Louise Lecavalier et Rob Abubo offrent un nouveau spectacle, Mille Batailles, au Centre national des arts.

Mille Batailles de Louise Lecavalier: quêtes effrénées

Entre quêtes absurdes, mouvements fougueux et opposition entre le réel et l’imaginaire, l’intrépide chorégraphe Louise Lecavalier se livrera avec son complice, le danseur Robert Abubo à Mille Batailles sur les planches du Centre National des Arts.

Il y a quatre ans, alors que l’ex-danseuse emblématique de La La La Human Steps débute en studio la création de Mille Batailles, elle est, pour la première fois, face à un miroir.

« Pour décrocher de moi-même je me suis mis une capuche sur la tête, se souvient Louise Lecavalier. Je ne voyais plus qu’une forme et je me suis amusée à l’animer. Il y avait une sorte de dédoublement. C’est là que j’ai pensé à Sans-Visage, un des personnages du réalisateur Hayao Miyazaki qui est une ombre noire avec une forme ovale blanche en guise de visage. Mais aussi au Chevalier inexistant d’Italo Calvino parce que je savais que j’allais travailler avec un autre danseur. »

Et cet autre danseur, Robert Abubo, son acolyte qui participe à cette quête surréaliste s’est joint à cette bataille dansante un peu naïvement. « Il avait le caractère parfait pour le rôle de Gourdoulou. L’écuyer naïf qui est imposé au chevalier inexistant et qui est à l’opposé de ce dernier. Pas du tout méthodique, il se fond avec les situations. Il embarque dans la quête sans savoir pourquoi il fait les choses », explique Louise Lecavalier à l’autre bout du fil.

Oppositions

Si Le Chevalier inexistant a guidé la création de Mille Batailles, il n’est nullement question sur scène d’en relater l’histoire. « Je ne me suis pas accrochée au déroulement chronologique, souligne Louise Lecavalier. Je me suis inspirée des personnages et de leur caractère. Ces deux philosophies différentes me plaisaient et aussi l’idée de la quête, celle du chevalier sans corps dans une armure à la recherche de son identité. Une quête absurde parce qu’il n’existe pas. Ça m’a nourri pendant la création. »

Le titre Mille Batailles semble de prime abord inspiré par celles auxquelles se livre le chevalier, Louise Lecavalier y ajoute néanmoins un deuxième sens « au-delà du physique ». « C’est aussi nos batailles ridicules, folles, absurdes d’humain. Celles pour lesquelles on se bat toute une vie et qu’au final on ne sait même plus pourquoi on le fait », lance l’interprète de 61 ans.

Sur scène qui n’a pour décor qu’un mur de bois, outil et symbole utiles à la pièce, le duo anticonformiste, vêtu de noir de la tête aux pieds, oppose le réel à l’imaginaire avec un langage corporel excentrique et vif sur la musique originale d’Antoine Berthiaume, interprétée en direct.

Depuis la première représentation en 2015, Mille Batailles a quelque peu évolué. « Mais pas drastiquement », rassure l’ancienne muse d’Édouard Lock. La vision d’ensemble n’a pas changé, mais j’ai ajouté des petits morceaux de chorégraphie, raffiné la musique et retravaillé chaque geste ».

Si Le Chevalier inexistant d’Italo Calvino a nourri la fougueuse danseuse, la chorégraphie, elle, est née dans le mouvement. « Quand je rentre dans le studio, c’est le mouvement qui me guide. [...] La danse ce n’est pas juste le corps, mais aussi la tête. Et mon corps, c’est aussi mon cerveau. [...] Par contre, ces mouvements que je fais dans Mille Batailles, aujourd’hui, je ne les recréerais plus. Je ne suis plus là dans le mouvement », confie celle qui après ses deux représentations à Ottawa s’envolera en février pour l’Allemagne pour présenter Stations, une nouvelle pièce solo.

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POUR Y ALLER

Quand ? 15 et 16 janvier à 19 h 30

Où ? Théâtre Babs Asper au CNA

Renseignements : nac-cna.ca