L’auteur du roman graphique documentaire <em>Le nouveau monde paysan au Québec</em>, Stéphane Lemardelé
L’auteur du roman graphique documentaire <em>Le nouveau monde paysan au Québec</em>, Stéphane Lemardelé

Explorer le monde agricole en ligne via le roman graphique

Faute de pouvoir s’évader dans la campagne de Brome-Missisquoi pour le début de la saison agrotouristique, il est possible d’y voyager à travers l’art du roman graphique jusqu’au 1er mai, sans frais, sur le Web. L’auteur du roman graphique documentaire Le nouveau monde paysan au Québec, Stéphane Lemardelé raconte l’initiative.

«Je suis issu du monde du story-board. J’ai une grande expérience à faire des story-boards pour le cinéma donc j’ai l’habitude de travailler toujours avec le même cadrage. Un jour, j’étais dans le métro de Montréal et j’ai remarqué que des gens regardaient des films sur leur écran de téléphone, mais qu’ils ne lisaient pas de bande dessinée», raconte le créateur, qui y a vu l’occasion d’exploiter le médium du story-board d’une manière différente.

«Quelque part, il y a plusieurs rapports entre le cinéma et la BD, il y a plein de codes narratifs, de lecture et d’écriture qui sont relativement les mêmes. Alors, pourquoi on ne lit pas de BD sur nos téléphones? s’est-il alors questionné. Je me suis rendu compte que dans la bande dessinée, les auteurs en général, et les éditeurs encore plus, avaient peur de sortir du carcan de la page — la fameuse page — pour aller vers une forme narrative avec un autre format.»

Donc, lorsque son éditeur à la maison d’édition française La Boîte à Bulles lui a proposé à la fin du mois de mars dernier de rendre son oeuvre disponible gratuitement sur le Web, il a sauté dans l’aventure, mais à ses conditions: sortir les 771 cases de leur page, «pour pousser l’expérimentation artistique», précise-t-il.

L’œuvre est disponible gratuitement en cliquant ici.

Le roman graphique documentaire <em>Le nouveau monde paysan au Québec</em> de Stéphane Lemardelé est offert gratuitement en ligne jusqu’au 1er mai en format case par case.

La période de confinement s’est présentée comme une opportunité d’exploration pour Stéphane Lemardelé. «C’est une réflexion artistique, une réflexion de narration. Quels codes sont les mêmes entre la bande dessinée et le cinéma? Comment peut-on exploiter les nouveaux médias, ces nouvelles plateformes numériques?»

Cet album paru il y a un an présente une cinquantaine de petits producteurs installés de St-Armand à Sutton. L’histoire racontée en 771 cases est la nôtre puisque comme le dit l’adage, «on est ce que l’on mange», mais surtout parce que les quatre ans de recherches documentaires et artistiques réalisées en amont de la création racontent l’histoire du Québec rural d’aujourd’hui, de l’agriculture alternative, et lui rendent hommage en dressant un portrait des enjeux qui l’habitent.

Les cases du roman graphique Le nouveau monde paysan au Québec sont toutes de la bonne dimension pour remplir un écran de téléphone.

Les cases du roman graphique <em>Le nouveau monde paysan au Québec</em> sont toutes de la bonne dimension pour remplir un écran de téléphone.

D’autres romans graphiques sont aussi disponibles sur le web, mais souvent en pleine page, ce qui nécessite des manipulations pour accéder aux différentes cases.

Les amoureux du papier

L’album qui fait 250 pages est toujours disponible en commande, mais jusqu’au 1er mai, les 771 cases, qui sont toutes des œuvres d’art, sont accessibles sur Internet.

«Le livre pour moi reste essentiel. Je suis un amoureux du papier, en tant que dessinateur, et je suis un amoureux du papier dans mon quotidien. Je ne voulais pas écarter le livre, mais aller chercher une complémentarité», explique M. Lemardelé.

Depuis que le livre est disponible en version numérique, des lecteurs de l’édition papier ont communiqué avec l’auteur pour lui faire part de leurs commentaires, au grand bonheur du créateur.

«Le rythme de lecture est différent et il n’y a pas le charme du papier, sa texture, le fait de feuilleter son livre, de le manipuler. Beaucoup de gens disent que lorsqu’ils achètent un livre neuf, ils se plongent le nez dedans. Le livre fait appel à plusieurs sens, mais là, il n’y a pas ça», mentionne l’auteur.

En passant du papier à l’écran, des lecteurs ont confié à M. Lemardelé que l’expérience était plus immersive et qu’ils avaient l’impression de rentrer dans l’image. «C’est peut-être là qu’on rejoint un peu l’expérience cinéma», lance-t-il.

D’autres personnes ont dit avoir porté davantage attention aux détails dans le dessin et dans les couleurs, ce qui donnait accès à une nouvelle interprétation de l’histoire.

«C’est ce qui est intéressant : expérimenter des nouveaux codes narratifs pour avoir une expérience complémentaire», croit le bédéiste.

Le projet ultime… à venir

«Mon projet ultime serait d’avoir à la fois la bande dessinée documentaire sur écran, mais d’avoir le son en plus», confie Stéphane Lemardelé, qui a déjà combiné son œuvre avec une bande sonore lors des soirées de prélancement du livre à Frelighsburg et à Sutton l’année dernière.

Faute de pouvoir s’évader dans la campagne de Brome-Missisquoi pour le début de la saison agrotouristique, il est possible d’y voyager, à travers l’art du roman graphique jusqu’au 1er mai, sans frais, sur le Web.

Les héros dont il est question dans le roman étaient sur scène pour lire leurs propres mots, «entre bande dessinée, théâtre et cinéma», avait décrit le bédéiste à l’époque. La bande sonore qui accompagnait la lecture avait bonifié l’œuvre, se souvient Stéphane Lemardelé.

«En proposant, non pas des images animées, mais des images fixes qu’on prend le temps de regarder. C’est vraiment une autre notion de rapport au temps», décrit-il.