Des fournisseurs du Festival country de Notre-Dame-du-Laus tentent toujours de se faire payer par les promoteurs.

Festival country de Notre-Dame-du-Laus: des fournisseurs impayés

Près de quatre mois après la tenue de la deuxième édition du Festival country de Notre-Dame-du-Laus, trois fournisseurs essaient toujours de se faire payer un peu plus de 26 000 $.

L’entreprise Proson (qui évoque une facture en souffrance de 10 074 $), l’entrepreneur montréalais Chapiteau Montréal (12 444 $) et la compagnie Tactic Sécurité (3 900 $), basée à Val-des-Monts, soutiennent ne pas avoir été rémunérés pour des services rendus dans le cadre du Festival country de Notre-Dame-du-Laus, qui s’est déroulé du 11 au 14 juillet dernier.

Une trentaine d’artistes meublait la programmation 2019 de ce festival organisé dans cette municipalité de quelque 1500 habitants située dans les Hautes-Laurentides, tout juste de l’autre côté de la frontière de l’Outaouais.

La plus récente édition, qui aurait attiré « plusieurs milliers de festivaliers », selon la Municipalité, accuse un déficit.

L’événement était organisé, pour une deuxième année consécutive, par les promoteurs privés Éric Lagacé et Patrick Gagnon.

Notre-Dame-du-Laus avait, quant à elle, signé, en 2018, un protocole d’entente renouvelable avec le président de l’événement, Éric Lagacé. D’après le contrat, dont Le Droit a obtenu copie, Notre-Dame-du-Laus s’engageait à fournir gratuitement le matériel électrique et ses infrastructures et terrains à l’organisation. En contrepartie, « le président s’engage, via son entreprise, à prendre en charge toutes les activités du déroulement du Festival country de Notre-Dame-du-Laus », peut-on lire dans le protocole d’entente. La Municipalité devait toucher « 25 % des profits nets » reliés au festival, est-il notamment précisé dans le document.

Fournisseurs en colère

Or, en date d’aujourd’hui, les trois fournisseurs cités plus haut sont toujours en attente de leur dû.

Le président de Tactic Sécurité, Michel Bissonnette, affirme qu’un huissier s’est déplacé à deux reprises, dans le dernier mois, pour aller livrer des mises en demeure à MM. Lagacé et Gagnon.

L’entrepreneur se dit prêt à tout puisqu’il veut éviter un effet boule de neige dans le milieu événementiel en Outaouais où on pourrait voir d’autres promoteurs ne pas respecter leurs engagements financiers envers leurs fournisseurs, dit-il.

« On sait qu’on va perdre beaucoup d’argent en frais d’avocat, mais nous, on va aller jusqu’au bout des choses. L’idée derrière ça, c’est de donner l’exemple », s’insurge M. Bissonnette. « Il y a des gens qui vont comprendre que là-dedans, quand on niaise, ça va te mordre à un moment donné. »

Le propriétaire de Proson, Yan Montagne, abonde dans le même sens. L’entrepreneur de Saint-André-Avellin dit être en train d’évaluer ses options légales pour récupérer son argent.

M. Montagne affirme que le chèque de 10 074 $, cosigné par les deux promoteurs et destiné à son entreprise, n’a jamais pu être encaissé. « Je demande toujours un chèque à mes clients avant de débarquer l’équipement. J’ai eu mon chèque la veille du festival, mais ç’a pris une semaine avant qu’il rebondisse et le festival était terminé », peste M. Montagne.

Les organisateurs se renvoient la balle

Joint plus tôt cette semaine par Le Droit, Éric Lagacé a confirmé que Proson, Chapiteau Montréal et Tactic Sécurité n’avaient pas encore été payés. Il se défend en soutenant qu’il n’était pas responsable de l’aspect « financier » du festival, mais plutôt du volet artistique et promotionnel de l’événement, en 2019.

« Je n’ai aucun chiffre, je ne sais pas combien de billets nous avons vendus, je n’ai pas les chiffres du bar », dit-il, précisant qu’il ignore l’origine du déficit engrangé.

Son partenaire d’affaires, Patrick Gagnon et sa conjointe étaient responsables de gérer les finances du festival en 2019, avance M. Lagacé.

« Veux, veux pas, je suis rattaché, mon nom est là, mais je ne suis pas le seul qui va payer », affirme M. Lagacé. La municipalité de Notre-Dame-du-Laus et M. Gagnon doivent aussi payer leur part de la dette envers les fournisseurs, estime-t-il.

Patrick Gagnon réfute pour sa part les allégations de son ancien partenaire d’affaires, soulignant que tous les « papiers légaux » reliés au festival portent l’unique signature de M. Lagacé.

Sans pouvoir chiffrer le déficit du festival, M. Gagnon explique que la programmation artistique trop coûteuse élaborée par M. Lagacé, la mauvaise météo lors du week-end et la baisse de vente de bracelets quatre jours a causé le gouffre financier de l’édition 2019. M. Gagnon était incapable d’indiquer le nombre de bracelets vendus, au moment de son entretien avec Le Droit.

Pour le maire de Notre-Dame-du-Laus, Stéphane Roy, il est hors de question que l’administration paie quoi que ce soit. « Ce n’était pas ça l’entente qu’on avait avec M. Lagacé », lance-t-il.

La Municipalité a d’ailleurs annoncé à la fin septembre qu’elle reprenait les rênes du festival à compter de 2020. Par le fait même, l’administration municipale a fait savoir que les liens étaient désormais rompus avec les promoteurs des éditions 2018 et 2019.

Ce sont les « manquements administratifs » des organisateurs et leurs difficultés à fournir les données de « certains postes de dépenses » qui ont mené à cette décision, atteste le maire Roy.

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UN DES PROMOTEURS LANCE UN FESTIVAL À NOTRE-DAME-DE-LA-SALETTE

Les fournisseurs impayés du Festival country de Notre-Dame-du-Laus craignent que les promoteurs fassent d’autres victimes dans le futur. 

C’est qu’Éric Lagacé est engagé dans la création du nouveau Festival country de Notre-Dame-de-la-Salette prévu l’été prochain. Interrogé à ce sujet, M. Lagacé a souligné qu’il souhaitait régler le dossier de Notre-Dame-du-Laus avant de confirmer s’il sera partie prenante de l’organisation du festival de Notre-Dame-de-la-Salette. 

«On en a parlé. Il n’y a rien de coulé dans le béton. Moi, j’essaie de régler ce qui se passe comme c’est là. [...] Il y a déjà une programmation, mais je ne suis pas sûr à 100% que je vais être là», a-t-il dit au Droit

En date de vendredi, c’est pourtant toujours lui qui signait, à titre de président, le texte de présentation de l’événement, sur le site Web du festival. 

«C’est avec passion et enthousiasme que nous vous invitons à la première édition du Festival Country de Notre-Dame-de-la-Salette. Cette première édition se tiendra du 25 au 28 juin 2020. Depuis plusieurs semaines, le comité organisateur travaille d’arrache-pied pour faire de votre séjour chez nous des plus agréables», peut-on lire sur la page de l’événement, sous la plume de M. Lagacé.