Debbie Lynch-White va entamer une première grande tournée du Québec dans la peau de La Bolduc.

Dans le miroir de La Bolduc

Mary Travers, dite La Bolduc, bien elle fut indéniablement une vedette des années 20 – et la toute première auteure-compositrice du Québec, hommes et femmes confondus – n’est pas du tout l’idole qu’on pouvait imaginer.

Le film de François Bouvier, dont la sortie est prévue pour le 6 avril, la dépeint d’ailleurs plutôt comme une anti-rockstar. Ce à quoi convient volontiers Debbie Lynch-White, qui incarne à l’écran Mary Travers, ou plutôt « Madame Édouard Bolduc », car c’est ainsi qu’elle était présentée sur les planches, en tant qu’« épouse de ». 

« C’est une femme de son temps, coincée dans son époque », résume Mme Lynch-White. Une femme qui traînait un lourd « sentiment de culpabilité » vis-à-vis de ce succès aussi inattendu que fulgurant... qui faisait de l’ombre au « chef de famille », son mari Édouard, quant à lui chômeur. Elle se sentait notamment coupable « de quitter sa famille pour partir en tournée... et d’y prendre plaisir, à une époque où c’était très peu orthodoxe ».  

Alors « elle a, oui, connu le vedettariat de son vivant et elle en a profité, mais [il faut être conscient que] la femme n’avait pas la liberté de vivre en rockstar ». Ni même la liberté qu’elle aurait désirée, en tant que femme, estime-t-elle. « Elle et Édouard s’aimaient, ou en tout cas ils étaient complices. Mais je crois qu’ils sont passés à travers un grand nombre d’obstacles [...], et que leur relation a connu des bas très bas. » 

Ceci dit, reprend la comédienne, « par nécessité, parce qu’il fallait que ses enfants aient quelque chose à manger », plus que par choix ou même réelle envie, Mary Travers a « défoncé des portes ». Et ce malgré sa condition. Oui, féminine : les femmes sont encore des citoyennes de second rang, dans les années 20. Pour mémoire, les Québecoises n’obtiendront le droit de vote qu’en 1940.

« C’est ça que je trouve beau et courageux, chez elle. C’est qu’elle a été pionnière, qu’elle a fait avancer la cause des femmes, qu’elle a donné une voix au peuple québécois (à travers ses chansons, aux textes simples, dans lesquels la masse populaire s’est reconnue, à une époque où chanter de façon classique correspond à un style très empesé, académique, inspiré des de la tradition française), mais elle fait tout ça un peu malgré elle. Et c’est ce que je trouve intéressant, de l’angle avec lequel on a décidé de raconter son histoire », poursuit Debbie Lynch-White.

Debbie Lynch-White

Mme Bolduc demeure toutefois « une femme avec une forte personnalité : elle est bonne vivante, généreuse [et j’aime] son côté festif, moqueur, son aplomb. Elle représente bien nos valeurs québécoises. On s’identifie beaucoup à ce genre de femmes », analyse la comédienne, en ajoutant qu’« elle me fait penser à ma grand-mère, ou à mes tantes au Nouveau-Brunswick ; on a (comme Mary Travers) du sang irlandais ». 

C’est la voix de Debbie Lynch-White, qui « chante depuis toujours », qu’on entend dans les parties chantées du film. Elle a d’ailleurs fait paraître l’hiver dernier un disque de chansons de La Bolduc). Mais il lui a fallu apprendre à turluter comme du monde. 

« J’ai pratiqué, pratiqué, pratiqué... mais le travail de moine, c’est [ma professeure de chant] Catherine Gadouas qui l’a fait : elle écoutait les chansons de La Bolduc dans un logiciel qui les ralentissait au maximum, et elle m’a fait les partitions [phonétiques] de toutes les turluttes, et j’ai appris lentement », dit-elle en ralentissant le débit, et en entonnant une turlutte à cadence lentissimo.

« Et quand je devenais bonne, j’accélérais un peu. » Mais contrairement à Mary Travers, qui improvisait ses turluttes – « en jouant avec des patterns, un peu comme le scat, en jazz » – « moi je n’ai pas ce talent-là », précisait-elle en rigolant, vendredi dernier, à quelques heures de la première mondiale du film – à Gatineau, dans le cadre du Festival du film de l’Outaouais. 

Debbie Lynch-White a touché à la guitare et au piano dans sa jeunesse, mais ces bases instrumentistes n’étaient pas suffisantes pour qu’elle se mette à jouer du violon et de l’harmonica. Elle a dû en revanche travailler fort pour apprendre à positionner convenablement ses mains et sa bouche autour de l’instrument. « Le violon, c’est ce qui m’a donné le plus de fil à retordre. Avec le chant je suis dans ma zone de confort... mais pour le violon. Je devais jouer le plaisir, mais... disons que j’ai eu beaucoup de mal à trouver le plaisir. C’était ardu. Fallait pas que je me décourage. »

Fort heureusement, sans doute, le fantôme de Mary Travers est venu lui turluter un petit Découragez-vous pas par-dessus l’épaule.

Spectacle à venir

La comédienne est à présent à l’aube de faire comme Travers, et d’entamer une première grande tournée du Québec. 

Le spectacle s’intitulera Elle était une fois. « Ce sera un spectacle musical où je ne chanterai que des chanterai que des chansons d’auteures-compositrices. Des femmes de partout dans le monde. [...] Je trouvais intéressant de donner une voix à des auteures, moi qui n’ai pas le talent pour écrire des chansons. » 

Aucun arrêt n’est prévu à Gatineau pour l’instant, mais la tournée est encore au stade d’ébauche, et Debie Lynch-White est confiante de pouvoir revenir visiter l’Outaouais à cette occasion.