Dorothée Berryman (à gauche) en compagnie de Caroline Lavigne, dans le spectacle musical Les nonnes.

Dorothée Berryman : des souvenirs... vers l'avenir

Avec ses 47 ans de métier, Dorothée Berryman pourrait se retourner, contempler le chemin parcouru et se dire que, finalement, sa carrière est d’une belle étoffe. Ponctuée d’émissions jeunesse comme Nic et Pic et La boîte à lettres (avec Robert Gravel et Francine Ruel), de téléromans marquants comme Terre humaine et Des dames de cœur, de films inoubliables que sont Le déclin de l’empire américain et Les invasions barbares, d’animations à la radio, de narrations, d’albums et de spectacles de jazz, la feuille de route de l’actrice pourrait faire bien des envieux.

Mais ce serait mal la connaître. La comédienne de 71 ans est de la trempe de ceux et celles qui regardent en avant plutôt que de se bercer de nostalgie.

« Je suis surtout contente de travailler encore. C’est pour moi un grand bonheur. On a beau dire qu’on aime le métier, le métier peut aussi nous quitter. Mais j’ai toujours la chance de participer à de beaux projets. En ce moment, j’ai un rôle dans Une autre histoire, une dame qui souffre d’Alzheimer. Il servira un peu de miroir au personnage de Marina Orsini, qui y verra ce qu’elle sera plus tard. Je suis aussi contente de toujours chanter, de toujours jouer au théâtre, de rencontrer les acteurs des plus jeunes générations, de retrouver mes pairs, d’être constamment en train d’apprendre. »

Et le professionnalisme de la comédienne sur les planches est loin d’être rouillé. En fait foi le récit de ses soirées dans la peau de la mère supérieure des Nonnes, cette comédie musicale présentée tout l’été à la Marjolaine d’Eastman.

« C’est quelque chose, le théâtre! Je m’assure de ne pas me lever trop tôt pour être au maximum de ma forme le soir. Je prends des notes sur ce qui s’est passé dans la dernière représentation. J’ai encore le trac. Parce qu’on ne sait jamais qui sera ton partner, celui que tu ne connais pas, qui va arriver dans la salle et qui n’est jamais pareil d’un soir à l’autre... »

Ce partner dont elle parle, c’est évidemment le public. « C’est difficile si tu ne l’entends pas, ton partner! On devient comme un surfeur qui attend la vague. Mais là, ça fait deux soirs que je me dis : mais ils sont en feu! »

À 71 ans, Dorothée Berryman est de la trempe de ceux et celles qui regardent en avant plutôt que de se bercer de nostalgie.

Besoin d’une jeune première

Quand Dorothée Berryman regarde derrière, c’est pour les souvenirs. Or, son retour à la Marjolaine en réveille une armée. Celle qui fut, en quelque sorte, la protégée de Marjolaine Hébert dans les années 1970 a vécu un nombre incalculable de moments forts dans la vieille grange rachetée et retapée depuis quinze ans par Marc-André Coallier.

« Ma première audition à Montréal, c’était pour Marjolaine Hébert, Marcel Dubé, Claude Léveillée, Louis-Georges Carrier et Cyrille Beaulieu. Je les avais tous devant moi, alors que je venais d’arriver de Québec. C’était pour la pièce Pour cinq sous d’amour [présentée en 1973], qu’ils adaptaient en comédie musicale. Ils avaient donc besoin d’une jeune première qui chantait. Et c’est le fils de Marjolaine, Daniel Gadouas, qui m’avait vue dans une production de la Nouvelle Compagnie théâtrale. Il avait dit à sa mère : "Je viens de voir une actrice avec un nom bizarre... raconte-t-elle en éclatant de rire. Elle te ressemble quand tu étais jeune, tu pourrais l’auditionner." »

« Marjolaine m’a ensuite invitée plusieurs étés à Eastman, au théâtre et à la boîte à chansons. Je l’appelais ma mère artistique. C’est elle qui me faisait découvrir la région. Tous les jeudis, elle me sortait. Elle m’emmenait à North Hatley, Ayer’s Cliff, Lennoxville, Sherbrooke... »

Les deux femmes incarneront aussi plusieurs duos mère-fille, par exemple dans La ménagerie de verre, dans le téléthéâtre Le pélican de Strindberg, et évidemment dans Terre humaine

Dorothée Berryman n’hésite donc pas à utiliser le mot « pèlerinage » pour parler de son retour sur les hauteurs d’Eastman. « J’étais très touchée que Marc-André pense à moi, j’ai accepté tout de suite l’invitation. »

Quant aux spectacles mémorables auxquels elle a participé, elle se souvient de la création des Héros de mon enfance de Michel Tremblay, en 1976, mise en scène par Gaétan Labrèche sur une musique de Sylvain Lelièvre.

« Ce qui était formidable, c’est qu’on faisait toujours des créations. Et Cyrille Beaulieu, qui était directeur musical, emmenait de jeunes musiciens qui ont fait carrière ensuite, comme ceux d’Uzeb. Et il y a un été où j’ai fait la boîte à chansons six soirs par semaine! Marjolaine m’avait demandé une rétrospective de toutes les chansons des spectacles créés ici. »

De jazz et de micro

Une fois la frénésie des Nonnes terminée, Dorothée Berryman espère reprendre le collier du jazz et mettre en branle un nouveau projet d’album.

« Mon dernier concert remonte à février au Upstairs à Montréal, et je m’attendais à travailler avec mon pianiste tous mes jours de relâche cet été, mais finalement, mes congés me servent à me reposer! »

Pas d’autre projet d’animation en vue non plus pour celle qui, encore adolescente, avait fait ses premiers pas à la défunte station de radio CKCV de Québec, à la suite d’un concours. Cette facette du métier reviendra périodiquement dans sa carrière, par exemple à l’émission de variétés Les coqueluches, à l’époque où, après le départ de Gaston L’Heureux et Guy Boucher, la formule était de deux coanimateurs différents tous les mois.

« J’avais accepté, à condition qu’on me laisse chanter dans chaque émission, raconte-t-elle en pouffant de rire. Mais ce n’était pas si bien vu, à l’époque, qu’un acteur soit polyvalent. Gilles Pelletier m’avait déjà demandé : "Est-ce que sir Laurence Olivier chantait?" »

Son expérience d’animation la plus marquante restera ses sept ans à Espace Musique, de 2004 à 2011, aux commandes de sa propre émission de jazz. « C’était presque de la réalisation : je faisais la recherche, j’écrivais mes textes, je choisissais la musique... Cinq heures par semaine. Il n’y avait pas de titre. Je m’étais mise à appeler ça mes rendez-vous jazz week-end et le public avait adopté ce nom. »