«Notre but est, dans un premier temps, de sensibiliser les candidats de toutes les municipalités, puis de leur proposer notre accompagnement une fois les élections passées», a affirmé la présidente de Culture Outaouais, Céline De Guise.

Faire de la culture un enjeu électoral

Mettre sur pied un Bureau d’art public pour promouvoir la collection permanente de la Ville de Gatineau, augmenter l’acquisition d’œuvres d’art et en favoriser la conservation. Offrir des crédits d’impôt foncier pour la rénovation et la restauration d’immeubles et de sites d’intérêt patrimonial. Miser sur le haut taux de fréquentation des bibliothèques en Outaouais pour mettre en valeur les livres des auteurs d’ici. Ce sont là quelques-unes des 17 recommandations proposées par Culture Outaouais pour faire des arts et de la culture un véritable enjeu de l’actuelle campagne électorale. Et un outil pour dynamiser la région.

Pour la première fois de son histoire, l’organisme a décidé d’« amener la culture dans le débat public » de manière concrète et ce, pas seulement aux quatre coins de la Ville de Gatineau, mais aussi partout dans la région. 

Céline De Guise et Julie Martineau, respectivement présidente et directrice générale de Culture Outaouais, ont donc entrepris mardi matin une tournée qui les mènera du secteur Aylmer à Val-des-Monts, et de Portage-du-Fort dans le Pontiac à Blue Sea dans la Haute-Gatineau, en passant par Saint-André-Avellin dans la Petite-Nation, d’ici à la fin de la semaine. 

« Notre but est, dans un premier temps, de sensibiliser les candidats de toutes les municipalités, puis de leur proposer notre accompagnement une fois les élections passées. Il y a tout un travail de suivi à effectuer, dans un esprit de collaboration. Nous ne voulons pas d’une culture déconnectée ou inaccessible, au contraire, nous souhaitons une culture battant au cœur du monde. Parce que la culture, c’est l’affaire de tous ! » a soutenu Mme De Guise. 

Le choix du Centre d’exposition L’Imagier comme lieu du premier point de presse n’était d’ailleurs pas anodin. La reconstruction de L’Imagier, annoncée en grande pompe en 2014 et à laquelle contribuent le fédéral, le provincial et la Ville de Gatineau, entre autres, devait initialement se terminer en 2016. Or, une deuxième phase de sociofinancement est en cours et la somme de 120 000 $ doit être atteinte avant que les travaux puissent commencer.

« Ça prend beaucoup d’énergie et des bénévoles investis pour faire aboutir de tels projets, notamment quand ils sont initiés par le milieu », a fait valoir Mme De Guise, qui cumule le titre de vice-présidente du c.a. du centre d’exposition à son poste de présidente de Culture Outaouais.

Sa collègue Julie Martineau a rappelé pour sa part que si les villes et municipalités ont évidemment leurs propres projets et infrastructures à financer (leurs bibliothèques, par exemple), elles ne doivent pas pour autant négliger d’investir dans ceux issus du milieu culturel. 

« Des institutions comme L’Imagier, qui ont plus de 40 ans d’existence, côtoient de nouveaux projets et organismes à qui il est également important de faire une place », a expliqué la directrice générale de Culture Outaouais.

L’axe Montcalm, avec ses ateliers d’artistes qui y seraient établis, possède les ingrédients nécessaires pourrait devenir une plaque tournante de la vie culturelle. 

« Encore faut-il que la Ville passe à l’action pour concrétiser le tout », a renchéri Mme Martineau.

Un « déficit culturel » à combler…

Les deux femmes n’hésitent pas à marteler qu’il reste « beaucoup à faire » pour combler ce qu’elles qualifient de « déficit culturel » dans la région. 

D’un côté, le secteur représentait, en 2015, 2,16 % du PIB régional, soit plus que l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse. De l’autre, l’Outaouais comptait 21 % moins d’infrastructures culturelles par tranche de 100 000 habitants comparativement à l’ensemble du Québec, selon des données de 2013.

Gatineau doit donc jouer son rôle de métropole culturelle, de pôle d’attraction, dans la région, selon Mmes De Guise et Martineau. Il faut parallèlement qu’elle permette le rayonnement des créateurs en Outaouais, qu’elle soit en dialogue avec les autres municipalités.

…et quelques bons coups à souligner

La présidente et la directrice générale de Culture Outaouais ont quand même tenu à souligner les bons coups réalisés au cours de la dernière année.

Elles ont cité en exemples la récente ouverture du parcours d’art public De collines et d’eau, qui réunit sept municipalités de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, dont Cantley et Val-des-Monts.

Chelsea et le Pontiac hébergent « deux des plus grandes concentrations de créateurs hors milieu urbain au pays », a d’ailleurs précisé Julie Martineau. Selon une étude d’Hill Stratégies, les artistes  y représentent 2,1 % et 2,5 % de la population locale.

L’arrêt de leur tournée à l’Association des artistes du Pontiac, à Portage-du-Fort, mardi après-midi, était ainsi tout réfléchi aussi. Il visait à souligner la politique d’acquisition annuelle d’une œuvre d’un artiste local par cette petite municipalité.

Céline De Guise a aussi nommé l’initiative du Sentier culturel, mis en place à Gatineau cet été, et qui a attiré curieux et touristes du site de MosaïCanada jusqu’à La Fonderie, en empruntant diverses rues du Vieux-Hull. 

« Ç’a été une grosse période estivale, c’est certain, mais il ne faudrait pas s’asseoir là-dessus, ne serait-ce que parce que ç’a créé des attentes, autant du public que des artistes », a-t-elle toutefois conclu.