Nicolas Doyon, le fondateur du groupe franco-ontarien Deux Saisons
Nicolas Doyon, le fondateur du groupe franco-ontarien Deux Saisons

Et si on avait besoin de Deux Saisons?

Cet été, Le Droit propose une série de portraits d’artistes s’étant retirés de l’avant-scène après avoir connu d’importants succès populaires, par le passé. Un peu par nostalgie, un peu pour découvrir ce qui a motivé leur discrétion, mais surtout pour le plaisir de voir ce qu’ils sont devenus, que ce soit à l’intérieur ou en marge de la sphère artistique.

Fondé au milieu des années 90 par Nicolas Doyon et quelques amis musiciens qu’ils fréquentait à l’université d’Ottawa, le quintette franco-ontarien Deux Saisons a connu son heure de gloire au tournant du millénaire, en offrant une musique énergique métissant folk, pop et racines trad’.

En 2002, alors au sommet de la gloire, la bande d’Ottawa lance coup sur coup deux albums (La grande virée de Deux Saisons et Plus ça change, moins c’est pareil», 3e et 4e opus de leur discographie), avant de se lancer dans une intensive série de tournées qui les conduira dans les écoles et festivals d’un bout à l’autre du Canada, puis jusqu’en France l’année suivante. 

Après ? Plus grand-chose...

Pourtant, le groupe ne s’est jamais officiellement dissous. 

Ses membres, toujours «grands chummies», continuent de se voir régulièrement, en privé ou pour échanger quelques notes sur scène. S’ils font de la musique ensemble, c’est en plus petit comité, souvent autour de Nicolas Doyon, mais sans trop oser reporter le nom Deux Saisons, pour ne tromper personne.

Les deux derniers concerts officiels de la troupe remontent à 2015  ( à La Nouvelle Scène) et 2017, au Festival du loup à Lafontaine. Mais il s’agissait là de gigs exceptionnelles, confessent les deux piliers du groupe, Nicolas  Doyon et Jean-Marc Lalonde, qui réservent ce genre de sorties à de «rares occasions». 

Les deux musiciens n’ont jamais rangé leurs instruments (Le premier propose ses services d’animation musicale; le second officie au sein de Hey Wow et La Ligue du Bonheur), mais ils se consacrent avant tout à leur deuxième passion, désormais: l’enseignement.

Le second pilier de Deux Saisons, l'accordéoniste Jean-Marc Lalonde, est aussi au centre des formations Hey Wow et La Ligue du Bonheur. Mais, tout comme son vieux complice Nicolas Doyon, il se consacre désormais à l’enseignement, avant tout.

Profs dans l’âme 

Nicolas Doyon, qui réside à Embrun, est prof à l’école secondaire La Citadelle de Cornwall, où il enseigne depuis 2005 la musique et les études sociales.

Jean-Marc Lalonde a décroché son brevet de prof en 2013. Après avoir écumé plusieurs établissements d’enseignement en Outaouais, il a refranchi le pont l’an dernier, pour s’installer dans le secteur Barrhaven, où l’attendait son nouvel employeur, l’école élémentaire catholique (française) Sainte-Kateri. Il y enseigne «toutes sortes d’affaires» et parfois la musique. «Ça fait du bien de revenir en Ontario», lance ce fier Franco.

«Veut, veut pas, quand tu évolues dans le milieu franco, [...] tu deviens forcément pédagogue», car les musiciens, pour réussir à vivre de leur art, sont amenés à fréquemment donner dans les écoles non seulement des concerts, mais aussi des ateliers, souligne Nicolas Doyon.

L’album La Grande Virée, en 2002, embrassait complètement cette vocation pédagogique: il n’était pas constitué de compositions du groupe, mais de chansons du répertoire traditionnel – des «oubliées» surtout – réarrangées à la sauce Deux Saisons. Le disque était accompagné d’un cahier pédagogique conçu en partenariat avec divers organismes voués au patrimoine, au folklore et à la généalogie. 

L’outil avait été chapeauté par leur complice de Deux Saisons Jocelyn Godin, pour qui il s’agissait aussi d’un «projet universitaire», se souvient Doyon. Aujourd’hui « Jocelyn est enseignant de musique à Plantagenet. On se côtoie encore. On se trouve des prétextes pour se voir, Martin, Mathieu, Jean-Marc et Jocelyn», retrace le leader de Deux Saisons.

Martin Newman, lui, est resté dans le domaine de la musique et collabore régulièrement avec Lalonde. Il travaille pour Alstom, où il met à profit ses compétences en électronique, indique M. Lalonde. «C’est un vrai musicien, un ‘lifer’, avec une carrière de 30 ans, comme nous autres.» Mathieu Grainger, lui, est à Montréal, dans l’événementiel ; aux dernières nouvelles, il travaillait avec la compagnie Moment Factory», précise-t-il. 

Ce cahier pédagogique, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) l’a plus tard numérisé, pour rendre son contenu disponible sur son site Internet, se réjouit Jean-Marc Lalonde. 

«Ce projet-là (La Grande Virée) nous a amenés dans une cinquantaine d’écoles et dans les communautés francophones: on a vu la province de long en large. C’est peut-être bien là qu’on a pris le goût de l’enseignement, ou qu’on s’est dit ‘Voilà quelque chose que je pourrais faire’», soumet-il. 

