La jeune comédienne d’origine yéménite Reham Mohammed était la vedette du film <em>Moi, Nojoom, 10 ans divorcée</em>, qui a reçu deux prix suite à sa projection au Festival du film de l'Outaouais en 2016.
La jeune comédienne d’origine yéménite Reham Mohammed était la vedette du film <em>Moi, Nojoom, 10 ans divorcée</em>, qui a reçu deux prix suite à sa projection au Festival du film de l'Outaouais en 2016.

Didier Farré plaide pour que la petite «Nojoom» obtienne un visa pour étudier au Canada

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le directeur du Festival du film de l’Outaouais (FFO), Didier Farré, se dit préoccupé par le sort de la jeune comédienne d’origine yéménite Reham Mohammed, à qui les services d’immigration canadiens ont refusé un visa d’étudiant.

M. Farré explique avoir «multiplié les démarches» auprès des instances gouvernementales, et notamment auprès du Ministre de l’immigration, des réfugiés et de la citoyenneté Marco Mendicino, dans l’espoir de faire «réviser» un jugement du commissaire à l’immigration canadienne en ce qui concerne le dossier de Reham Mohmmed, présentement basée en Malaisie. 

M. Farré estime que la Canada devrait «octroyer un visa d’étudiante à cette jeune fille brillante», que le public du FFO a pu découvrir dans le film Moi, Nojoom, 10 ans divorcée, que le FFO avait projeté en 2016.

Dans un courrier adressé à Reham Mohmmed le 19 août 2020 – et dont Le Droit a obtenu copie – le Haut-Commissariat du Canada à Singapour justifie son refus de délivrer un visa d’immigration à la jeune femme en exprimant des doutes quant à sa capacité à subvenir à ses besoins financiers futurs, une fois parvenue en sol canadien. 

Dans sa lettre, le Haut-Commissariat dit aussi appréhender le fait que Mme Mohmmed ne quitte pas le territoire Canada, à l’issue de son séjour pour études.

Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée a remporté deux des trois prix décernés dans le cadre du FFO: le Prix de la critique et le Prix du public, en 2016. La même année, le film a brièvement participé à la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère (en même temps que 85 pays), où il représentait le Yémen. 

Le film était réalisé par la Yéménite Khadija Al-Salami, qui est la tante de Reham Mohmmed. 

Mme Al-Salami est connue pour avoir «aidé plus de 700 jeunes filles à sortir d’un Yémen bombardé à outrance», rappelle Didier Farré. La réalisatrice s’est aussi engagée à défrayer les coûts des quatre années d’études» universitaires de sa nièce, ainsi que les frais de son séjour à Toronto pendant ce laps de temps, ajoute-t-il.

Khadija Al-Salami lors de son passage au Festival du film de l'Outaouais, en 2016. La réalisatrice avait été invitée par l'ONU à présenter son film à New York, une semaine plus tôt, rappelle le directeur du FFO, Didier Farré.

Le président du FFO  dit avoir entretenu une correspondance avec Mme Al-Salami depuis 2016, l’année où il avait fait venir la réalisatrice à son festival.

Reham Mohmmed a été acceptée à l’université de Toronto, assure M. Farré, selon qui son année scolaire serait déjà payée. Son dossier universitaire a été accepté sur la base de notes obtenues à Singapour: «ses notes à la MAZ International School de Singapour sont remarquables», indique M. Farré, surpris et «préoccupé» par le fait que le Canada ait refusé de lui octroyer un visa d’études.

Depuis la Malaisie, l'élève a aussi réussi à décrocher, en juin 2020, un diplôme d'études secondaires de l'Ontario, et la MAZ International School la recommande chaudement cet élève, selon les copies de documents que Le Droit a pu voir.

M. Farré dit avoir fait parvenir tous ces documents au ministre de l’Immigration Marco Mendicino, ainsi qu’au député de la circonscription de Gatineau Steven MacKinnon, en même temps que «la preuve de paiement» de sa première année d’étude – qui s’élève à 45 619 dollars américains, précise-t-il. 

Il indique avoir reçu «l’assurance» écrite que Khadija Al Salami défraiera les quatre années d’études  ainsi que le coût du séjour de sa nièce à Toronto – et que cette promesse figure dans le dossier d’obtention du visa d’études de Reham Mohmmed.


« L’Immigration n’est pas une affaire de cœur et c’est bien dommage. »
Dider Farré, directeur du FFO

Cette dernière pensait pouvoir commencer à suivre des cours universitaires à distance, en attendant l’éventuelle révision de son dossier, mais toute possibilité d’étudier a été écartée par le Centre d’éducation international (CEI) de l’Université de Toronto. 

Dans un courriel envoyé à Mme Mohmmed le 1er septembre, le CEI lui conseille plutôt de faire une nouvelle demande de visa et d’attendre qu’elle soit acceptée avant de se lancer dans les études «en ligne». Elle est donc sur le point de «perdre une année» scolaire, se désole sa tante.

Moi, Nojoom se base sur des faits réels, rappelle le directeur du FFO. «Le film raconte comment une enfant de 10 ans, après avoir été mariée de force à un homme beaucoup plus vieux qu’elle, battue et violée [par son mari], a réussi à émouvoir un juge qui lui a accordé le divorce», et ce dans un pays où les femmes peuvent très difficilement obtenir un tel divorce.

«Une fillette de 8 ans est décédée le soir de sa nuit de noce d’une relation sexuelle forcée» illustre le directeur du FFO.

«L’Immigration n’est pas une affaire de cœur et c’est bien dommage», regrette M. Farré.

Il espère donc «que le ministre, pensant à ses filles qui auraient pu naître au Yémen, sera aussi touché que ce juge qui a accordé la liberté à cet enfant». «J’espère qu’ils [les services de l’immigration] vont changer d’idée».

À LIRE AUSSI: L’entrevue du Droit réalisée en 2016 avec la réalisatrice Khadija Al-Salami.