Sébastien Dubé et Vincent Léonard estiment que leur Denis naïf et son double agressif sont les mêmes qu’au départ, bien que plus aboutis, qui ont évolué notamment dans la finesse du jeu.

En attendant les Denis

Déjà l’heure d’un quatrième spectacle pour les maîtres de l’absurde que sont Les Denis Drolet. Longtemps considérés comme très « champ gauche » avec leur style d’humour unique, on peut dire que Vincent Léonard (Denis à palettes) et Sébastien Dubé (Denis barbu) font maintenant « partie des meubles » du paysage culturel québécois. Quand on ne « détonne » même plus à l’émission de jour de Marina Orsini, ça doit vouloir dire quelque chose.

Quand Le Soleil a rencontré Les Denis Drolet à Québec, à la fin novembre, on s’est étonné de les avoir aperçus, la veille, sur ledit plateau de Marina. « On s’amuse de créer cet effet de surprise là. En même temps, si on y va, c’est qu’on en a envie, et on a trouvé le bon ton, juste assez ironique, pour aller là », explique en souriant Vincent Léonard, reconnaissant que ce n’est pas l’endroit pour « créer des malaises ». « Disons que c’est pas là que Denis barbu va crier “Je vais te tuer !” » seconde le calme Sébastien Dubé, sourire en coin, à mille lieues de son fameux personnage colérique.

Et c’est bel et bien ce que sont les Denis, des personnages, beaucoup plus proches du monde du théâtre que de l’humour, comme le sont leurs deux interprètes, d’ailleurs. « En fait, ils n’ont pas grand-chose de nous », reconnaît Vincent. « Vincent et Sébastien n’existent pas dans notre écriture, on écrit avec “distorsion” pour nos personnages, qui vont presque toujours dire le contraire de ce qu’on pense », ajoute Sébastien.

Les deux humoristes estiment que leur Denis naïf et son double agressif sont les mêmes qu’au départ, bien que plus aboutis, qui ont évolué notamment dans la finesse du jeu. « Je n’avais pas revu notre premier show depuis à peu près 15 ans, et mon plus vieux a voulu l’écouter la semaine passée… Je nous ai trouvés mauvais ! Je comprenais les flashs, les tons, mais on a vraiment gagné en finesse », estime l’interprète du Denis barbu. 

« On est très fidèle à ce qu’on s’était dit au départ : on voulait une démarche qui ressemble à celle de Plume [leur idole absolue, NDLR], un gars qui a foncé avec son genre, son style, sa personnalité. Maintenant, on ne fait pas de compromis, on est rendu là. Oui, on aimerait ça que tout le monde aime ça et vienne voir le show, mais on est conscient que c’est tellement déjanté… et après presque 20 ans “d’ajustements”, aujourd’hui, on fait ce qu’on est », précise l’alter ego du Denis à palettes.

Longue amitié

Car mine de rien, il y a plus de 18 ans que le duo des Denis Drolet existe, « mais c’est 30 ans », mentionne Vincent, en référence à l’amitié indéfectible qui lie les deux hommes depuis tout ce temps. Pour En attendant le beau temps, les deux vieux amis ont fait (encore une fois) appel à Pierre-François Legendre pour la mise en scène, un précieux « œil extérieur » pour ceux qui n’écrivent qu’à deux tous leurs textes.

Un quatrième spectacle qui tire son titre de notre époque actuelle, socialement perturbée et agitée par toutes sortes de conflits et de problèmes, mais en face de laquelle le (subtil) message à lire en filigrane du délire des Denis est « tenons bon ». 

«Oui, c’est un show «chargé», avec des thèmes lourds, comme la mort ou la maladie mentale, par exemple,  mais traités avec folie. Mais il y a de l’espoir, aussi», résume Vincent Léonard.

POUR Y ALLER :

Le mercredi 23 mai, 20 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525 ; salleodyssee.ca