Le ballet le Lac des Cygnes est présenté au Centre national des arts.

Un Lac des Cygnes beau en eaux troubles

CRITIQUE / Dans la pléthore des Lac des Cygnes qui déferlent dans les programmations en danse, la version d’Aaron Watkin interprétée par le Semperoper Ballett de Dresden joue gracieusement le pas de côté. Le chorégraphe britanno-colombien expatrié en Allemagne propose, sinon une reconstitution fidèle, du moins une cure de jouvence au ballet cultissime. Et cette démarche de se réapproprier les chorégraphies de Petitpa et d’Ivanov lui donne une nouvelle jeunesse.

Le balletomane rompu aux versions traditionnelles, à l’interprétation athlétique et musclée des compagnies nord-américaines, sera peut-être écartelé entre deux sensations contraires : retrouver la trame du ballet et la succession de ses variations (pas de deux, solos ou danses de caractères), perdre un peu de virtuosité dans une chorégraphie moins corsetée dans ses défis techniques.

Des portés moins hauts, des attitudes plus brèves, peu de jambes à l’oreille ou de sauts époustouflants ; le propos premier du chorégraphe semble dans la cohésion de la troupe, le souci de dérouler l’histoire avec constance et clarté sans multiplier les coups d’éclat. Il y a, dans le travail du Semperoper Ballett, une recherche d’élégance que l’on retrouve d’abord dans les costumes : dès l’ouverture, la fête d’anniversaire du prince Siegfried fait passer en revue de somptueuses robes de princesses, velours chamarrés et cornettes frétillantes. Le résultat, époustouflant, est d’autant plus réussi que la mise en scène réduit au minimum la pantomime qui, trop souvent, parasite les ballets.

Mais l’élégance première de cette production, on la doit indubitablement à l’alchimie du couple principal : le prince Siegfried (Dmitry Semionov, le soir de la première) et Odette/Odile (Sangeun Lee). Grâce élancée, élan souple, leur tandem surplombe littéralement la distribution par sa taille (rareté de voir de si grands danseurs en ballet !) et sa complicité romantique.      

Pas de bras qui s’agitent frénétiquement de haut en bas, c’est par un jeu de mouvements tout en nuances ouatées que Sangeun Lee joue son personnage. Il y a beaucoup de raffinement dans sa danse où toutes les difficultés techniques sont maîtrisées ce qui lui permet une grande liberté d’interprétation. Son partenaire, Dmitry Semionov, a certes le physique qui convient pour son rôle, mais pas les compétences athlétiques ; il peine à s’imposer par sa technique, peut-être éclipsé par celle, mieux maîtrisée et affirmée, du danseur Jon Vallejo. Dès le premier acte, Benno, l’ami du prince, vole la vedette par son attaque virtuose de la chorégraphie, et l’on n’en attendait pas moins dans un tel ballet.

Ces disparités de niveaux se répercutent aussi dans le corps de ballet où l’on a vu, le soir de la première, quelques chutes vite rattrapées et des décalages dans la synchronisation.

Reste une scénographie spectaculaire où la représentation du lac réserve de belles surprises, où les costumes mirifiques donnent du style, jolis écrins qui finissent par nous faire oublier les quelques faiblesses techniques. Sans oublier la musique intemporelle de Tchaïkovsky, sombre chef-d’œuvre déchiré entre le mal-être et la quête de l’inaccessible, toujours savoureuse. 


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 11 novembre

Où ? Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787