En 1949, Jake LaMotta (à droite) a affronté Marcel Cerdan à Detroit dans ce qui est considéré comme étant l'un des «combats du siècle».

Décès de Jake LaMotta

Son nom seul suffisait à évoquer un âge d'or des rings, où les gants étaient noirs et les télés pas encore en couleur, où les premiers combats se tenaient dans des rues peu sûres.
Jake LaMotta, l'ancien champion des poids moyens de 1949 à 1951 dont la vie dans le ring et à l'extérieur a été immortalisée par le réalisateur Martin Scorsese dans Raging Bull et pour lequel Robert De Niro a reçu l'Oscar du meilleur acteur, est décédé à l'âge de 95 ans.
Selon sa fiancée Denis Baker, il est mort des complications d'une pneumonie, mardi, dans un hôpital de la région de Miami. «Repose en paix», a déclaré De Niro dans un communiqué.
La Motta a compilé un palmarès de 83-19-4 avec 30 K.-O au fil d'une carrière qui a commencé en 1941 et pris fin en 1954. Son premier grand fait d'armes a été de battre le 5 février 1943 le légendaire Sugar Ray Robinson, pour qui il s'agissait de sa première défaite. LaMotta a d'ailleurs affronté Robinson six fois, perdant à ses dépens le titre des moyens dans un combat mémorable. 
Le «massacre de la Saint-Valentin»
Un de ses duels homériques contre Robinson est celui du 14 février 1951, à Chicago. Il monte sur le ring après avoir ingurgité quelques gorgées de brandy pour se doper en courage. LaMotta termine vaincu dans les cordes, le visage en bouillie, mais sans aller au sol. La lutte sera baptisée le «massacre de la Saint-Valentin».
D'autres grands combats opposant LaMotta et Robinson ont marqué l'histoire de la boxe. La rencontre du 16 juin 1949 à Detroit entre Marcel Cerdan et Jake LaMotta est généralement considérée comme méritant de figurer parmi les «combats du siècle».
Cerdan avait remis en jeu son titre mondial des poids moyens, mais s'était luxé l'épaule gauche dès la deuxième reprise et s'était résigné à abandonner au 9e round. La revanche prévue n'aura jamais lieu, Cerdan trouvant la mort dans un accident d'avion au dessus de l'archipel des Açores.
Le 13 septembre 1950, LaMotta avait conservé sa ceinture contre Laurent Dauthuille dans un scénario digne d'un film. Sérieusement en retard sur les cartes des trois juges, il avait passé le K.-O. à l'aspirant avec 13 secondes au cadran.
Un pan plus sombre
Côté plus sombre : LaMotta a délibérément perdu contre Billy Fox, le 14 novembre 1947, et il a été suspendu sept mois. Il ne s'est battu pour une ceinture que 10 combats plus tard.
À l'époque la boxe est l'un des sports les plus populaires aux États-Unis, si populaire qu'elle attire les figures du milieu qui luttent pour contrôler les rencontres, placer leurs poulains ou fausser les combats. Durant des années, LaMotta avait refusé de se compromettre avec les truands, même si cela lui a coûté des occasions de briller. 
LaMotta était un pur produit du New York populaire, celui des immigrés et de la mafia, des tramways émergeant des fumées, des taudis peuplés de gamins, dont les idoles se faisaient respecter avec leurs poings. On l'a surnommé le «Taureau du Bronx», en référence à sa puissance et au quartier où il est né, sous le nom de Giacobbe La Motta, de parents d'origine italienne.
Enfance rude
C'est là que le petit Jake a échangé ses premiers directs, crochets et uppercuts, qu'il a collecté ses premiers bleus, lors d'une enfance rude qui l'a vu passer par une maison de correction. Costaud, râblé, toujours positionné bas, LaMotta bâtit sa réputation sur sa capacité à encaisser les coups violents et l'agressivité de ses contres.
Même s'il perd, il ne tombe pas. Le K.O., il ne connaît pas. Et tant pis s'il finit la face éclatée comme une pastèque, son menton d'acier tient bon.
Sa vie personnelle comportera les mêmes accès de rage et de passion, de grandeur et de pathétique. Patron de discothèque, il sera envoyé en prison après l'arrestation d'une prostituée mineure dans son établissement. Détenu à l'isolement, il se brisera les phalanges contre le mur de sa cellule.  Avec AFP