Dans ce premier spectacle, Mathieu Cyr ne s’en cache pas: il vise un punch aux huit secondes. «Je veux que ça ait l’énergie d’un show rock, mais dans un mélange de pur stand-up américain et d’anecdotes racontées.»

(En)fin prêt

Mathieu Cyr a fait 1001 métiers avant de se lancer en humour. Il a livré du poisson à New York, a planté des arbres en Alberta, a fait le clown dans un centre commercial... S’il est aujourd’hui humoriste, c’est parce qu’un jour, sa blonde de l’époque l’a laissé «parce que je ne faisais rien de ma vie», dit-il. «Et elle avait raison», ajoute-t-il aussitôt. «Ça m’a un peu ébranlé, et c’est là que je me suis inscrit à l’École nationale de l’humour.»

Pourquoi l’humour? «Parce que j’avais toujours été attiré par la scène, mais que je n’avais aucun talent. Je ne savais pas jouer d’un instrument, ni même au théâtre... Je me suis dit que j’allais raconter des jokes, et j’ai eu la piqûre.»

Questionné sur le long délai qui a séparé sa sortie de l’École nationale de l’humour, en 2007, et la production d’un premier spectacle solo, dont il vient à peine d’entamer le rodage, l’humoriste lance à la blague: «J’écris vraiment pas vite!»

«Non, en fait, c’est que j’attendais d’être prêt, reprend-il. J’ai refusé une première proposition il y a trois ans. Mais là, j’estime avoir assez de bagage, assez de choses à dire pour que ce soit pertinent.»

Et que s’est-il passé durant ces quelques dernières années pour lui faire dire qu’il était maintenant mûr pour monter sur scène pendant une heure et demie? «J’ai eu deux enfants, juste ça, ça te fait gagner énormément de maturité; j’ai signé avec une grosse boîte (QuébéComm) et j’ai reçu deux diagnostics qui sont venus expliquer bien des affaires dans ma vie, celui de TDAH et l’autre de douance», explique l’homme de 43 ans.

Parallèlement, durant toutes ces années, l’humoriste a aussi multiplié les apparitions dans les galas d’humour, à la télévision et sur Facebook, ce qui lui a «clairement» permis de se faire les dents, de définir son style et de se constituer un public. «De toute façon, en humour, les premières années, tu dois faire rire le public coûte que coûte pour t’en créer un, donc tu fais un peu n’importe quoi. Après, tu peux être plus précis dans tes choix», fait-il remarquer.

«Un punch aux huit secondes»
Dans ce premier spectacle — qui n’a pas encore de titre —, Mathieu Cyr ne s’en cache pas: il vise un punch aux huit secondes. «Je veux que ça ait l’énergie d’un show rock, mais dans un mélange de pur stand-up américain et d’anecdotes racontées.»

La légalisation du pot, ses voyages au Maroc et en Russie, les radios poubelles, sa relation avec sa blonde psychologue ainsi que la censure et la liberté d’expression ne sont que quelques-uns des thèmes qu’il abordera, indique-t-il.

«Je vais aussi parler de parentalité sous l’angle des parents-rois, qui ne sont pas capables de se mettre à la place de leurs enfants, ou encore de mon diagnostic de TDAH, qui revient à vivre avec un épais qui te suit toute ta vie et qui te cache des affaires», enchaîne-t-il.

Il compte bien ajouter un numéro sur son «côté grano assez intense», mais admet ne pas l’avoir achevé encore. «J’ai l’impression de marcher sur des oeufs avec ce thème-là parce que c’est difficile de ne pas tomber dans le ton moralisateur. Et c’est exactement ce que je ne veux pas parce que je ne suis pas mieux que les autres. Je fais attention à certaines affaires, mais j’ai deux voitures, genre.»

Il songe peut-être à aborder le fait qu’il déménagera sous peu avec un autre couple, avec qui sa famille partagera une maison bigénérationnelle. «On trouvait ça complètement débile cette manie qu’on a tous aujourd’hui de tout vouloir chacun pour soi. On n’a qu’à constater le nombre de piscines dans les cours arrière quand on décolle en avion, c’est hallucinant! Ajoute à ça les BBQ, les tondeuses à gazon, etc. Pourquoi on ne pourrait pas se regrouper pour se partager des affaires?» questionne celui qui a gagné le Nez d’or Révélation au Grand rire en 2011.

La première de ce spectacle solo aura lieu en janvier 2019, à la Place des Arts.