Les 28 et 30 septembre, le Centre national des arts accueillera le Sacre du Printemps, présenté une seule fois au Canada en 1984.

Le retour du Sacre du Printemps

Présenté pour la première fois en 1913, le Sacre du Printemps de Stravinsky chorégraphié par Nijinski fit scandale. À l'époque, on ne sait ce qui, de la danse ou de la musique, contrevenait le plus aux règles du ballet traditionnel.
Six décennies plus tard, Pina Bausch en offre sa propre version, laquelle suscite alors moins d'effroi que l'original. On découvrira surtout une nouvelle signature magistrale dans l'univers de la danse contemporaine : une certaine idée du mouvement, de la transdisciplinarité et une audace inégalée dans le dépassement des limites physiques.
Cette pièce emblématique du Tanztheater Wuppertal n'a été présentée au Canada qu'une seule fois, en 1984, soit dix ans après sa création.
Reboostée par une nouvelle génération de danseurs, la légendaire compagnie de Pina Bausch revient en Amérique du Nord pour une deuxième tournée du Sacre incluant aussi la pièce Café Müller. Une unique étape au Canada est prévue au Centre national des arts (CNA) les 28 et 30 septembre. Immanquable.
« No guts, no glory ! », résume à la pirouette Adolphe Binder, la nouvelle directrice artistique du Tanztheater Wuppertal. N'empêche : il lui en aura fallu, du cran, pour accepter de diriger l'une des compagnies de danse les plus prestigieuses au monde, sans en avoir fait partie.
Un nouveau cap
Adolphe Binder a officiellement pris ses fonctions en mai, embauchant dans la foulée cinq nouveaux danseurs. L'ancienne directrice d'institutions en Suède et à Berlin, rompue aussi bien à la danse qu'au théâtre, a surtout élargi le mandat de la compagnie à la commande de nouvelles pièces. Jusqu'à la présente saison, le Tanztheater Wuppertal se concentrait uniquement sur la conservation et la diffusion du répertoire de Pina Bausch, en assurant la pérennité de ses créations le plus fidèlement possible. Il a toujours été hors de question d'intégrer de nouvelles chorégraphies au répertoire quasi-sacré. 
« C'est pourtant dans l'ADN de la compagnie d'être alerte, observatrice et créative », justifie la directrice.
Il aura fallu quelques mois à la nouvelle recrue pour intégrer le fonctionnement interne de l'organisation, pour en prendre le pouls et se l'approprier avec l'aide précieuse « d'anciens » comme Dominique Mercy, par exemple, devenus de proches collaborateurs.
« Nous restons les gardiens d'une malle au trésor, explique-t-elle, mais il faut s'assurer que ce travail soit bien accompagné dans l'avenir, qu'il reste vibrant et dynamique. » Comment ? En injectant un nouvel imaginaire, soutient la directrice, par les commandes de créations notamment. Les premières ont été adressées à Dimitris Papaioannou et Alan Lucien Øyen, deux chorégraphes habiles à marier les disciplines. Reste à savoir si la compagnie parviendra à imposer son changement de cap aux théâtres partenaires. 
« Le coeur de notre quête artistique ne change pas, il s'agira toujours de questionner ce que signifie être humain et en vie », précise Mme Binder.
Un Sacre monumental
Trente-six danseurs, un orchestre à réquisitionner pour interpréter la partition révolutionnaire de Stravinsky... La présentation prochaine du Sacre du printemps représente le fruit de plusieurs années de démarches entre diffuseurs new-yorkais et canadiens.
« Avant son départ, le directeur du BAM [Brooklyn Academy of Music] tenait absolument à présenter ce répertoire à New York et je voulais l'aider à boucler la boucle. En même temps, cela faisait plusieurs années que Cathy Levy du CNA avait exprimé son voeu de présenter ce répertoire, en voulant aussi inclure l'orchestre du CNA. C'est une grosse tournée pour nous et une opportunité unique, pour le public, de voir ces pièces. Les attentes sont très élevées et à New York, toutes les représentations affichent complet. » 
Chaque soir, depuis son siège, immanquablement, Adolphe Binder se régale à entendre la stupéfaction des spectateurs, toujours conquis par la force et la contemporanéité d'une danse justement placée au pinacle du répertoire international.
Pour y aller
Quand ? 28 et 30 septembre
Où ? CNA, salle Southam
Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000