L’auteur-compositeur-interprète et ingénieur du son Christian St-Hilaire

En avant la musique

Deux auteurs-compositeurs-interprètes et un groupe gatinois lancent ou font paraître un disque ces jours-ci. Portraits de ces créateurs musicaux « indés », mais intéressants.

Riff Through Time : l’esprit indépendant

Ses multiples textures et ses harmonies vocales sont trompeuses. Derrière les sonorités hard-rock vintage de Riff Through Time se cache une seule et même personne : l’auteur-compositeur-interprète et ingénieur du son Christian St-Hilaire.

Ce touche-à-tout de 49 ans a lancé, fin septembre, son deuxième disque, Master Peace. Il y joue tous les instruments sauf la batterie. De plus, exception faite du duo avec l’Ottavienne Ted-Zoe Dee, les voix qui s’y répondent en harmonies sont les siennes.

Ce disque anglophone, il l’a entièrement enregistré, mixé et réalisé dans son studio-maison. Le Gatinois a ainsi mis à profit les connaissances acquises à The Audio And Recoding Academy (TARA) d’Ottawa, dont il est sorti diplômé en 2016, après avoir servi au sein de Forces armées canadiennes pendant plus de 15 ans. Il a réussi à placer son disque en consigne dans chacune des six succursales régionales de SunRise Records, la bannière de distribution qui a repris les locaux de la chaîne HMV à Ottawa et Gatineau. 

Dans l’ombre, le musicien place ses pions stratégiquement. Postées sur la Toile, les chansons de son premier disque ont attiré l’attention d’animateurs de radio ou de critiques en Italie, en Allemagne, à Londres et à Los Angeles, assure-t-il. Un troisième disque – francophone, celui-là – sera prêt pour les Fêtes.

À l’horizon 2018, il se voit entouré d’une véritable bande, à écumer les petites salles de spectacle d’Ottawa.

Ses influences sont celles des rockeurs qui ont bercé sa jeunesse, AC/DC, Metallica et autres Rush qu’il a amadoués, adolescent, au sein de bands de reprises. Le premier album, Riff Through Time, se nourrissait de l’esprit hard-rock des années 70 et 80 ; le nouveau colle à la période 80 et 90, dit-il. Les textes de Master Peace « sont plus matures. C’est du rock plus heavy, mais ce sont toujours des sujets terre-à-terre, pas des paroles violentes » précise-t-il. Les chansons Rise et It Screams At Me traitent de syndrome post-traumatique. Le vétéran avoue avoir « touché le fond du baril » à son retour d’une mission en Afghanistan, dans un poste avancé situé à la frontière du Pakistan, et d’être depuis « affecté de troubles du sommeil ». Naviguant entre la réalité des conflits et les symboles de paix, les chansons sont porteuses « d’espoir » et d’« humanité » et savourent le présent. 

Pour écouter : riffthroughtime.bandcamp.com

Phil G. Smith : le phœnix country

Tête connue du milieu culturel outaouais, Philippe Gaudreault a complètement « redéfini [son] identité musicale ». Coiffé d’un Stetson, le lauréat de Gatineau Prend la Scène 2012 a investi la scène country-rock. Sous le nom de Phil G. Smith, il a procédé au lancement-specacle de son premier EP le 6 octobre. Le « G » sous-tend Gaudreault ; le Smith, lui, est « un clin d’œil au chanteur Tim McGraw » — qui a longtemps porté le patronyme de sa mère, Smith, avant de découvrir qu’il était le fils de la vedette de baseball Tug McGraw. Phil G. Smith chante en français, à mi-chemin entre McGraw et Dany Placard, là où « ça sent la terre, le whiskey et le feu de camp ».

