La photographe Valeria Valencia Valle.
La photographe Valeria Valencia Valle.

Dialogue autour de la naissance

Après avoir été vue par 2500 personnes au Québec et au Pérou, l’exposition Dialogue, commandée par le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI), voyage désormais sur le web. Entrevue avec l’artiste Valeria Valencia Valle qui signe l’éventail d’œuvres photographiques racontant l’expérience maternelle au Mali, au Pérou et au Québec. 

Lorsqu’elle a soumis sa candidature au CSI pour imager la maternité dans différents coins du globe, Valeria Valencia Valle n’avait pas encore d’enfant.

Étrange comme les choses arrivent parfois : la photographe montréalaise d’origine colombienne s’est retrouvée enceinte au moment même où le projet démarrait. 

« Tout ça a alors pris une autre dimension. Parce que tout, autour de moi, était teinté par l’expérience de l’enfantement », souligne-t-elle. 

Cette première grossesse s’est toutefois terminée abruptement. 

« Je faisais une grossesse ectopique. Ça ne faisait pas longtemps que j’étais au Canada, mon français n’était pas très bon et je ne comprenais pas tout ce qu’on me disait. Je me suis sentie très vulnérable à ce moment-là. » 

Ce sentiment est remonté à la surface lorsque, quelque temps plus tard, dans le cadre du projet, elle s’est rendue au Pérou pour documenter en images la réalité maternelle des communautés autochtones Machiguengas. 

« Sur place, une femme venait de faire un très long voyage pour parvenir enfin à la clinique. Elle avait dû traverser la jungle et parcourir le fleuve parce que sa communauté vit très éloignée en forêt. Après avoir fait tout ce chemin, elle a appris qu’elle faisait une grossesse ectopique, que ça pouvait mettre sa vie en danger et qu’il fallait agir rapidement. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ça aurait pu être moi… J’avais vécu la même chose qu’elle, mais l’aide médicale était beaucoup plus accessible. J’ai alors vraiment pris la mesure des contrastes qui existent entre nos sociétés. »

Ce sont ces contrastes, en même temps que le caractère universel de la grossesse et de l’accouchement, que la jeune femme de 34 ans a souhaité illustrer dans l’exposition Dialogue. 

À partir des clichés qu’elle a ramenés du Pérou, avec d’autres qu’elle a captés en Estrie (grâce à une collaboration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS) et avec ceux qui ont été pris par une photographe avec laquelle elle a travaillé à distance au Mali, l’artiste a composé un circuit où l’intime côtoie la vie quotidienne. Des femmes au ventre rebondi, d’autres qui sont déjà mères ainsi que de nombreux bébés et enfants figurent sur les différentes œuvres. 

Remplies de petits détails, et captées dans l’environnement naturel des modèles, les images se font écho et racontent la réalité des unes et des autres, qu’elles vivent leur grossesse dans le froid canadien, le désertique Mali ou la jungle péruvienne.

En tout, 47 photos regroupées en 18 diptyques ou triptyques thématiques ont été retenues. 

« Ce qui est frappant, c’est qu’il y a des choses similaires entre les peuples de partout, parce qu’on est tous humains, on ressent les mêmes sentiments. C’est notre entourage ainsi que la situation culturelle, sociale et sanitaire de l’endroit où on vit qui influencent ensuite notre expérience », résume Valeria.

Celle-ci a multiplié les recherches en amont de la prise de portraits. 

« J’ai beaucoup appris sur les rituels et les symboles qui entourent la naissance, sur les croyances qui existent dans chaque pays. J’ai trouvé qu’il y avait certaines concordances, des trucs semblables entre les peuples. Partout, par exemple, les plantes sont utilisées pour faciliter la naissance. »

À travers les traits communs, des différences sautaient aussi aux yeux.  

« Au Pérou, ce qui était troublant pour moi, c’était de voir à quel point les filles deviennent mères jeunes. À 18 ans, elles ont déjà plusieurs enfants. Au Mali, c’est pareil. »


La photographe Valeria Valencia Valle a immortalisé de précieux moments avec sa lentille lors de son séjour au Pérou.

PRENDRE LE TEMPS

Pour immortaliser l’instant passé avec ses modèles, Valeria savait l’importance de ne rien brusquer, d’établir un lien de confiance. Ça demandait une certaine créativité, de l’écoute et de la délicatesse.  

« Les communautés autochtones du Pérou ne parlent pas espagnol. J’étais accompagnée d’une traductrice, mais j’ai vite réalisé que les femmes, là-bas, sont très silencieuses, très réservées. Elles ne vont pas partager leur vie comme ça. Même entre elles, elles peuvent passer des heures ensemble sans parler. Je n’avais pas beaucoup de temps sur place, mais j’ai essayé de connecter d’être humain à être humain. Je ne voulais surtout pas être intrusive, m’imposer et intimider les femmes avec mon gros appareil. » 

Valeria insiste sur la flexibilité qu’on lui a laissée au cours de cette aventure artistique et humaine d’exception.  

« En raison de la situation politique au Mali, je n’ai toutefois pas pu me rendre là-bas. J’ai donc travaillé en équipe avec la photographe Fatoumata Tioye Coulibaly, qui était sur place et à qui je disais ce que je souhaitais capter. C’est la première fois que je faisais ce genre de direction artistique et ça s’est vraiment bien passé. »

Pour visiter virtuellement l’exposition Dialogue : www.csisher.com/expo-dialogue

Pour voir le travail de Valeria Valencia Valle : www.valevalle.com