En attendant, l’album de Hopiho qui ne pouvait pas attendre

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le rappeur d’Ottawa-Gatineau Hopiho a fait paraître cette semaine En attendant, un album qu’il a concocté durant le confinement.

«Le processus de création était assez inhabituel», explique d’emblée le musicien qui, à cause des mesures sanitaires mises en place pendant la crise de COVID-19, n’a pas été en mesure de travailler en studio.

Contraint de collaborer à distance avec ses musiciens, il a fait contre mauvaise fortune bon cœur, sans chômer. « Plutôt que de m’apitoyer sur mon sort, j’ai utilisé la technologie pour mener ce projet à bien », explique Hopiho. 

Comme il lui était «quasiment impossible d’organiser des concerts», il a «concentré toute [son] énergie sur ce projet ». « Les circonstances n’étaient pas idéales, mais je suis extrêmement fier du résultat final, dit-il. Mon équipe et moi avons réussi à faire un album de qualité.»

Le nouvel album «mélange habilement des paroles virulentes et des mélodies douces», énonce le rappeur, artiste «volubile qui adore partager ses idées controversées», et toujours soucieux de «pondre des textes engagés».

«Parce que toutes les vérités sont bonnes à dire, surtout les miennes», Hopiho – qui est titulaire d’un baccalauréat en journalisme de l’Université d’Ottawa,– alimente aussi un blogue intitulé Un lion parmi les hommes, accessible sur son site Internet et sur Facebook

Il y partage ses points de vue sur des sujets aussi divers que la présomption d’innocence, les différences de genre entre hommes et femmes, la fidélité ou les sports (Hopiho est assez sportif pour avoir sérieusement envisagé une carrière professionnelle dans le milieu du soccer et du basketball). 

Il en profite aussi pour commenter le rap français, les artistes nigérians... et présenter ses propres productions musicales. Car après tout, cette plateforme numérique est «juste un gimmick marketing pour faire écouter ma musique», écrit-il entre deux blogues, entre franchise et autodérision.

Né au Cameroun, Hopiho a grandi au Kenya et en France avant de s’installer au Canada. Cet itinéraire de vie a «fortement influencé [sa] musique» et son regard sur le monde, analyse le musicien. 

Ayant vécu dans différents pays, «j’ai vu plein de choses et j’ai des histoires à raconter. C’est ce qui me différencie des autres rappeurs», avance-t-il. «Mes paroles sont en français, mon accent est camerounais et mon message est universel», soutient celui qui, en 2017, fut l’un des lauréats du concours Gatineau prend la scène.

Le nouvel album de Hopiho, <em>En attendant,</em> «mélange habilement des paroles virulentes et des mélodies douces».

Violences

Le nouveau disque intègre Origines, chanson qu’Hopiho avait fait paraître en février en tant que premier simple, et qui aborde de front le racisme systémique. «J’avais sorti la chanson pendant le mois de l’histoire des Noirs, mais elle n’avait pas eu le succès escompté. Les manifestations antiracistes des derniers mois ont remis la chanson au goût du jour», estime-t-il.  

Sur onze titres, il propose quatre remix. Dont «Can’t Go On», (chanson francophone, malgré son titre anglais signifiant «Ça peut pas continuer») qui traite de violence au sein du couple.

Le rappeur se dit conscient du fait que «les violences conjugales sont montées en flèche à cause du confinement». Dans son message, la chanson encourage les  victimes à sortir du cercle vicieux, «à briser le mur du silence et à dénoncer leurs bourreaux».

Sur ce remix, on entend la voix de Sabaya; l’album joue à fond la carte du «featuring», en invitant des complices tels que Cathy Mathete, Rejuno, Tonnio, ainsi que le compositeur Walimelo, qui apparaît à deux reprises.

Walimelo a notamment co-signé «Grâce à toi», que Hopiho dédiait à son père, lequel célébrait cette année son 70e anniversaire. « Je ne savais pas quoi lui offrir, alors j’ai décidé d’écrire une chanson pour lui dire à quel point je l’aime.»

La chanson était terminée depuis quelques jours à peine lorsque Walimelo a perdu son propre père. «Cette chanson a donc une place spéciale dans mon cœur, car elle me rappelle que la vie est courte et imprévisible... et qu’il est important de chérir les moments qu’on passe avec ses proches», s’émeut Hopiho. 


Porteur d'espoir

Hopiho, qui dans sa jeunesse voulait être superhéros (avant de revoir ses ambitions, faute de superpouvoirs), cherche à véhiculer des messages d’espoir à travers sa musique.

En mars dernier, au début de la crise de la COVID, il partageait une version «live» de «Si Je Décide», tirée de son précédent album, «Pour quelques dollars de plus».

Dans cette chanson destinée à «redonner un peu d’optimisme» en cette «période difficile», le rappeur exhortait ses auditeurs à poursuivre leurs rêves.  «Certes, il y aura plein d’embûches sur la route, mais il ne faut surtout pas baisser les bras. Plus le combat est difficile, plus la victoire est belle», expliquait-il.

Avec ce nouvel album, Hopiho prouve qu’il ne se contente pas de parler, mais qu’il prêche avant tout par l’exemple.

En attendant est disponible en ligne sur le Bandcamp de Hopiho et sur toutes les plateformes numériques, via ce lien. L’artiste a aussi une chaîne YouTube.