviétique.

À voir via TV5.org, les 11 et 12 avril (visionnement gratuit).

* * *

<em>Terre des braves</em>

Terre des braves
de Tim Huebschle
1 h 35; Namibie

Tout premier film namibien présenté à Vues d’Afrique, Land of the Brave – présenté en version originale (afrikaans, anglais et oshiwambo) sous-titrée en français – est un polar tout ce qu’il y a de plus «noir», dans sa facture et ses ambiances urbaines. Le récit tourne autour de Meisie (Elize de Wee), une femme flic prête à tout pour mettre la main au collet du tueur qu’elle pourchasse, y compris à enfreindre les lois. Un personnage à la «inspecteur Harry», bloc de granite aussi rugueux que déterminé. Un journaliste-maître chanteur viendra compliquer son enquête en menaçant de dévoiler des informations sur une grave erreur de jeunesse que la policière a commise dans le passé sous un autre nom, et qu’elle cache à tous – à commencer par son partenaire, Shivute. Malgré des personnages un peu stéréotypés, cette première fiction signée Tim Huebschle, scénariste et réalisateur de nombreux documentaires, courts métrages et vidéoclips, séduit par la qualité de sa direction photo. 

À voir via TV5.org, les 17 et 18 avril (visionnement gratuit).

* * *

Renseignements et programmation complète: vuesdafrique.org.