Philippe Gaudreault, alias Phil G. Smith

Ce projet lui permet d’exprimer librement « l’inspiration et les influences country américaines » de son enfance, loin des mélodies pop-folk « plus tranquilles » avec lesquelles il s’était fait un nom. Cet avatar lui permettra de mieux « faire la distinction » entre sa « personnalité » scénique et ses activités liées à la diffusion de spectacles. Car Philippe Gaudreaut a été responsable de Scène 1425 à Gatineau de 2011 à 2015, puis fondateur de l’organisme de diffusion L’Ambassade Culturelle, qu’il a récemment quittée ; il est aujourd’hui agent de spectacles pour l’étiquette 7ième Ciel, où il s’occupe des gros canons du rap (Koriass, Manu Miliari, etc.) 

Ce minialbum a été réalisé par « un érudit du country », John-Anthony Gagnon Robinette (nouveau membre de Kaïn et complice de travail de Paul Daraîche, Gabrielle Goulet et Sara Dufour). Le Gatinois a trouvé en lui son « âme sœur musicale ». Leur disque sort sous l’étiquette Disques Far West, créée par Philippe Gaudreault avec la ferme intention de signer d’autres « artistes de l’ouest québécois ». Comprendre : l’Outaouais.

Son premier extrait, Que l’Bon Dieu nous pardonne, laisse présager du meilleur, pour Phil G. Smith : présenté au dernier Festival country de Saint-Tite, la chanson a décroché le 14 septembre le prix Étoiles dans le cadre du concours de la relève. « C’est une belle reconnaissance. Un beau cadeau de bienvenue dans la grande famille country », se réjouit le musicien.

Pour écouter : philgsmith.com

Insurrection : le futur ombrageux

Les métalleux d’Insurrection, rare groupe à chanter (ou vociférer, car on parle ici de death-metal ou de trash-metal) dans les deux langues officielles du Canada, ont fait paraître Extraction, le 6 octobre. Un quatrième disque aussi « énergique » que les précédents : « Il y a de la note au pouce carré », prévient en riant le fondateur du groupe, Stef Jomphe. 

Le Gatinois continue à peaufiner l’aspect « hybride » de ses compositions, qui, au-dessous de la voix gutturale (voire chtonienne) de Jomphe, s’amusent à contrebalancer le « côté très mélodieux » des chansons à « des harmonies un peu plus malaisantes » et « des bouts lents, pesants, soutenus ».

Les métalleux d'Insurrection

Très peu de troupes métal osent chanter en français ; Insurrection s’évertue depuis son premier album, en 2009, à offrir un contenu à 50 % bilingue (ou à 40 %, en ce qui concerne Extraction). Pas question de trahir les Banlieue Rouge, Anonymus et autres B.A.R.F. qui ont bercé les jeunes oreilles de Stef Jomphe, et l’ont incité à chanter dans sa langue, explique le chanteur – qui, au civil, est un fonctionnaire on ne peut plus « tranquille ».

Les illustrations du nouvel album, tout comme les thèmes abordés, respectent en tout point l’imagerie futuriste qui a défini Insurrection au fil de ses albums. « L’avancée technologique et le côté sci-fi nous servent d’excuse » pour émailler les chansons de « commentaires sociaux », convient-il. Dans le « tordeur » d’Extraction : la collecte et lucrative revente d’informations personnelles qui enrichit les réseaux sociaux (Data extracted) ou l’acharmement médical (Pull the Plug), entre autres.

Cette thématique dystopique est d’ailleurs un clin d’œil à l’univers sci-fi qui caractérisaient Obliveon, l’un des grands noms du métal québécois. Les Gatinois se sont d’ailleurs payé la traite en allant enregistrer Extraction chez Pierre Rémillard, guitariste d’Obliveon, qui possède le très en vogue Studio Wild. C’est aussi Rémillard qui a assuré la réalisation du disque d’Insurrection. Et l’ex-chanteur d’Obliveon, Bruno Bernier, en a profité pour poser sa voix sur un morceau.

La bande sera en concert le 28 octobre, au Minotaure (entourée de Blinded By Faith, Bookakee et Hatred Reigns) dans le cadre de sa tournée canadienne.

Pour écouter : insurrectionmetal.com