Deux Saisons était formé de Nicolas Doyon, Jean-Marc Lalonde, Mathieu Grainger, Jocelyn Godin et Martin Newman. Le groupe franco a connu son apogée de 1998 à 2003.

Concerts envisageables

Pourquoi Deux Saisons a-t-il mis la pédale douce ? « On n’a pas arrêté; on est juste devenus paresseux», lance Jean-Marc Lalonde à la blague. Son complice le corrige gentiment: «La raison pour laquelle on a arrêté les spectacles, c’est les enfants; on avait tous de jeunes familles et on voulait être plus présents.»

«On a lancé ça [le groupe] parce qu’on était naïfs et plein d’ambitions.» Puis l’énergie de chacun s’est «tranquillement» amenuisée.

Après une pause, il ajoute: «Mais aujourd’hui, maintenant que les enfants sont grands, je ne sais plus trop quelle excuse donner»  pour ne pas ressouder le groupe, rigole-t-il, laissant entrevoir la possibilité de remonter sur scène.

« On était épuisés, abonde Jean-Marc Lalonde. On avait jamais le temps de s’arrêter pour écrire et être créatif. Il y avait aussi le désir de rester un plus peu tranquille, de s’épanouir chacun de son bord. » «Mais dis-moi... est-ce qu’on est en break, Nic, oubendon... ??» interroge-t-il son comparse.

«J’avoue qu’après notre spectacle à Lafontaine, la piqûre m’a repris. Ç’avait été une belle soirée, les gens s’étaient  bien amusés, alors on s’est remis à rêver un peu. Si on recommençait? Puis la réalité nous a rattrapés et on est redescendus de notre petit nuage» rétorque Doyon.

«Quand une opportunité comme ça se présente et que c’est pas trop de répétitions et de studio, c’est le fun! Nous retrouver entre amis, faire des apparitions, moi je suis pour. Mais rouvrir la machine et partir en tournée pour un été complet... ça, je ne suis pas convaincu que j’aurais encore l’énergie de le faire» tempère Nicolas Doyon.

Deux Saisons a laissé dans son sillage plusieurs morceaux qui sont restés gravés dans les mémoires de bien des auditeurs – «Ginette Spraynette, J’ai deux jobs, Ma blonde pogne avec les autres gars», entre autres. Mais leur succès, ils estiment le devoir à leur énergie scénique, plus qu’à leur répertoire.

Leurs concerts étaient ludiques et «très interactifs, avec beaucoup de tapage de mains et de réponses» chantées, se souvient Jean-Marc Lalonde. «Il n’y avait pas de 4e mur; on faisait monter le monde sur scène.» «C’était pas un spectacle, mais une expérience à vivre, ajoute son comparse. Chaleureux, comme un party de cuisine! L’idée, c’était de rendre les gens à l’aise dès les premières notes, et leur donner le goût de revenir – comme la visite.»

Le tandem n’est pas particulièrement nostalgique de cette «belle époque». «Je me sens très privilégié d’avoir pu passer ma vingtaine avec des chums en voyageant à travers l’ontario et jusqu’en France et d’avoir pu rencontrer des tas d’artisans de la chanson [...]. Mais... je suis rendu ailleurs. Ce sont de très beaux souvenirs, mais ça demeure juste ça: des souvenirs», déclare Nicolas Doyon. 

Les membres de Deux Saisons ont continué à donner des concerts – de plus en plus rares et exceptionnels – sous ce nom jusqu'en 2017.

Confinement

Les deux musiciens ont profité de la période de confinement pour se «déniaiser technologiquement». «J’ai commencé à travaillé avec des logiciels d’enregistrement comme GarageBand et j’essaie d’auto-produire des bandes sonores. J’ai un album pratiquement prêt», avertit Doyon. 

Il dit avoir créé les maquettes de 12 chansons. « J’aimerais me donner une dernière chance de projet d’album. Et ça pourrait être l’occasion de réunir mes anciens «chums. Reste à trouver le temps et le financement.» 

«Mais ce ne sera pas un album de Deux Saisons», ajoute-t-il précautionneusement. Même si toute la gang est réunie, «ce sera un disque de featuring, d’apparitions».

«Moi, l’accordéon, je ne peux pas jouer tout seul, les gens vont se tanner. Alors j’essaie aussi de créer des trames sonores», enchérit Lalonde, toutefois peu convaincu que la pandémie ait eu des effets très bénéfiques sur sa créativité. 

Pendant la COVID, Nicolas Doyon a eu «la chance de faire des collaborations musicales avec des collègues». Le virtuel, dit-il, «c’est une belle expérience, mais il ne faudrait pas que ça devienne une norme. Je m’ennuie des gros rassemblements d’artistes, tout le monde sur une même scène en train de chanter une chanson commune».

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Deux Saisons

groupe de musique d’Ottawa

Genre: folk/pop/trad’

Heure de gloire: 1998-2003

Membres: Nicolas Doyon, Jean-Marc Lalonde, Mathieu Grainger, Jocelyn Godin, Martin Newman 

(anciens membres : David Pichette, Fritz Larivière, Marek Przedowek, Guillaume Proulx)